Simon Kearney
Maison ouverte
(Sphère Musique)

« Mes chers amis que je ne connais pas encore, nous avons atteint le point de non retour. J’ai une bien triste nouvelle. Le rock est mort. Cela marque l’avènement du Pop ‘n’ Roll, style musical pas du tout sérieux », peut-on lire au tout début du vidéoclip de Mes Pants, qui a précédé de quelques jours la sortie du dernier album de Simon Kearney. Ce prélude annonciateur donnait déjà le ton général de « Maison Ouverte », un album dans lequel l’artiste renouvelle son propre style et présente des compositions bien mûres.

Mais plus encore, avec « Maison Ouverte », Simon Kearney semble s’inscrire au coeur d’une cellule musicale qui commence à se faire entendre au Québec. Sous le même étendard que Les Louanges, Jérôme 50 et Hubert Lenoir, cet autre 90s kid vous présente un portrait bien à lui de notre monde éclaté.

D’emblée, avec Bad Girl Mama, on peut entendre l’évolution du rock vers la pop: effets spéciaux jusque dans la voix, côté saturé et sucré des sons, groove et rap à la manière de la culture hip-hop, autant d’aspects qui rapprochent d’avantage l’artiste de Galaxie que de Gros Méné.

Après la pétillante C’pas les raisons qui manquent, simple qu’on écoute déjà depuis mai dernier, Mes Pants vient solidement ancrer cet album dans sa nouvelle direction. Si l’on peut entendre un riff de guitare à la John Butler, s’y accolent alors des lignes de synthétiseurs inspirées librement des beats de Dr. Dre. Si Kearney y chante principalement en français, il nous rappelle que « Quand j’parle dans ma langue c’est pas tout le temps beau, c’est comme se la coller sur un poteau en bas de zéro ». L’anglais s’invite sans complexe dans cette langue métissée, d’autant plus Québécoise et actuelle.

Sur cet opus de 11 titres et d’une durée d’environ 30 minutes, une belle part est faite aux amours légères, histoires sans attaches racontées par un casanova ou encore étourderies d’un malade pour les beaux yeux d’une infirmière. Mais entre deux bonnes doses d’insouciance, Câline vient recalibrer l’album avec sa complainte à la fois mélancolique et langoureuse, qui laisse entrevoir un second thème (j’y reviens plus tard, promis!). Entremêlant ballade rock et esthétique Motown, la chanson parle du piège de l’amour et annonce: «Câline qu’on est cons, mais câline qu’on a raison d’aller jusqu’au bout».

Pop ‘n’ Roll suit la complainte, nous replongeant dans l’insouciance et allant même jusqu’à l’autodérision – il faut se le rappeler, après tout, le Pop ‘n’ Roll ne se prend pas au sérieux. Simon Kearney nous avoue qu’il ne gagne pas les concours et qu’il trouve ça drôle, raconte avec un ton moqueur les difficultés de la vie d’artiste. La musique elle aussi fait sourire, avec son introduction exagérément autotunée, ses cloches à vache et son gros groove bien funké.

Le party se poursuit d’ailleurs un bon moment avec une version de Bête Sauvage boostée aux stéroïdes des années 1980 (probablement de type B-52) ainsi qu’une Mauvais karma (wow) aux guitares délavées. Puis c’est le réveil lucide sur Mon chien est mort, qui jure avec l’insouciance générale de l’album: « les rêves ça paye pas un loyer », nous rappelle Kearney, dans un texte lucide qui révèle une maturité nouvellement acquise en matière de paroles. Apparemment, dans notre monde, il n’y a pas que l’amour qui ressemble à un piège (câline), et ce surtout pour ces derniers rejetons de la génération des milléniaux (dont je fais partie). Vous savez, ceux qu’on traite souvent de paresseux quand ils ne se jettent pas avec enthousiasme dans le mur qu’on leur présente (même si tu écris «avenir» dessus, ça reste un mur, big).

Qu’est-ce qu’on fait, dans ce temps-là? Lenoir chante aux filles qu’elles sont les filles de personne, qu’elles devraient envoyer promener ce qui les importune. Les Louanges repart faire un tour de Tercel 96 avec une couple de bières pas chères pour oublier sa Nausée. 50 annonce la révolution – tranquille – des chilleurs. Et Simon Kearney? Il ne veut pas savoir ce que vous avez «faite», sa maison est ouverte. Il nous y invite sur la chanson éponyme de l’album, qui se veut entraînante dans sa musique et rassembleuse dans son propos. Rien de sert de pleurer, quand on peut être ensemble.

C’est le retour à la légèreté, au jeu bon enfant caractérisant l’atmosphère d’ensemble de l’album, qui se termine d’ailleurs en une belle queue de poisson, après Ados Perdus, où il est question de l’accord en français du mot pipe. Vous diriez quoi, vous? Des gros pipe? Des gros pipes?

Moi en tout cas, je vous dis d’aller écouter et réécouter « Maison Ouverte », un album à la fois réfléchi et insouciant, qui se libère des carcasses du rock et de l’identité culturelle pour aller puiser ses références partout où les couleurs sont belles. Le résultat: un pop ‘n’ roll paradoxalement bien défini et on ne peut plus québécois.

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