Lou-Adriane Cassidy – « C’est la fin du monde à tous les jours »

Lou-Adriane Cassidy C'est la fin du monde à tous les jours (Grosse Boîte)
Lou-Adriane Cassidy
C’est la fin du monde à tous les jours
(Grosse Boîte)

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Ça commence lentement, langoureusement. On se dit que PE Beaudoin (batterie) et Vincent Gagnon (piano) l’ont pas mal plus facile qu’avec le bum de Beauport. Puis arrive cette voix. Grave. Feutrée. Jazzée. Une voix de cabaret qui chante de la pop très très frenchy.

Celle de Lou-Adriane Cassidy, qui lance aujourd’hui son premier album intitulé « C’est la fin du monde à tous les jours » chez les amis de Grosse Boîte. On la connaît bien à Québec, Lou-Adriane. Elle baigne dans la musique depuis son plus jeune âge, on la voit donner de courtes prestations depuis longtemps, elle accompagne ses amis musiciens (vieux et nouveaux) aux choeurs, elle se permet un peu de crowd surfinle soir de ses 21 ans, elle a été candidate à une grosse émission de télé (vous savez laquelle), elle a participé à des concours, bref, elle ne nous est vraiment pas inconnue.

Son premier extrait, Ça va, ça va, nous avait soufflés. Le suivant, Ce qu’il reste, nous emmenait dans un univers glauque qui promettait pour la suite. Tout ça pour dire que ce « C’est la fin du monde à tous les jours », on l’attendait de pied ferme.

Et dès les premières notes de La fin du monde à tous les jours, coécrite avec une certaine Stéphanie Boulay, on sait qu’on a affaire à du solide. À de la pop de chambre qui nous rappelle un peu beaucoup « Avant la mort des fleurs cueillies » de Mat Vezio. À un gros tas de mélancolie chuchotée à l’oreille par une Cassidy toute en nuances.

Super bien entourée (à Gagnon et Beaudoin s’ajoutent Simon Pedneault à la guitare et Jessy Caron à la basse, en plus des Mommies on the Run aux cordes – encore une grosse de Gabriel Desjardins aux arrangements, d’ailleurs – et plusieurs autres), Cassidy chante et joue ses chansons (et celles que les autres lui ont offertes) avec une assurance qui surprendrait si on ne savait pas à qui on a affaire.

Même quand elle rocke un peu plus (comme sur la fort jolie Respiration), Lou-Adriane joue dans les nuances, elle joue avec nos émotions. Jamais dans les extrêmes. On n’a pas envie de crier ou de s’exclamer en écoutant Mon bel antidote (paroles et musique : Tire le coyote), on a juste envie de danser collés collés avec quelqu’un qu’on aime en se jouant dans les cheveux.

On craque pour la coquine Les amours immatures, qui nous dit qu’il arrive que des filles de l’âge de Lou-Adriane aient envie de gars d’un autre âge (on va présumer qu’ils sont plus vieux). C’est chanté avec un irrésistible mélange d’insouciance et de lucidité (quand on vous dit que cet album est tout en nuances!).

On aime aussi la place laissée aux musiciens, notamment sur le bref interlude Vivi, une idée de Jessy Caron avec laquelle Vincent Gagnon s’est amusé en faisant une courte improvisation, un peu comme il avait fait avec Fille de personne I d’Hubert Lenoir. Sérieux, cette idée de laisser un peu d’espace à ses potes dans un album supposé être solo, je l’aime énormément. Et on devrait le faire plus souvent. Surtout quand on est aussi bien accompagné!

Et la dernière chanson, La petite mort, nous fait frissonner. Sur cette chanson, Lou-Adriane se la joue vulnérable, sa voix craque à certains moments, comme si elle lâchait (un peu) la retenue dont elle a fait preuve tout au long de l’album pour laisser ses émotions parler. Encore une fois, c’est une nuance subtile, mais ça ne fait que nous faire frissonner davantage.

On n’aurait pas pu mieux attendre du premier album de Lou-Adriane Cassidy. Un album rempli de finesse, de nuances, d’émotions exprimées sans crier « REGARDEZ-MOI, J’EXISTE! ». Des textes d’une grande maturité, des mélodies accrocheuses, des arrangements soignés, on s’éloigne beaucoup de la choriste qui saute partout en tapant de la cloche à vaches, et on aime ça.

Parlant de la choriste qui saute partout en tapant de la cloche à vaches, on a bien hâte de voir comment Cassidy va évoluer sur scène. On l’a vue un brin timide à ses débuts, mais ses dernières prestations ont montré qu’elle a pris beaucoup d’assurance. Et suivre partout une bête de scène comme Hubert Lenoir (ce qu’elle a fait une bonne partie de 2018), c’est une maudite belle école.

Ça tombe bien, on va avoir l’occasion de la voir dans les prochaines semaines :
– Au D’Auteuil, dans le cadre de la bourse Rideau (19 février, dès 19 h 30)
– Au Grand Théâtre le 3 avril.

En attendant, mettez « C’est la fin du monde à tous les jours » entre vos deux oreilles. Vous allez craquer pour cette jeune femme extrêmement talentueuse vous aussi.

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