Festival OFF de Québec – Compte rendu, 5 juillet 2019

Thus Owls - Photo: Llamaryon

C’est sous le signe du crescendo que s’est déroulée la troisième journée du Festival OFF de Québec. Débutant en douceur avec des accents country au Sacrilège, le plaisir s’est poursuivi sur le Parvis avec différentes teintes de rock qui nous ont bien réchauffé les oreilles pour ensuite se terminer au Méduse avec une soirée champ gauche à couper le souffle. 

 

Le Sacrilège

18h00 – Margaret Tracteur

Margaret Tracteur – Photo: Llamaryon

Accompagnée du contrebassiste Danny Roach, la one-woman-band québécoise nous a transporté avec les cordes de son banjo et sa voix bien country: de la Louisiane au Great Smoky Mountains, elle pigeait dans le vaste répertoire folklorique et bluegrass américain pour nous faire passer un bon moment (et me rappeler, bien évidemment, mon épopée texane). Willie Lamothe, un des pionniers du western au Québec, n’a pas été oublié non plus. Vers la fin du spectacle, Margaret Tracteur a également osé quelques compositions et s’est adonné à d’impressionnantes envolées de yodel et de gazou. Une prestation qui ne manquait ni d’humour, ni de chaleur. 

Marie-Ève Fortier

19h00 – Sergio

Sergio – Photo: Llamaryon

Sergio Ouellet est entré en scène accompagné de Guillaume Sirois à la batterie et de Maxime Moisan à la basse. Y’aura d’autres matins installe une chaleur intime et feutrée sous le projeteur orangé du Sacrilège. On pouvait sentir la voix douce, réconfortante et parfois rauque de Sergio nous envelopper. L’ambiance a changé avec Poète Cowboy. Soudainement, nous ne sommes plus au Sacrilège, mais au Far West : sifflements et harmonica s’alternent dans un duel amical. On quitte le Far West pour une petite virée à Val-Bélair, pour une escale dans La rue de mon enfance. La prestation se termine avec l’émotive Quand je serai un homme. Même si l’auteur nous assure que cette dernière n’est pas une chanson triste, mais plutôt une chanson d’espoir, de vie après la mort, on ne peut pas s’empêcher de sentir une certaine souffrance lorsqu’il chante les « ouhhhhs » tel un loup qui appelle les siens un soir de pleine lune. La courte heure passée avec Sergio aura été un voyage musical revigorant.

Mani Phaysavanh

 

Parvis de l’Église Saint-Jean Baptiste

19h00 – Moon Too

Moon Too – Photo: Llamaryon

Il était difficile de rester assis en écoutant le rock alternatif enrubanné d’électro-pop de Moon Too. La formation de Québec a défendu ses pièces aux couleurs indie devant un public à l’écoute, mais qui restait timide. Malgré tout, le chanteur et ses compagnons n’ont pas démordu de leur enthousiasme, enchaînant compositions toutes récentes et pièces tirées de leur dernier maxi, « Lighthouse ». Entre le groove de Black Hole et l’envolée instrumentale qui clôt la paisible Naked Soul, il y avait de quoi passer un bon moment. 

Marie-Ève Fortier

20h00 – Babylones

Babylones – Photo: Llamaryon

Par la suite, c’est Babylones qui a fait résonner le Parvis par la force de leur nombre: avec un claviériste, un bassiste, un batteur et un autre guitariste à leur disposition, Charles Blondeau et Benoît Philie remplissaient l’espace sonore de leur voix et de leurs lignes mélodiques. C’était bien rock, punk un-peu-plus-que-sur-les-bords (quelque part entre Les Vulgaires Machins et Malajube), psychédélique dans leurs effets et même prog si les mesures asymétriques vous mystifient. Une expérience consacrée par le petit Jésus trônant au-dessus nous, noyé dans les couleurs de la brunante et dans la distorsion qui s’est montré le bout du nez pour la finale.

Marie-Ève Fortier

21h00 – JP Couet

JP Couet – Photo: Llamaryon

Ces gars-là sont vraiment drôles à voir. C’est assez surprenant de voir un front man aussi zen pendant que le reste du groupe se déchaîne à coup de chansons festives à saveur rock-folk-alternatif! JP Couet et ses musiciens ont le don de garder notre intérêt, les pépins passent presque inaperçus avec toutes les blagues qu’ils font sur scène. Mais pour moi, la cerise sur le sundae, c’était la chanson de fermeture Longue-pointe, qui donne son titre à son maxi lancé en avril dernier. Le guitariste s’est assis sur une chaise pour pouvoir pianoter sur son instrument. On nous a emmené dans un univers folk-oriental planant. Ce n’était pas étonnant de voir une dizaine de spectateurs se lever pour danser à l’avant-scène pour celle-ci. Vraiment, c’était sua coche. Élément de surprise final : JP semble avoir terminé de jouer, mais apparemment, pas les musiciens. Non, non, non. Eux, ils n’ont pas fini de jouer. La chanson s’étire, puis le bassiste cogne son instrument sur le trépied. Le trépied prend une vraie de vraie envolée sur le guitariste. Il n’a plus le choix de s’arrêter de jouer : toute qu’une fin de spectacle. Bon matin!

Mani Phaysavanh

 

Complexe Méduse

Ce soir-là, l’ambiance du complexe Méduse était assurée par la DJ Poutine Râpée. On a filé vite vite d’une salle à l’autre pendant que d’autres groovaient confortablement dans le hall, une bière à la main. 

21h30 – Gabriel Newlands

Gabriel Newlands – Photo: Llamaryon

Tout autour de lui, Gabriel Newlands avait méticuleusement installé un paquet d’instruments: claviers et glockenspiel côtoyaient synthétiseurs et autres machines qui s’activaient toutes sous les doigts précis de leur propriétaire. D’inspiration minimaliste, sa musique instrumentale installe des atmosphères introspectives et lumineuses qui permettent au compositeur post-classique de canalyser ses émotions. De quoi se laisser planer et plonger dans la contemplation, ce à quoi les spectateurs, assis, se sont adonnés avec diligence. Les mélodies simples mais senties nous transportaient donc tandis que, de part et d’autre du pianiste,  Louis-Solem Pérot et Frank Cayer enjolivaient et animaient ces trames sonores au moyen d’un violoncelle et d’une guitare. 

Marie-Ève Fortier

22h15 – Thus Owls

Thus Owls – Photo: Llamaryon

Nous sommes plusieurs à avoir été estomaqués par la prestation de Thus Owls hier. J’en ai vu qui, après les pièces les plus enlevantes, ne se rappelaient plus comment applaudir, leur mains cachant une mâchoire décrochée par l’admiration. Thus Owls, c’est le projet indie-rock expérimental (hautement sous-estimé) du duo suédo-québécois composé de Simon et Erika Angell. Avec l’apport considérable du batteur Samuel Joly (Klaus, Marie-Pierre Arthur), ils savaient créer des dialogues élaborés et dynamiques entre leurs instruments. 

Lui à la guitare, elle derrière les synthés et à la voix – une voix unique, féminine et dramatique – les Angell impressionnaient par leur talent tout en restant humbles et bon enfant dans leurs interventions. Ils ont présenté les pièces de leur tout dernier album, « The Mountain That We Live Upon », qui parle de la décision d’avoir un enfant. Si Solar Eclipse fait office de pièce centrale dans cette oeuvre, et si sa version déclamée d’un poème de Sappho a quelque chose de frappant en direct, le groupe a atteint le paroxysme de sa prestation avec Devils in the Dark, qui s’est clôt en une finale éblouissante où Samuel Joly et Simon Angell se relançaient constamment. 

Marie-Ève Fortier

23h00 – Météo Ciel Bleu

Météo Ciel Bleu – Photo: Llamaryon

Ça prenait un groupe comme Météo Ciel Bleu pour passer après Thus Owls et captiver quand même. Avec une proposition franchement immersive et expérimentale, le projet francophone du chanteur Frédéric Boisclair (Fred Woods) exploitait pleinement le potentiel de l’hybridation entre instrumentation traditionnelle et musique électronique. Le batteur Andrew Beaudoin (Cabale) utilisait des micros contact et des capteurs sur certains morceaux de son instrument pour en transformer le son avec des pédales d’effets. Pendant ce temps, Francois Zaïdan (Klô Pelgag) et Mathieu Arsenault (Seulement, Technical Kidman) collaboraient respectivement à la guitare et aux synthétiseurs pour créer une chimère sonore résultant de la modulation en direct des sons de la six cordes. 

Le cinéaste Charles-André Coderre, qu’on connaît pour son travail avec SUUNS et Jerusalem In My Heart, contribuait finalement à rendre l’expérience plus holistique encore avec ses projections qui alliaient pellicule 16mm – changées et maniées sur place – et projection numérique. Et comme si cette proposition n’était pas encore assez audacieuse, le court spectacle s’est terminé avec un solo de flûte à bec qui semblait avoir été transformée en véritable serpent qui siffle. De quoi plaire aux grands amateurs de cette niche de l’expérimentation sonore sans abandonner les spectateurs moins initiés qui pouvaient retrouver, dans les textes en français, une porte d’entrée accessible.

Marie-Ève Fortier

00h00 – Barrdo

Barrdo – Photo: Llamaryon

On pensait en avoir eu pour notre argent déjà, mais Barrdo est parvenu lui-aussi à se démarquer à sa manière. Barrdo, c’est notamment plusieurs membres du groupe FUUDGE qui prêtent leurs mains – et leurs voix – à Pierre Alexandre. Sa musique hors du commun prend donc irrémédiablement un aspect psychédélique qui se caractérise cette fois particulièrement par la répétition et la surenchère. Toutefois, synthés, guitares, basse et batterie se soumettent malgré tout au diktat des textes déclamés comme des hymnes. Les paroles quasi prophétiques tantôt chantées par Pierre Alexandre d’une voix articulée et juste, tantôt reprises et répétées en choeur par les cinq musiciens, complètent l’effet de transe. Ça et là, la prestation est aussi parsemée d’épisodes musicaux qui partent dans tous les sens, de la clarté d’un chant polyphonique aux marées de fuzz des finales endiablées.

Marie-Ève Fortier

 

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