Chilly Gonzales – Grand Théâtre de Québec, 16 janvier 2020

Chilly Gonzales – Photo : Stéphane Bourgeois (Grand Théâtre de Québec)

Si je devais, comme dans les médias traditionnels, trouver un titre accrocheur pour attirer les clics, j’irais comme suit.

« Chilly Gonzales : se prosterner devant un génie mélodique »

Gabriel tremblay

Pour ceux et celles qui ne le savaient pas déjà, Jason Charles Beck (Chilly Gonzales) est un drôle de moineau, c’est le moins qu’on puisse dire. L’éclaté pianiste montréalais, maintenant exilé en Allemagne, était de passage à Québec pour boucler sa tournée de Solo Piano III. Sans surprise, l’immense salle Louis-Fréchette est pleine à craquer, du plancher jusqu’au balcon.

Le virtuose en peignoir s’installe sobrement derrière son somptueux piano à queue. Sans la moindre intervention, il débute avec quelques pièces en solo, alternant entre les opus de sa trilogie Solo Piano I-II-III. Ce premier tiers de spectacle en solitaire me chamboule par sa beauté, toute en justesse, souplesse et délicatesse. Gonzales, normalement (étonnement) constitué de 2 bras et deux jambes multiplie les subtiles variations qui transforment de simples notes en bijoux sonores. 

Si je connaissais plutôt bien plusieurs de ses oeuvres précédentes comme Chambers, Solo Piano II ou Ivory Tower, Solo Piano III est encore très frais dans mes oreilles. Une pièce comme Kopfkino (pour ne nommer que celle-là) m’éblouit comme rarement. La répétition du mouvement de sa main gauche, qu’il transporte d’un octave par dessus sa main droite, me captive jusqu’à en oublier où je suis. Suite à cette pure introduction, l’entertainer quadragénaire sort de son mutisme pour réveiller la foule. Rappelant la frénésie de son dernier passage au Palais Montcalm en octobre 2018, il invite l’assistance à ne pas le décevoir. Promettant d’en faire autant alors qu’il pourrait, pour reprendre ses mots, terminer le spectacle tranquillement et compter son argent dans sa chambre d’hôtel. Mais non, le maestro du piano embarqua la foule (avec sa bénédiction) dans un délire magique. 

Fascinant sorcier de la mélodie à cordes, Gonzales invita alors Stella Le Page, violoncelliste française, à le rejoindre sur scène.

« Le violoncelle est le seul instrument dont le piano est jaloux. Une simple note suffit pour vous faire pleurer. »

Après cette intervention parfaite, Chilly explique d’une façon toute aussi parfaite, le « Bach Trick » : Jean-Sébastien Bach est en effet une des plus grandes influences de Jason Charles Beck. Le « Bach Trick » consiste à changer la position de ses doigts sur les notes pour varier le son. En démonstration, Gonzales et Le Page reprendront, tout en traduisant de façon hilarante Smell Like Teens Spirit et Baby One More Time. 

Après cette pause théorique, il enchaîne avec sa toute première composition pour violoncelle Chello Gonzales (titre que lui même souhaite oublier) issue de l’album Chambers.

Révélé sur scène grâce à un coup de triangle soudain, le troisième acolyte et percussionniste Joe Flory débarque sur scène, synonyme du troisième tiers du concert. Gonzales profite de la présence du batteur pour lâcher son fou en rappant devant son piano. Je vous invite à écouter l’album Unspeakable, si vous vous demandez ce que ça donne, un pianiste néoclassique ascendant rappeur.

Une date avec Chilly Gonzales c’est aussi…

  • Des bains de foule complètement impromptus à travers les rangées de bancs
  • Des conseils qu’ils donnent aux jeunes musicien.nes dans la salle (ex. « n’arrêtez jamais de composer, faites-le à tous les jours »)
  • Un brillant récapitulatif de tout le spectacle en version accélérée en guise de rappel (« Previously on Chilly Gonzales »)

Parce qu’il est tout aussi divertissant qu’intelligent musicalement, ce spectacle est un chef-d’oeuvre en soi. 

J’en suis ENCORE bouche-bée, rien de moins. 

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