FESTIVAL D’ÉTÉ DE QUÉBEC – 10 juillet 2019

Philippe Brach - Photo : Jacques Boivin

On a pris ça plus mollo hier soir. Parce qu’on savait qu’on allait en avoir pour nos sentiments, comme dirait le grand Tire le coyote avec Shampouing. Trois des préférés d’ecoutedonc.ca sont venus nous chanter la pomme. Trois magnifiques artistes, avec des propositions originales (c’est le cas de le dire), avec de la musique qui nous faire aller cette chose qui cogne au creux de nos poitrines sans vouloir s’arrêter (merci Antoine). Sans plus tarder, voici notre compte rendu de cette belle soirée quasi parfaite en tous points.

Oh, en passant, notre photographe Nicolas Padovani est aussi allé faire quelques saucettes sur les autres scènes. C’est dans la galerie.

 

Voyou

Voyou – Photo : Jacques Boivin

Débutant aux alentours de 18h au carré d’Youville, le vilain garnement lillois a des airs de vacancier dans le Vieux-Québec. Voyou, alias Thibaud Vanhooland, trimbale en haute-ville ses claviers, ses guitares, ses trompettes et bien sûr, ses beats tropicaux. Solitaire sur la vaste scène, le chenapan de 30 ans multiplie les interventions loufoques entre ses morceaux. Outre les sensations «La légende Urbaine» et «Les trois loubards», le sympathique cousin conclut avec son principal ver d’oreille «Seul sur ton tandem».

L’âme en peine à pédaler pour deux
Pourtant pas mal partis tous les deux dans la plaine
Te voilà raccourci tout seul sur ton tandem

En chialeux assumé, je crois qu’une formule full band serait un simple must.

(Gabriel Tremblay)

 

Salomé Leclerc

Salomé Leclerc – Photo : Jacques Boivin

Est-ce de la pop, est-ce du rock? Peu importe, la musique de Salomé Leclerc nous a fait plonger dans une introspection où miroitait le crépuscule avec les ondes de ses synthétiseurs et les rythmes lourds de ses percussions. Invitée au FEQ pour une deuxième fois en quelques années, l’artiste était cette fois-ci venue présenter « Les choses extérieures », son dernier album, entrecoupé de titres moins récents – mais toujours aussi appréciés – tels la sublime Arlon. C’était un bon dosage, puisque les derniers titres de l’autrice-compositrice-interprète ont une couche de noirceur que les premiers venaient alléger. De sa guitare et de sa voix douce aux éraillages contrôlés, Leclerc a su charmer un public nombreux et vraisemblablement déjà à moitié conquis (si ce n’est pas totalement, hein Jacques?). Moment coup-de-cœur: la superbe rendition d’Entre parenthèses, que l’artiste a habilement fusionné avec Famous Blue Raincoat de Léonard Cohen (devant un public du FEQ muet comme une carpe!).

(Marie-Ève Fortier)

 

Kirouac & Kodakludo

Kirouac & Kodakludo. Photo : Nicolas Padovani

Mon coeur d’amateur de rap québ se reconstruit à la scène Fibe, l’instant d’un moment avec le duo montréalais Kirouac & Kodakludo. Kirouac ou Paul Poulet pour les intimes n’est pas à son premier barbecue de rap gentil. Son fidèle beatmaker Kodakludo non plus, lui qui l’accompagne même sur quelques verses. Devant une foule juvénile, le tandem (qui roule en Bixi) déborde d’énergie, sautant de tous bords, tous côtés. Lyricalement faible (à mon humble avis), Kirouac pallie cette lacune avec sa bouille charismatique, ses interactions avec le public et sa prestance. Blague à part, le dernier EP de la paire ville-marienne «AMOS» est une réalisation impeccable, qu’on soit fan/nostalgique d’Amos Daragon ou non.

(Gabriel Tremblay)

 

Philippe Brach

Philippe Brach – Photo : Jacques Boivin

Mais quel drôle de champignon que ce Philippe Brach, qui s’est fait à la fois bête de scène et grand protecteur des Fungi hier soir sur la scène Hydro-Québec (#momentflûte)! Entre ses refrains et ses couplets, il faisait le crabe, il sautait un peu partout sur scène comme un chaman ou tournait en criant tel un véritable derviche fou. Il nous rappelait aussi, avec un grand sourire et de bonnes blagues, son plaisir d’être avec nous. Pas besoin de vous dire que sa performance vocale, exécutée avec justesse et originalité, débordait elle aussi d’énergie.

Il a pigé dans ses trois albums pour concocter un programme assez complet de pièces accrocheuses ou surprenantes, aux influences les plus variées et au malaise toujours rampant quelque part. Les spectateurs ont chanté en chœur avec lui sur Alice ou sur Rebound. Ils ont ri pendant Nez pour être sauvage (oui oui, «nez!») et ils se sont lâchés lousse sur D’amour, de booze, de pot pis de topes et sur C’est tout oublié. Vers la deuxième moitié du spectacle, les quatre musiciens qui accompagnaient notre énergumène favori se sont aussi laissés aller, bonifiant les compositions de Brach (Tu voulais des enfants et Mes mains blanches, particulièrement) de soli et d’intensité instrumentale.

(Marie-Ève Fortier)

 

Anatole

Anatole. Photo : Nicolas Padovani

Une grosse tension était palpable dès mon arrivée au D’Auteuil. Était-ce la nervosité? La fébrilité des fans finis d’Anatole qui avaient hâte de voir leur héros? Un problème quelconque? Pas moyen de le savoir, mais on aurait pu couper cette tension au couteau.

Anatole et ses magnifiques musiciens entrent en scène. Notre roi de l’art-pop ne perd pas de temps, commençant La nausée drette dans la foule. Comme d’habitude, il chante à six pouces de nos visages, mais il en profite pour se faire cabotin, demandant comment ça va à gauche, appréciant le chandail fluo d’une spectatrice à droite.

Mais y’a clairement quelque chose qui ne va pas. Les claviers de Simon Paradis, qui sont absolument essentiels à la prestation, fonctionnent à moitié, quand ils fonctionnent. Gros problème de sono, le tech est disparu 30 secondes, y’a clairement un problème du côté du son, tout le monde fait ce qu’il peut. On sent la frustration monter au sein du groupe, pis la première toune est même pas finie.

Toutefois, au lieu de se laisser envahir par cette frustration, Alexandre Martel a canalisé toute cette énergie négative et l’a transformée en fougue incroyable.

J’AI JAMAIS VU MARTEL EN FEU DE MÊME.

Il chantait, le couteau entre les dents, ne voulant absolument faire aucun quartier. Personne ne sortirait d’ici vivant.

Anatole. Photo : Nicolas Padovani

À côté de Martel, Jim sautait comme un débile, un peu pour attirer notre attention pendant que Simon s’arrache les cheveux (heureusement, il en a beaucoup).

Pendant ce temps, les néophytes ne voient rien aller, ils ne font qu’entendre les tounes géniales de Testament et de L.A./Tu es des nôtres, interprétées par une bête de scène qui défonce le quatrième mur à toutes les occasions qui se présentent. Une bête de scène appuyée par quatre monstres qui se donnent corps et âme (même Simon, qui redouble d’ardeur chaque fois que ses synthés fonctionnent).

Show écourté, mais la clameur de la foule a ramené Anatole et sa bande pour une dernière chanson. Et cette dernière chanson valait le show à elle seule. Z’avez déjà entendu Discollins? C’est la toune qu’on veut TOUS entendre chaque fois. C’est la Free Bird ou la Creep à Martel. Eh ben, on a eu droit à une version absolument électrique de cette magnifique chanson, à la fin de laquelle Martel s’est lancé dans un solo de guitare époustouflant, aussi hargneux et fougueux qu’il l’a été toute la soirée.

Ça aurait pu être une catastrophe. Ça a été, pour le public, un des plus beaux moments de notre Festival d’été. Je le sais, j’étais là, en avant, avec les autres, à danser comme un imbécile.

Big love, les jeunes.

(Jacques Boivin)

 

 

 

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