Chroniques d’Austin – no.3 : septembre et octobre

Illustration : Madeleine Aubin

Récit de l’épiphanie

Stella Donnelly – Photo : George Foster

Le 5 octobre dernier, le Mohawk m’ouvrait ses portes une fois de plus… Or, au lieu de tourner à droite en entrant, j’ai pris le chemin qui menait à la petite salle. Déjà en voyant l’affiche du spectacle qu’on m’avait recommandé, je me disais que c’était prometteur: une fille qui te fixe, la bouche pleine de spaghetti, ça annonce au moins quelque chose d’un peu original.

Je n’ai pas été déçue. En entrée, l’électro RnB de Sudie (Dallas) et l’indie folk de Sun June (Austin) m’ont tout de suite rappelé l’atmosphère des spectacles du Pantoum et la dynamique qu’on y retrouve entre artiste et public. Ils m’ont évoqué les Milk & Bone, les Floes et les Harfang de ce monde (sans parvenir à les accoter, dois-je avouer. Ou peut-être suis-je chauvine, qui sait?).

Stella Donnelly m’a alors fait sortir de ma nostalgie avec ses compositions riches et originales, sa personalité charmante et son univers sensible. Seule à la guitare, elle nous racontait, de sa voix railleuse et enfantine, des histoires de soupers de famille qui tournent au vinaigre à cause d’un mononcle raciste ou encore la situation des Premières Nations en Australie, pays d’origine de l’artiste. Sa poésie épurée et l’écoute du public m’ont donné raison: j’étais au bon endroit.

Après ça, pendant tout le reste du mois d’octobre, la scène locale d’Austin m’a littéralement déballé, spectacle après spectacle, le riche contenu de sa mine d’or. En vous épargnant la description longue de toutes mes aventures, je vous présente les faits marquants.

Veranda, HOtel Vargas – Photo : Marie-Ève Fortier

Artiste marquant – Guerilla Toss

Tête d’affiche d’un spectacle au Hotel Vegas le 19 octobre dernier, Guerilla Toss n’a pas mis longtemps avant de m’impressionner. Avec une énergie incroyable, que la chanteuse chante ou crie, le groupe explorait les limites du rythme, de la mélodie et de l’harmonie. Le tout restait ingénieusement comestible, gravitant dans un registre fortement inspiré par le funk, le disco, le punk et la musique psychédélique.

Le groupe de New York s’aventurait en quelque sorte dans la même veine que les artistes du collectif DONDEPIANO, assumant l’électronique et jouant avec les nuances, tout en ayant le côté trash et dansant de VICTIME.

Difficile, encore là, de les catégoriser. En effet, chacun de leurs albums présente de nouvelles facettes, de nouvelles idées expérimentales. On en a eu un aperçu le 19 octobre dernier, puisque Guerilla Toss a pigé dans l’ensemble de sa généreuse discographie pour monter son set.

Lieu marquant – Cheer Up Charlies

Monte – Photo : Marie-Ève Fortier

Une fois qu’on sait où aller, on réalise qu’Austin regorge de salles de spectacles de toutes tailles qui accueillent leur lot d’artistes locaux. Parmi tous ces lieux offrant un contenu émergent et original, le plus marquant fut sans conteste Cheer Up Charlies. Accommodant une centaine de personnes dans l’espace intérieur ou environ deux cent dans le superbe espace extérieur (au Texas, tu peux investir dans ta cour parce que tu l’utilises toute l’année, tsé), le bar se réclame de la communauté LGBTQA+ et sert de refuge aux artistes émergents et marginaux en tous genres. En d’autres mots, c’est comme si le Drague et la Korrigane avaient fusionné avec la salle de spectacle du Pantoum.

J’ai découvert l’endroit alors que le coeur de la ville battait au son d’Austin City Limits. Un peu à la manière du Festival d’Été de Québec, ACL attire les foules chaque année et fait jouer de grands noms dans de vastes espaces extérieurs – et pendant ce temps là, les souris dansent dans les nombreux OFF qui courrent la 6e rue et les alentours du centreville. Cheer Up Charlies était inévitablement de la partie, et alors que Paul McCartney jouait du ukulélé au Zilker Park, je découvrais la programmation du Ditch the Fest Fest, organisé en collaboration avec le collectif artistique Raw Paw.

Entre les pièces inusitées et psychédélico-lo-fi-punk de Being Dead, le groove chaleureux de Sometimes a Legend, les dentelles de notes du guitariste virtuose Monte (plus connu pour sa paritipation au groupe Hikes) et les sonorités eighties de TC Superstar mises en valeur par leurs danseuses, j’ai eu de quoi étancher ma soif musicale qui avait assez duré.

Une petite touche de nostalgie pour finir

Men I Trust – Photo : Marie-Ève Fortier

Ironie, quand tu nous tient! Il fallait bien que je sois à l’étranger pour assister à mon premier spectacle de Men I Trust, groupe local qui pourtant semble remporter ses plus grands succès hors de nos murs. Le groupe jouait au Mohawk le 28 octobre dernier, en première partie de Wild Nothing.

De l’accent quand ils parlaient aux mélodies envoûtantes tirées de Tailwhip, le groupe m’a charmée et je me suis plu à me croire à la maison, pour quelques instants.

1 commentaire
  1. C’est vraiment agréable de te lire Marie-Eve même sûr ce délire musical. Bonne exposition.

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