Joseph Edgar
2004-2019 : Point Picot
(Rosemarie Records)

Ça fait déjà plus de 15 ans que l’Acadien Joseph Edgar roule sa bosse en solo. Ça vous étonne? C’est normal, comme moi, vous l’avez découvert avec un extrait de Gazebo. Moi, c’était Dur à comprendre, mais vous, j’imagine que c’était Espionne russe.

Mais comme je disais, ça fait plus de 15 ans que Joseph roule sa bosse en solo, sans compter sa participation à la formation Zéro Degré Celcius. Alors, du matériel à nous faire (re-)découvrir, il en avait, et il a profité de quelques pépins de santé (et d’une conciliation art-famille de plus en plus difficile) pour faire un petit retour en arrière et nous présenter cette belle anthologie, 2014-2019 : Point Picot.

Ne vous attendez pas à une compilation des meilleurs succès. Joseph a choisi ses tounes avec ses proches, et il les a disposées dans un désordre qui ne respecte aucune chronologie. Et non seulement il les a choisies (en gang, on le répète), il a réenregistré la plupart en spectacle, là où il brille le plus.

Sur les 25 chansons de cette anthologie, il y a deux ou trois nouveautés et oui, les pièces des deux derniers albums sont très présentes (une dizaine de morceaux au total), mais c’est dans le vieux stock (parfois complètement inédit), qui remonte aussi loin que son premier album La lune comprendra, que le fun se situe vraiment, surtout dans les chansons remises au goût du jour.

Il y a Chanson de dune, qu’il avait déjà revisitée sur Ricochets, toujours aussi frissonnante. Il y a Chemin connu, aux accents bluegrass, qui se trouvait sur Interstices. Il y a Oh ma ma, qui mélange sans gêne folk américain et chanson française. Il y a la grandiose Mashkoui, qui nous donne le goût de s’en aller. Et plein d’autres, qu’on n’a pas le temps de vous décrire, mais qui valent elles aussi plus qu’un simple détour.

S’il y a un truc qui nous turlupine un brin, c’est le désordre dans lequel sont présentées les chansons qui nous empêche un peu de voir la lente progression de l’auteur-compositeur-interprète. L’évolution entre le jeune Acadien de Moncton et l’Acadiano-Montréalais aguerri est pourtant sidérante! Pendant ces quinze années, on peut voir un auteur-compositeur talentueux, mais un peu brouillon, devenir un espèce de monstre du rock de col bleu, tel un Springsteen qui s’est découvert un E Street Band.

Le parallèle avec le grand Bruce, ce n’est pas la première fois que je le fais, mais c’est amplement justifié : sans comparer leur talent, on peut voir le même genre de progression vers l’universel et l’intemporel. Le quotidien d’un Acadien qui vit à Rosemont, mais qui aurait pu être celui d’un Sikh à Toronto, d’un Cubain à Miami ou d’un Jersey Boy à Manhattan. Des préoccupations sociales racontées bien souvent au « je », mais qui s’appliquent à des millions de « je » un peu partout. Des histoires vécues ou imaginées, qu’on aurait très bien pu vivre ou imaginer nous mêmes. Tout ça dans une langue simple, mais imagée à fond, que le traducteur auteur de ces lignes apprécie beaucoup.

Et le « gros » son, qui donne l’impression (dans le cas de Joseph) qu’ils sont 14 sur scène, qu’un show de Joseph Edgar est un gros party (à la bonne franquette, mais gros party pareil). Bon, c’est pas juste une impression, pour avoir déjà vécu l’expérience à quelques reprises…

Ben voilà, tout ça s’y trouve sur Point Picot. Ne reste qu’à l’écouter. Le pire qui puisse arriver, c’est que vous vous garrochiez sur Bandcamp acheter le reste de la discographie de Joseph. Elle en vaut la peine.

Joseph Edgar lance 2004-2019 : Point Picot au Knock Out ce lundi 15 avril à 18 heures.

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