L’ondoyant•e : quand deux passionnés d’ambient se jettent à l’eau

Collage : Sara Hébert / Infographisme : Madeleine Aubin

Amateurs de musique ambient, vous trouvez que votre genre musical préféré est sous-représenté dans la programmation des festivals? On a encore mieux à vous proposer : un microfestival consacré aux musiques ambient, électroacoustiques et expérimentales vient d’être annoncé juste pour vous, et vous allez tripper.

Ce festival, qui porte le nom on ne peut plus adéquat de L’ondoyant•e, est une idée de Marie-Ève Fortier (oui, oui, la même Marie-Ève que vous lisez attentivement ici, sur ecoutedonc.ca, depuis près de six ans) et Mathieu Aubre (directeur musical de CHOQ.ca, journaliste gonzo de qualité). Une idée partie d’une blague sur Discord (une plateforme de clavardage) qui a mené à une autre blague, puis une autre. Vous voyez le genre.

« On jasait d’aller se baigner, pis on se disait que ça allait être comme quand on allait créer un festival de musique en rajoutant des détails de plus en plus absurdes. Après une couple de semaines, on s’est dit ”On le fait-tu pour vrai, ce festival-là?” », indique Mathieu. « La blague est partie de l’association entre la musique ambient pis l’eau parce qu’il y a tout le temps des bruits d’eau… J’aime ça en écouter dans mon bain, c’est relaxant! », ajoute Marie-Ève.

Mathieu, qui était aussi de l’organisation de SOIR, s’ennuyait d’organiser des festivals et il a demandé à Marie-Ève si ça lui tentait de lancer un projet sérieux avec cette blague. Elle a très clairement dit oui. Sans attentes, en y allant une semaine à la fois, des fois que ça n’avancerait pas à leur goût.

Selon Mathieu, « un moment donné, on avait comme peur, on trouvait pas de lieu, pis ça avançait pas pendant deux ou trois semaines, on était sur le bord de se dire ”Fuck that! On le fera quand y’aura pu de COVID l’année prochaine”. » Trois jours plus tard, les deux s’écrivent et Marie-Ève annonce qu’elle a trouvé une place, une date… et tout devient rapidement très concret.

« Même si c’était une blague, ce festival répond à un certain besoin. À l’extérieur de Montréal, la musique ambient est pas mal moins connue, il y a moins d’espaces pour la musique expérimentale », souligne Marie-Ève. Mathieu ajoute que même à Montréal, c’est très underground, ça se passe dans des sous-sols, et si t’es pas dans le milieu, t’auras pas d’invitation. À force de travailler sur le projet, le duo se rend compte qu’il y avait une demande bien réelle pour un tel type d’événement. « Quand j’ai fait un podcast sur la musique ambient, je me suis rendu compte qu’il y a beaucoup plus de monde que je croyais qui en écoutait et que vu que les médias en parlent peu, c’est difficile de partir à la découverte, alors tout le monde me parle de Brian Eno [un pionnier du genre] », raconte Mathieu. À l’échelle du Québec, il y a bien Stéphane Lafleur (Avec pas d’casque) qui vient de lancer un projet (Émérance – allez écouter ça) et qui est un peu plus visible, mais il y en a bien d’autres aussi, et L’ondoyant•e risque fort d’être une plateforme intéressante pour ces artistes.

Depuis le lancement de la page Facebook au début de la semaine, Mathieu et Marie-Ève ont reçu de nombreux messages de gens super intéressés par leur projet (votre pas très humble serviteur en fait partie). « L’idée qu’on sort de Montréal, qu’on essaie d’aller dans des lieux inusités, que c’est un projet où on peut à peu près tout se permettre parce que c’est un microfestival, on peut prendre plus de risques… », dit Marie-Ève qui passe la puck à Mathieu : « … en faisant des petites soirées, sans avoir besoin de débloquer des budgets colossaux à chaque présentation pour faire trois jours de programmation ».

Le projet est appelé à se développer : intégration d’éléments multidisciplinaires, des arts visuels, du mapping en direct, des expositions, de la scénographie, des performances, etc., pour créer un environnement stimulant et accompagner une musique qui est généralement plutôt… apaisante.

Un genre d’immersion, d’introspection et de communion tout à la fois.

Un premier événement vient tout juste d’être annoncé pour le 28 juillet : évidemment, en raison de cette pandémie qui vient tout scrapper, ça va se faire par webdiffusion, mais Marie-Ève et Mathieu ont vraiment hâte de nous montrer ce qu’ils ont concocté. Aidés par les équipes de Mixbus et de Pestacle, les deux organisateurs prévoient en mettre plein la vue et les oreilles.

« Ça va être tourné à l’Île d’Orléans [dans un lieu mystique, mythique et mystérieux] », souligne Marie-Ève, « et on ne verra pas que les artistes, on va intégrer la vue sur le fleuve ainsi que d’autres éléments visuels ». Une expérience qui s’apparenterait à la slow TV, où les gens vont pouvoir écouter le tout chez eux, de façon ben relaxe et concentrée ou seulement d’un oeil et d’une oreille. Pour les personnes qui trippent moins « shows virtuels », on nous promet que le jeu en vaudra en chandelle et qu’on sera très loin des shows de fond de garde-robe qu’on voyait au début de la pandémie. À voir tout le monde qui participe à la concrétisation de ce projet, on n’a aucune crainte.

Pour cette première soirée qui se veut aussi un banc d’essai, on a invité deux artistes qui valent le détour.

Le premier, Simon Provencher, est bien connu de la scène musicale de Québec, où il a habité pendant de nombreuses années. Ancien membre de l’équipe d’ecoutedonc.ca (où il ajoutait entre autres ses savoureux échos de vestiaire aux comptes rendus de spectacles au Pantoum que rédigeait Marie-Ève), Simon a toujours été éclaté et original. « Il a toujours été un peu en avance sur son temps. Il a toujours été intéressé à l’expérimental, on pouvait le constater dans d’autres groupes comme Nimbes. Il est aussi membre de Victime (un trio décoiffant avec Laurence Gauthier-Brown et Samuel Gougoux). Il est déménagé à Gatineau, où il a commencé à travailler avec Olivier Fairfield », raconte Marie-Ève avant que Mathieu ajoute : « N’oublions pas Restaurant déjeuner, un projet à la Mac DeMarco. » On peut s’attendre à beaucoup d’improvisation et de bidouillage de sa part.

La deuxième, Sarah Feldman, est une artiste montréalaise établie qui « fait beaucoup d’improvisation, que j’ai découverte au début de l’année avec un EP d’impro expérimentale très noise [Grids EP] », dont les recettes seront données à l’organisme Taking What We Need, qui vient en aide aux personnes trans à faible revenu. « Je la diffusais pas mal à CHOQ et elle était super heureuse qu’on l’invite parce que c’est rare qu’on pense aux artistes ambient pour programmer des festivals », souligne Mathieu.

Pour les curieux, ça va se passer le 28 juillet prochain à 20 heures sur les pages facebook de L’ondoyant•e de CHOQ.ca, du Pantoum et, bien entendu, d’ecoutedonc.ca!

D’autres artistes ont aussi manifesté leur intérêt pour les soirées à venir, ce qui démontre un certain engouement pour cette nouvelle plateforme qui se voudra paritaire et inclusive et où on pourra jumeler des artistes établis avec d’autres qui débutent. Marie-Ève souligne que le nom L’ondoyant•e (qui montre cette inclusivité) n’est pas aussi innocent qu’il en a l’air : les lieux, comme les dates, ne sont pas statiques, et comme une vague, les choses vont changer constamment, des associations pourraient être envisagées en marge d’autres événements, tout est possible!

Peut-être qu’un jour, ils réaliseront vraiment leur rêve d’organiser ça dans une piscine, comme le voulait la blague qui a parti le tout. Parce que comme le dit si bien Marie-Ève, « l’ambient, ça fait du bien, c’est une musique que tu peux écouter pis qui peut te remettre dans un bon mood, surtout dans les circonstances actuelles. Ça permet de rêver! »

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