Les Martyrs de Marde (+VICTIME), Espace Le Dôme, 31 janvier 2020

Les Martyrs De Marde. Photo : Nicolas Padovani

Quelque part dans la marge, le 31 janvier 2020, trois entités ont opéré une forme ou une autre de renaissance sous le couvert de la nuit. Les Martyrs de Marde présentaient leur Grossière incandescence, VICTIME réapparaissait sur scène après plusieurs mois d’invisibilité et l’Espace Tam Tam du Centre résidentiel et communautaire Jacques-Cartier dévoilait officiellement son nouveau nom: Le Dôme. 

VICTIME

Victime. Photo : Nicolas Padovani

Devant une faune alternative et bienveillante, le power trio de VICTIME a débuté « en douce » avec Conférence de presse, qui se fait plus lente au début pour finalement s’accélérer vers le punk dansant qu’on leur connaît. Et c’était dansant à souhait quand ils ont transitionné vers Diego, qui a des airs de disco détraqué avec ses rythmes accrocheurs et ses sons de cloche à vache en plastique. 

N’ayant pas vu leur spectacle depuis la sortie de « Mi-tronc, mi-jambe » en mars dernier, j’ai vraiment pu apprécier l’évolution de VICTIME à travers leur brève mais intense performance. Simon Provencher est passé maître dans l’art de la dissonance et dans l’expérimentation des couleurs harmoniques complexes, ce qui faisait ressortir le côté noise de leur musique. Samuel Gougoux est d’une imprévisibilité rythmique réglée de plus en plus au quart de tour, et toujours délivrée avec beaucoup d’énergie. Finalement, Laurence Gauthier-Brown assure à la basse et à la voix avec son attitude de rock grandissante et ses cris montants et mutins (ça a l’air cute, dit de même, « mutin », mais saviez-vous que c’est le même mot-racine que dans « mutinerie »? Allez googler ça).

Tout ça pour dire que c’était un très bon spectacle, et que les nouvelles tounes, commes les anciennes, ont fait brasser bien des têtes. Mention spéciale au BRAS MYSTÈRE qui a assisté Gougoux dans la finale, sur Robot ou humain. J’ai entendu dire entre les branches qu’il appartenait à une fille*. 

Les Martyrs de Marde 

Les Martyrs De Marde. Photo : Nicolas Padovani

Après cet encas bien exploratoire, c’était l’heure d’aller à la Grand-messe. Et je vous assure que si VICTIME a pris du gallon depuis que je les ai vus, Les Martyrs de Marde n’ont pas manqué non plus de nous impressionner. Ça vaut la peine que je vous raconte ça au présent.

Sur une scène nimbée de rouge, le Frère Foutre entame un Kyrie démoniaque pendant que s’élève des protestations dans la foule. Des gens se poussent. Que se passe-t-il? On entend les chaînes qui lient les poignets de Souffrance avant de comprendre qu’il se fraie un chemin parmi les spectateurs, contenu tant bien que mal par l’impassible Matricule C51. Derrière eux, un nouveau Martyr déambule avec son masque de docteur de la peste: c’est le Dr. Hépatite Hourra – mais quel nom, sérieux! – qui va se placer laconiquement derrière ses instruments. 

Libéré de ses chaînes, Souffrance se jette dans la foule avec un bol de fruits: c’est la Communion. Certaines âmes dubitatives serrent les dents devant l’apôtre mal léché tandis que d’autres, convertis, reçoivent cet apport nutritionnel à genoux, la bouche bée. 

Frère Foutre nous ramène à lui avec ses cris tribulatoires, nous confronte à notre culte du vide. On se pend à ses lèvres. Soudain, une atmosphère musicale lourde et pourtant bien connue nous enveloppe et nous berce: les Martyrs entament Ma nausée, tirée de leur plus ancien maxi. Déjà, on se sent faiblir et vouloir succomber. 

Les Martyrs De Marde. Photo : Nicolas Padovani

Entre cris et chaos, le silence s’impose dans le groupe. Les bêtes de scène se calment le temps que soit murmuré par leur maître le mot d’ordre de la Grossière incandescence: Sado-maso boulot-dodo. Des rires un peu fous fusent dans la foule tandis que la samba maléfique fait ondoyer les corps. Mais le règne de Frère Foutre se fait court, puisque Laurence Gauthier-Brown, tel un ange noir, revient sur scène pour tirer les vers du nez du Povtipite. Domination et soumission se livrent devant nous à tour de rôle en un spectacle abracadabrant. 

Je pourrais vous raconter en détail tous les faits marquants de cette performance aussi musicale que théâtrale. De cette tension qu’ils ont su maintenir, faire monter puis relâcher juste assez pour nous tenir en haleine jusqu’à la toute fin. Mais au final, il faut vivre le spectacle des Martyrs de Marde pour réellement en comprendre l’intensité et l’aspect libérateur. On vous laisse donc sur votre faim, du moins jusqu’au prochain passage du groupe à Québec.

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