Mat Vezio – « Garde-fou »

Mat Vezio
Garde-fou
(Simone Records)

Ce n’est un secret pour personne, j’avais vraiment trippé sur Avant la mort des fleurs cueillies, le premier album de Mat Vezio paru il y a deux ans et demi. Le Montréalais, qu’on connaissait surtout pour son travail derrière la batterie, avait sorti une fort jolie collection de chansons folk, pas trop loin de la pop de chambre. Les arrangements étaient sublimes, la réalisation d’Antoine Corriveau était impeccable.

Pour « Garde-fou », Vezio a cette fois appel à Navet Confit, qui a donné un peu de mordant et de « sale » à l’ensemble. On a affaire au même artiste que sur le premier album, la poésie reste la même (en mieux), les mélodies sont toujours aussi à la fois accrocheuses et recherchées, les arrangements de cordes de Guido Del Fabbro sont encore une fois magnifiques, mais sans rien enlever à la job de fou d’Antoine sur l’album précédent, l’ensemble sonne plus « naturel », plus près de l’auteur-compositeur-interprète (qui savait davantage où il s’en allait).

L’été est pas fini 
Que l’automne est commencé 
Tous les lacs sont g’lés 
Pis elle aussi

Lifeguard

« Garde-fou », ce sont neuf magnifiques chansons, toutes différentes tout en donnant à l’auditeur l’impression d’entendre un tout plutôt qu’une somme de parties. Tout d’abord, ces textes, imagés tout en restant d’une simplicité désarmante (sans tomber dans le facile ou le cucul), qui racontent des histoires ou expriment des sentiments. Qu’il chante au « je » ou au « il-elle », Vezio est toujours capable de nous intéresser à ce qu’il raconte. Et il réussit même à ploguer le titre de son album précédent sur Chaleur 10.

Faut savoir sentir les heures pressées 
Avant la mort des fleurs cueillies 
Belle prison aux barreaux de nerfs 
Dans un lit une lumière 
Une fumée de mer 
Dans un lit une lumière 
Une fumée de mer 

Chaleur 10

On pourrait avoir envie de dire que Vezio fait de la chanson à textes, mais il met autant l’accent sur sa musique. Autant capable d’aller se perdre au champ gauche (notamment sur la très nordique Tu ne sais pas comment le son voyage, où Elisapie slamme en inuktitut) que de nous faire rêver sur Héroïne, c’est sur les morceaux les plus pop que Vezio brille. Marjorie Kelly est accrocheuse sans bon sens, le genre de ligne de saxophone super simple qui te rentre dans la tête. Un genre d’hybride entre un Lennon en forme et un Albarn en train d’écrire Country House, que j’ai constamment envie d’écouter après Marjorie Kelly. D’un autre côté, sur Lobby Boy, on retrouve le « folk » dans « deep folk ». Toujours irrésistible sur le plan mélodique, cette fois, c’est du côté du folk américain à la M. Ward (et un brin à la Dylan des dernières années, celui qui laisse plein de place à une ribambelle de musiciens).

J’ai le coeur à la guerre 
C’est le poids du vent 
Qui nous sépare 

Nos visages canons

C’est d’ailleurs ce que fait Vezio sur cet album : y’a un paquet de monde qui a travaillé avec lui ici, en plus de Navet Confit et Guido Del Fabbro. Joëlle St-Pierre se laisse aller au piano et au vibraphone (on vous avertit, le vibraphone sera en 2020 ce que la flûte traversière aura été en 2019). Amylie et Sarah Bourdon sont de retour aux chœurs, et elles sont comme la cerise sur le crémage des petits gâteaux à ma grand-mère. Laurence-Anne (sur À côté) et Laura Cahen (sur Nos visages canons) prêtent leurs jolies voix. Et y’a Elisapie, dont on a déjà parlé.

Ensemble, ils ont permis à Vezio de faire mouche, une fois de plus.

« Garde-fou », c’est un arc-en-ciel dans cet automne trop gris. Un sérieux candidat aux premières positions des palmarès de 2019.

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