Le Pantoum : par et pour la musique d’ici

Photo : Noémie Rocque

Après une pause forcée, c’est le 18 juin dernier que reprenaient enfin les spectacles dans les locaux du Pantoum, le tout présenté virtuellement en raison des contraintes sanitaires actuelles. J’ai eu la chance d’y assister, masque au visage, et de faire pour vous un portrait de ce lieu historiquement si important pour le milieu de la musique émergente à Québec. Je me suis donc instruite à la source avec Jean-Etienne Collin Marcoux, un de ses fondateurs.

Le Pantoum a été fondé principalement par Jean-Etienne et Jean-Michel Letendre (Beat Sexü) ainsi que quelques-uns de leurs amis musiciens. Trouvant qu’il manquait de ressources pour la musique indépendante dans leur ville, le projet a donc tranquillement germé. « Même si Le Cercle était une salle super pour accueillir les groupes plus expérimentaux, on trouvait qu’il manquait quelque chose d’un peu plus champ gauche, d’un peu plus punk dans son approche. On voyait beaucoup de musiciens qui avaient des projets qui fonctionnaient vraiment bien et qui étaient associés à la scène de Québec. Puis quand, à un certain moment, ils prenaient conscience de leur potentiel et décidaient d’aller plus loin, leur réflexe était de déménager à Montréal », m’explique Jean-Etienne.

En effet, en plus d’y compter un nombre important de lieux de diffusion, c’est dans la métropole qu’on retrouve encore aujourd’hui la majorité des entreprises du milieu. « C’est plate, Québec c’est une belle ville et il y a une volonté de produire des événements. Y’a un public à Québec, y’a des gens qui sont crinqués pour voir de la nouvelle musique, ce n’est pas vrai que tous se passe juste à Montréal, mais y’a personne qui prend le risque de faire des affaires différentes. Faque on s’est dit pourquoi nous on ne le ferait pas? » C’est en ce sens, et avec un peu de chance, que les gars ont loué l’appartement de la rue St-Vallier. En étant leur lieu de résidence et en comptant sur une équipe de bénévoles, les initiateurs du projet pouvaient donc ainsi se permettent de prendre ces risques à faible coût et d’offrir une scène à des projets plus indépendants et novateurs.

Photo : Noémie Rocque

Depuis sa création, l’engouement envers le Pantoum s’est fait grandissant, il a permis à de nombreux groupes de se faire connaître et de se créer un public dans la capitale. Tout allait donc bon train jusqu’à ce qu’ils se voient dans l’obligation de mettre les spectacles sur la glace. « Depuis les trois dernières années, le Pantoum a vraiment gagné en popularité. On habitait ici, mais le studio prenait tellement de place que la vocation résidentielle perdait du terrain de mois en mois. À un moment donné, sans rentrer trop dans les détails, parce que nous-même on ne sait pas exactement ce qui s’est passé, des rumeurs se sont rendues aux instances gouvernementales comme de quoi on était un bar clandestin qui opérait sans permis », ce que Jean-Etienne souligne être bien loin de la réalité. Ainsi, suite à une descente policière, la Ville est rentrée dans le dossier et a fortement suggéré aux fondateurs, malgré la légalité de leur action, de procéder à la régularisation du local impliquant notamment un changement de zonage pour en faire un lieu commercial.

« Pour la Ville, c’était comme si on était une nouvelle affaire. Toutes les démarches ont fait comme une remise à zéro. Nous, de notre côté, on en a profité pour faire un changement de structure juridique pour passer de ce qui était une entreprise individuelle à un organisme à but non lucratif pour être capable d’aller chercher du financement et assurer la survie de l’espace. » Pour ce qui est de l’espace en question, la ville avait toutefois permis au Pantoum de continuer d’utiliser son studio d’enregistrement et ses locaux de pratique. « On a mis un peu plus d’énergie là-dessus. D’ailleurs, le studio d’enregistrement a pu bénéficier de plusieurs améliorations. On a investi, on est allé chercher du nouveau matériel dont une vieille console analogique vintage qui a une sonorité plus recherchée pour le type de musique qu’on fait ici. On a aussi retravaillé l’acoustique. On avait beaucoup d’améliorations à faire. »

Les gars en ont aussi profité pour enfin terminer l’album de Beat Sexü, un projet ayant de nombreuses fois été délaissé afin d’assurer la gestion de plus en plus complexe du Pantoum. « Au début, c’était géré très organique par deux-trois personnes motivées et ça allait bien, mais depuis deux-trois ans on avait tellement de demandes et de trucs à faire qu’on n’était pas en perte de contrôle, mais on en était vraiment sur le bord. On a donc retravaillé tout le côté administratif pour qu’à la seconde où on allait pouvoir recommencer à faire des shows, qu’on ne fasse plus comme avant, c’est-à-dire de façon DIY backée par notre motivation et nos économies personnelles. »

Photo : Noémie Rocque

Une motivation qui a permis au Pantoum d’établir une culture émergente forte dans la vieille capitale et aux artistes d’ici de s’y développer. « On l’a vu quand ça fermé et qu’on ne pouvait plus faire de shows, y’a vraiment eu un gros débalancement dans la scène à Québec et heureusement y’a le Maelstrøm qui a repris beaucoup de shows à ce moment-là. On leur a prêté beaucoup de matériel, tout ça en collaboration avec la gang de unïdsounds. »

Bien évidemment, tous ces processus n’étant ni simples ni rapides, il aura fallu un peu plus d’un an avant que la salle puisse à nouveau accueillir des prestations. Et nous y voici enfin! C’est en un chaud jeudi de juin qu’Ariane Roy a eu l’opportunité de casser la glace pour cette première prestation, diffusée en direct sur Facebook. Pourtant les live étaient un concept qui, jusque-là, n’avaient pas séduit l’organisation. « Au début de la crise de la COVID, on avait proposé de prêter du matériel et de soutenir les gens qui voudraient faire des performances live. Ceci dit, on s’est rapidement rendu compte que c’était devenu surchargé. C’est quand même cool, ça remplit un vide qui est important culturellement, mais y’en a beaucoup et pas toujours de qualité. En plus, le Pantoum reste quelque chose qui est très expérientiel, très humain, faque c’est pour ça qu’on ne voulait pas se lancer ».

C’est le Centre national des Arts qui a toutefois convaincu l’équipe de revoir sa position. « On trouvait que les budgets, l’initiative et la façon dont c’était amené étaient super intéressants. On s’est dit que c’était l’occasion d’essayer d’en organiser un pis de le faire comme si c’était vraiment un show au Pantoum, avec notre mood et nos standards de qualité ». Ceux qui ont écouté le spectacle ont pu constater que la qualité sonore y était effectivement hautement supérieure à bien d’autres productions du genre. Pour obtenir ce résultat, Jean-Etienne s’est installé seul avec sa console, sans visuel, dans une pièce située à l’étage du dessous. En s’isolant ainsi, il pouvait contrôler sans distractions les paramètres de la console en se basant exactement sur le son qu’entendaient les spectateurs. Le résultat a donc permis de mettre parfaitement en valeur la chanteuse et son band dont le lancement d’album, prévu le 20 mars dernier, a été annulé dans la foulée de mesures pandémiques.

L’avenir ne nous dit pas si d’autres spectacles virtuels auront lieu. Une chose est certaine, le Pantoum peut enfin reprendre de ses activités et connaissant la créativité et le sens de l’innovation de son équipe, on peut s’attendre à ce que de nouveaux projets se révèlent, des projets par et pour les musiciens de Québec. Québec Cité, tu peux être fière de ta musique émergente!

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