Yann Tiersen – Palais Montcalm, 31 mai 2019

Yann Tiersen - Photo : Adrien Le Toux

Quelques rayons de lumière lèchent le sol noir du Palais Montcalm et un impressionnant faisceau lumineux de près de quarante pieds descend du plafond, tel la lune. Yann Tiersen, auteur-compositeur-interprète et multi-instrumentiste français, fait son entrée au piano à queue après un long texte récité par Émilie Tiersen, dans un anglais très appuyé, duquel je n’ai rien compris sauf l’émotion. Je crois qu’il s’agit d’un poème d’Anjela Duval, poétesse bretonne.

Un mélange recherché entre les musiques de films, telle la trame du Fabuleux destin d’Amélie Poulain, les pièces d’Eusa et de son nouvel album All font de cette soirée quelque chose de complexe et parfois détonnant. Yann Tiersen ayant depuis plusieurs années migré vers d’autres horizons musicaux, a-t-il voulu satisfaire son public en lui offrant quelques unes des pièces qui ont marqué l’imaginaire mondial à l’aube des années 2000? Pour ce faire, il enchaîne assez tôt dans la soirée avec une pièce connue, La dispute, jouée avec un mélodica. L’assistance est ravie, rassurée.

Yann Tiersen – Photo : Adrien Le Toux

Vient ensuite la présentation de son récent partenaire de scène, qu’il a rencontré dans un bar de Bretagne. C’est suite à une importante dépression, causée pour la diffusion de la “m**** populaire” pendant dix ans dans une radio suisse qu’Alex s’est finalement échoué près d’Ouessant. Un contact serré avec la nature lui a fait du bien. Quoiqu’encore fragilisé, il fait désormais partie de la tournée. C’est donc Alex Magnéto, qui nous retransmets les sons de la nature : les oiseaux marins, les cris d’enfants sur la plage, les pas dans la forêt. Des sons qui vont aller et venir tout au long de la prestation.

C’est seulement à la cinquième pièce que le reste des musiciens se joint au pianiste pour créer une symphonie avec des percussions, un violon, des synthétiseurs, des séquenceurs et des voix éthérées. Plusieurs pièces, comme Erc’h, dépassent largement la durée “normale” d’environ 3 minutes. Les solos de piano sont généralement plus tendres, surtout en comparaison avec le solo de violon On the Wire – 1998, pièce aux contrastes imposants, que l’on peut entendre sur l’album The Lighthouse. La version livrée ce soir-là commence déjà de manière grave, mais lorsqu’il s’emballe, rien ne l’arrête plus, même son archet déchiré par tant de passion avant de transiter doucement vers un extrait que l’on reconnaît, au piano et revenir encore au violon débridé.

Du clavecin, nous passons au son de l’orgue puis au piano jouet. Magnéto continue de crachoter des cris d’oiseaux et les grandes peaux de tambours résonnent précisément. Plusieurs pauses s’alignent aux transitions de lumière. Des colonnes d’environ quatre pieds apparaissent et changent de couleurs selon les pièces qui sont enfilées sans laisser place aux applaudissements. Il arrive même que Yann ou un autre musicien changent de place ou d’instrument pendant une même pièce. Certains instruments sont difficiles à identifier dans la pénombre mais leur nombre est immense pour quatre personnes! Le grand carillon ainsi que l’ensemble de l’œuvre me fait parfois penser à Tubular Bells de Mike Oldfield. Comme Yann est avare de paroles, nous pouvons librement créer nos propres courts métrages intérieurs tout au long de la soirée.

Si vous comptez assister à l’une des représentations vous allez devoir voyager un brin… Les prochaines dates sont en Floride, après quoi le groupe retourne sur le vieux continent. All, qui est en continuité avec l’album Eusa, n’apporte pas de surprise à ceux qui ont suivi l’évolution du compositeur breton. Bloavezhioù, chantée en breton, met en lumière la voix éthérée d’Émilie. Cependant c’est Comptine d’un autre été et l’après-midi, jouées au clavecin, que le public ont acclamé le plus fortement.

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