Alicia Deschênes – Théâtre du Petit-Champlain, 31 mai 2019

Alicia Deschênes - Photo : Karoline Boucher

Alicia Deschênes, auteure-compositrice interprète de 23 ans originaire de Saint-Agapit,
était on ne peut plus émue de présenter les chansons de son premier album complet
joliment baptisé Comme June aime Johnny, lancé en janvier dernier.

On trouve ça beau, l’univers musical d’Alicia. Son talent d’auteur est magistral et nous
pousse à croire que nous sommes en présence d’une vieille âme vu la richesse de ses
textes et de la sagesse dont ils sont imprégnés. Certes, Alicia est de sang timide et
introverti, mais cette personnalité brute forme le bassin de candeur, de dérision, de
charme et de force qui colorent sa prestation sur scène.

Alicia laisse sa trace depuis un petit moment dans les sillons de la musique québécoise.
Ses nombreux prix et distinctions ainsi que son association musicale avec Daran lui
procurent déjà une certaine notoriété dans l’espace culturel. Toutefois, lorsqu’elle se
présente sur scène, sans artifices, avec sa guitare comme seul élément de décor, Alicia
ne laisse rien paraître de ses succès antérieurs. Elle repart à zéro, comme si chacun
des spectateurs attentifs devant elle était une conquête à faire.

Brillamment appuyée par ses musiciens complices (Julien Valois à la guitare et
Alexandre Racine aux claviers), elle amorce son tour de chant dans la pénombre, les
yeux fermés, la voix un peu craintive, avec Aéroport. Dès les premières minutes, elle
chante le coeur à vif ses peurs, ses déceptions et ses frustrations, que l’on ressent
vibrer dans notre for intérieur. Alicia allait nous offrir une soirée coup de poing.
La prestation se distingue par un voyage dans l’imaginaire, au gré des aventures
qu’Alicia relate par ses mots et sa musique. Bien qu’on l’imagine écorchée, vu sa
surprenante capacité de nous émouvoir (notamment dans Novembre, dédiée à son
grand-père ou Après le feu, la pluie, dédiée à Mario Chénard, ancien prof de musique
décédé ce printemps) Alicia est également fort douée pour nous balancer des chansons
feel good ou des chansons plaster, comme elle aime si bien les décrire. Sur cette liste
figurent J’erre de Dumas (livrée magnifiquement) et Les pieds dans le vide — nouvel
extrait de l’album, qu’elle a offert sur un groove mélodieux, accrocheur style ver
d’oreille/hit estival.

L’un des moments les plus agréables du spectacle s’est produit au retour de l’entracte,
où Alicia est revenue sur scène d’un pas très assuré, timidité au vestiaire, une bonne
dose d’énergie et de confiance dans la poche arrière de son jeans noir. C’est le
moment où se révèle la chanteuse qu’elle est aujourd’hui, en nous invitant à faire un
retour en arrière sur la chanteuse qu’elle rêvait de devenir. On se rend vite compte, de par les événements charnières qui ont forgé son style (racontés avec beaucoup
d’humour, quel charme!), que la demoiselle a baigné profondément dans l’océan du
grunge, du rock et du new age. Ses redditions de Dancing In The Dark, Boulevard Of
Broken Dreams, Never Let Me Down et All My Loving sont époustouflantes. On aurait
bien aimé que l’on nous serve plus d’arrangements rock avec percussions sur d’autres
pièces tellement elle excelle dans le créneau.

Or, la belle Alicia aime les lignes et les phrasés purs, ce qui sied à merveille à sa voix
folk et son style mi-rock goddess intimiste. L’apogée des émotions tout azimuts est
atteinte avec la prestation de la chanson-titre de l’album Comme June aime Johnny qui,
d’après nous, dresse l’autoportrait de l’interprète. Nous ne semblons pas les seuls à
être subjugués par le poids des paroles et de la mélodie, car Alicia est récompensée
par une ovation debout.

On trouve ça beau, l’univers musical d’Alicia. En rappel, elle nous livre son hit
radiophonique du moment qui raconte qu’elle-même trouve ça beau de penser qu’un
jour quelqu’un pourrait l’aimer…  Oui c’est beau de penser, mais c’est encore plus beau
de le vivre. Comme nous l’avons vécu en ce samedi 31 mai.

 

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