Caravane
Supernova
(Coyote Records)

La formation de Québec Caravane lançait vendredi son troisième album intitulé Supernova, un album qui risque de surprendre (de belle façon) les fans de la première heure tout en élargissant les horizons du groupe, qui ne se cantonne plus dans le pop-rock radio-friendly qui caractérisait la musique du quatuor sur les deux premiers albums.

Pour y arriver, le groupe a fait appel à Jesse MacCormack à la réalisation de l’album. Un gars de blues, certes, mais c’est surtout pour sa capacité d’installer de belles atmosphères et de faire sortir Caravane de ses sentiers maintes fois battus qu’il a été embauché.

La surprise commence dès Louanges, son piano, sa rythmique tribale et ses guitares atmosphériques à fond. Dominic Pelletier chante avec une subtilité qu’on ne lui connaissait pas. On est très loin des Hunters, mettons. La table rase se continue sur Belle mort. À la guitare, Guillaume Méthot est visiblement ravi de jouer *ses* partitions. S’il y a une certaine stabilité, c’est à la rythmique, où Raphaël Potvin (basse) et William Duguay-Drouin (batterie) mènent la mesure comme ils l’ont toujours fait, c’est-à-dire avec précision.

Première grosse claque sur la gueule, Ma blonde va changer le monde. J’ai tout de suite pensé à Bodysnatchers, de Radiohead. On nage dans les mêmes eaux : un gros rock and roll, un brin punk, plein d’énergie. Si près du Caravane des premiers albums, mais si loin en même temps! Sur cette chanson, toute simple de prime abord, on remarque à quel point la plume de Dominic et Raphaël s’est améliorée (je sais, j’avais dit la même chose pour Fuego). Ce qui pourrait être une simple chanson d’amour, énergique, mais banale, devient en même temps un hymne contre la stupidité ambiante. Un gros deux pour un en termes de degrés!

Bon, on n’a pas flippé à toutes les tounes, loin s’en faut. Pendant qu’on capote sur Karma, ses guitares brillantes et les prouesses vocales de Pelletier, ou sur J’aurais voulu être une fille, aussi brève que ravageuse (là, on est près des Hunters), il y a des chansons comme Pyramides, qui viennent un peu moins nous chercher. Pis on n’est même pas capable de mettre le doigt sur le bobo. C’est certainement pas la couche de synthés, parce que ceux-ci ne nous énervent pas du tout sur Casablanca (au contraire, on plane, on plane). Mais hé, qu’on en aime moins deux ou trois sur treize, c’est une maudite belle moyenne.

L’album se termine d’ailleurs sur une série de réussites, dont les très groovy Hong Kong et Ecstasy et la ballade Sandra, le genre de toune que Dominic et Raphaël doivent aimer faire jouer à 3 heures moins quart pendant un Jeudi terrible.

En somme, si vous êtes fan des chansons blues rock que Caravane nous balançait sur Chien noir et Fuego, et si vous vous attendiez à la même chose sur Supernova, vous allez être mauditement déçu. Ça a beau rester Dom, Raph, Will pis Méthot, les gars sont ailleurs.

Si, comme nous, vous êtes fan des êtres humains qui n’aiment pas faire du surplace et qui aiment nous surprendre en empruntant des sentiers qu’ils n’ont jamais explorés, vous allez avoir beaucoup de fun. Supernova est un album ambitieux qui montre les vraies couleurs de Caravane : ce n’est plus ce groupe de pop-rock qui fait tripper les filles. Comme l’humanité qu’il dépeint dans Supernova, c’est un groupe complexe et nuancé qui vient de trouver sa voie.

La Caravane est partie il y a longtemps. Elle a trouvé un oasis. Elle va s’y plaire. Et nous aussi.

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