Une marée de grandes dames à Petite-Vallée

Texte : Suzanne Lemay / Photos : Christian Villeneuve

La tournée des grandes dames

2 juillet

Marie-Pierre Arthur

Photo : Christian Villeneuve

C’est sous le grand chapiteau de Grande Vallée que Marie-Pierre Arthur a livré le deuxième spectacle de sa tournée estivale qui a commencé à Tadoussac. Avec Nicolas Basque à la guitare, Adèle Trottier-Rivard aux claviers et aux voix, Erika Angell aux claviers et aux voix également, Robbie Kuster à la batterie et son fidèle complice François Lafontaine, Marie-Pierre était chez elle et ça se sentait. Après avoir joué les gros titres de son plus récent album comme La guerre, Dans tes rêves et Tiens-moi mon cœur, et quelques succès moins récents comme La machine à l’envers et Déposez les armes, elle a fait grimper sur scène ses trois nièces pour entonner Le vent m’appelle par mon prénom à plusieurs voix. On se sentait invité à un party de famille gaspésien, là où la musique est tout simplement un art de vivre. 

La dernière partie du spectacle a culminé avec la très grunge Des feux pour voir et l’incontournable Emmène-moi. Les nièces de Marie-Pierre, son fils et d’autres enfants sont montés sur scène pour chanter avec elle, pour notre plus grand bonheur. De me retrouver à la source de cette flamme musicale m’a touchée profondément. Ici, en Gaspésie, chanter, c’est comme le fleuve, c’est beau, c’est bleu, c’est vital et familial. Ma tournée des grandes dames ne pouvait pas mieux commencer.

Klô Pelgag

Photo : Christian Villeneuve

Klô Pelgag devait se produire sur l’esplanade du théâtre de la Vieille Forge, mais avec le mercure à 12 degrés, le spectacle a plutôt été déplacé au grand chapiteau de Grande-Vallée. Avant la prestation, le public a eu droit à une magnifique vidéo des enfants de la Gaspésie chantant Les animaux, un succès de la première passeuse de l’édition 2021 du festival.Covid oblige, la chorale de 500 enfants n’a pas pu se réunir cette année, mais Jeanne Côté ne s’est pas laissé démonter et a parcouru toute la Gaspésie et visité toutes les écoles pour enregistrer les jeunes en train de chanter les chansons de Louis-Jean Cormier, Tire le Coyote et Klô Pelgag. Les jeunes, ici, chantent!

Klô s’est ensuite amenée avec toute sa bande. Beaucoup plus sobre que l’éclaté Spectacle spectral où on pouvait la voir sauter dans un gâteau et même voler, le tout dans un décor surréaliste et coloré, l’offrande de vendredi soir était tout de même à l’image de ce que la musicienne nous a habitués durant les dernières années : impressionniste, décalé (si j’avais eu du courage, je serais moi aussi aller manger des bourgots sur scène) orchestral et enivrant. Les chansons de l’excellent disque Notre-Dame-des-Sept-Douleurs ont enfin pu vivre sur scène, devant un public conquis, qui dansait sur place. Musicalement, rien ne pouvait laisser soupçonner une pause forcée par la pandémie. Klô n’a pas chômé et son art atteint des sommets inégalés. Elle passe de la guitare au piano avec virtuosité et elle joue avec sa voix en passant d’un registre à l’autre avec une aisance désarmante. Elle gambade, elle saute, elle danse, accompagnée de ses choristes survoltées, surnommées les grands-mères à broil, Lysandre, N Nao et Laurence-Anne. Klô nous avait manqué et oui, comme elle le dit : les spectacles sont enfin revenus à la vie!

3 juillet

Safia Nolin

Photo : Christian Villeneuve

La veille, Safia Nolin s’était produite au théâtre de la Vieille-Forge. Je n’allais pas la manquer le lendemain au chapiteau de Grande-Vallée. Elle s’est présentée sur scène avec Marc-André Laberge à la guitare, Agathe Dupéré à la basse et Jean-Philippe Levac à la batterie. Bien cachée dans son chandail à capuchon, elle s’est exclamée : Je garde mon hoodie, je me sens protégée…Pourtant, s’il y avait bien un safe space pour elle aujourd’hui, c’était sans contredit avec son public qui avait vraiment hâte de la revoir sur scène, et c’est justement sur scène qu’elle a sa place, quand elle chante, quand elle fait sa job : nous faire brailler comme des bébés tellement sa voix grafigne et guérit là où ça fait mal! La musique et la chaleur aidant, le hoodie a enfin pris le bord après la quatrième chanson.

Les arrangements plus rocks sur les pièces comme La neige, Dagues ou bien Je m’excuse pour mon corps m’ont vraiment fait plaisir. Agathe Dupéré claquait les cordes de sa basse avec une fougue contagieuse tandis que la guitare juste assez sale avec quelques effets de distorsion de Marc-André Laberge ajoutait au côté défouloir des chansons revisitées.  Safia s’est tout de même gardé un petit moment seule avec sa guitare pour nous servir, entre autres, sa nouvelle chanson Rue de l’ours. Le spectacle s’est terminé assez vite, parce que, on le sait, Safia n’aime pas les rappels, mais aussi parce qu’elle avait envie de se replonger dans le fleuve pour sentir des parties de son corps qu’elle ne connaissait pas encore. Gageons que le fleuve l’inspirera.

4 juillet

La marée du grand héron

Ma tournée des grandes dames a culminé avec le spectacle La marée du grand héron, mis en scène par Philippe Brach, et regroupant les plus expérimentées Klô Pelgag, Marie-Pierre Arthur, Safia Nolin, mais aussi Lysandre, N Nao et Laurence-Anne. Le spectacle avait déjà été présenté ce printemps à la Place des arts devant 62 personnes (pour respecter la zone rouge appliquée par la santé publique). Cette fois-ci, on était en zone verte, dans un chapiteau rempli de chanceux et de chanceuses.

Dans cette marée toute féminine, Klô Pelgag avait pré-enregistré la présentation des artistes par le biais d’appels téléphoniques avec chacune de leur maman. Ces voix chaleureuses et un peu timides dans des téléphones, au loin, nous ont rappelé que depuis un an et demi, nous avons été séparés de nos familles, souvent de nos mères et aussi de nos artistes.

Photo : Christian Villeneuve

Marie-Pierre Arthur, comme une grande sœur, a ouvert le spectacle avec la très belle chanson Un puits de lumière. Ensuite, ce sont les plus jeunes N Nao et Lysandre qui ont livré chacune deux chansons atmosphériques et enveloppantes. Laurence-Anne a ensuite pris possession de la scène et fait grimper l’énergie d’un cran avec ses chansons plus rythmées et sensuelles. Par contre, c’est avec la chanson Des feux pour voir de Marie-Pierre Arthur que le chapiteau de Grande-Vallée s’est littéralement embrasé. Les applaudissements les plus chaleureux et carrément remplis d’amour sont allés par la suite à Safia Nolin qui, je l’espère, a bien reçu le message : on t’aime!  Klô Pelgag a eu le dernier mot, enchainant quelques-uns de ses succès comme À l’ombre des cyprès et Rémora.  Un show empreint de sororité, de féminité, de force et d’amour. Ma première grande marée au Festival en chanson de Petite-Vallée ne pouvait pas mieux se terminer.

Le festival se prolonge jusqu’au 10 juillet, porté par Tire le Coyote et Louis-Jean Cormier qui présenteront chacun à leur tour leur marée.

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