St. Paul & The Broken Bones – Photo : Jacques Boivin

On vient de prendre une journée de congé. Pour décanter. Pour filtrer tout ce qu’on a vu et entendu pendant les onze dernières soirées. On a essayé (en vain, encore une fois) d’être partout, d’aller faire le plus grand nombre de découvertes tout en cochant le plus de cases possible dans notre bucket list.

J’écris en mon nom personnel, mais je crois que je ne suis pas le seul : je rêvais de voir Neil Young et Beck sur les Plaines. J’ai été servi. The War on Drugs qui sert une leçon de perfection au parc de la Francophonie? C’est maintenant chose faite. Nicolas a l’air d’avoir eu le thrill de sa vie avec les Foo Fighters. Et plus localement, Klô Pelgag et Galaxie nous ont fait voir des étoiles, chacun à sa manière.

Ariane. Photo : Nicolas Padovani

Ce qui ne veut pas dire qu’on n’a pas tout fait pour remplir notre mandat, qui consiste à vous présenter les artistes et les groupes qui méritent ou mériteront bientôt de jouer sur de plus grandes scènes, devant de plus grosses foules. l i l a, Maude Audet, Ariane, Fuudge, Lou-Adriane Cassidy, Loud (quoique des Plaines enthousiastes, c’est dur à battre), Men I Trust, Ponctuation, Helena Deland, Casual Rites, Gaspard Eden, La famille Ouellette, Hubert Lenoir, Barry Paquin Roberge, Les Hôtesses d’Hilaire, Les Deuxluxes, Jason Bajada, Bad Dylan, Pierre-Hervé Goulet et Rouge Pompier, Maestronautes, Sweet Tooth, name it, on a été là! Une fois de plus, on a pu constater que timide virage local entrepris il y a quelques années a pris une belle ampleur, permettant aux personnes un peu plus aventurières de faire des découvertes tous les soirs.

LaF – Photo: Marion Desjardins

Une fois de plus, on a vu de nombreuses prestations à la scène Fibe du Coeur du FEQ, où on nous présentait les plus émergents des artistes de la relève, ainsi que quelques artistes établis qui se déguste dans l’intimité, avec une poutine au porc effiloché des food trucks voisins. On aime encore ce lieu où on peut s’asseoir et écouter quelqu’un nous proposer ses chansons avant d’aller voir ce qui se passe sur les grandes scènes. Et on y a présenté des shows dans presque tous les styles de musique, de la pop super atmosphérique et vaporeuse l i l a au rock fuzzé de Fuudge, en passant par la folie de LaF. On y est tombé amoureux (une fois de plus) avec Helena Deland. On s’y est nettoyé les tympans avec Ponctuation. On a fait du Air Guitar sur Full Face avec Placard. On a attrapé la piqûre Partner. Et on a eu un gros, gros, gros coup de coeur pour Hillsburn.

Hubert Lenoir – Photo : Jacques Boivin

On a passé un peu moins de temps à place d’Youville cette année. Un peu peut-être parce que ce qui se passait sur les autres scènes nous intéressait énormément. Dommage, le world nous a un peu manqué, mais on y a quand même vu des trucs internationaux fort intéressants. St. Paul and the Broken Bones nous a charmés avec sa soul puissante. J’y ai passé ma soirée préférée du Festival avec La Famille Ouellet, Hubert Lenoir et Klô Pelgag. Trois belles propositions pleines de folie, chacune à leur manière.

On va se rappeler longtemps d’Hubert et de sa prestation aussi déjantée qu’émouvante. Émouvante en raison de l’amour reçu par Lenoir, accueilli en rock star par une meute de jeunes femmes et de jeunes hommes qui se reconnaissent dans les paroles de Darlène. Certaines matantes (on précise ici qu’on utilise le mot pour décrire une attitude, pas une génération) vont sûrement pas aimer, mais après tout le travail acharné derrière l’album et la préparation du spectacle, on ne peut que lever notre chapeau devant tout cet échange d’amour. Merci, Hubert pour ce beau moment!

Klô Pelgag – Photo : Jacques Boivin

De son côté, Klô Pelgag est arrivée avec ses musiciens, son magnifique costume et ses maudites belles chansons. Ainsi qu’un moment très doux et complice avec un des auteurs-compositeurs-interprètes les plus sous-estimés au Québec, Violett Pi. Un autre moment touchant, et celui-là, il n’était pas parmi tant d’autres.

On a aussi trippé ben raide avec Busty and the Bass, qui a lui aussi parcouru un sans faute. De la soul funky jazzée avec une grosse touche de hip-hop, interprétée avec passion, ça donne ça. Ça aide aussi quand la foule est 100 % dedans.

Metz – Photo: Marion Desjardins

Bien sûr, nous avons vu plusieurs spectacles à l’Impérial Bell, que ce soit pour le plaisir contagieux de Random Recipe, la soirée indie guitare de Gaspard Eden et Car Seat Headrest (qui avaient le malheur de jouer en même temps que les Foo Fighters), le rock and roll garage des Deuxluxes, le rapqueb de Fouki et Alaclair Ensemble ou pour le young mom rock des Franklin Electric. On aurait également aimé y voir Québec Redneck Bluegrass Project ou Canailles, mais bon, il y avait beaucoup de monde. On se reprendra dans les deux cas, les deux formations seront bientôt de retour à Québec.

Notre plus grande déception : ne pas voir un spectacle au Théâtre Petit-Champlain, où le jazz était à l’honneur. Malheureusement, il était difficile d’intégrer la salle dans notre parcours, qui était davantage composé d’étapes que de destinations. Par contre, les amateurs de jazz ont dû être comblés. Et on aurait aimé rendre plus souvent visite à L’Anti, qui se trouvait pourtant sur mon chemin du retour.

Bon. C’est maintenant le temps de nommer mes chouchous. J’ai pas eu le temps de consulter mes ouailles. Voici mes cinq prestations préférées. N’oubliez pas que c’est basé sur ce que j’ai vu, alors peut-être que votre show de Cyndi Lauper était meilleur que tout ce à quoi j’ai assisté…

Phoenix – Photo : Jacques Boivin

5- Phoenix : Mon coeur balançait entre Neil Young, qui a donné tout un show, et la formation française, qui a presque volé la vedette à la tête d’affiche de la soirée (quoiqu’entre vous et moi, ça ressemblait plus à un double plateau de grand luxe). Un show basé sur les nombreux succès du groupe, une musique à laquelle on ne peut que se soumettre et danser dans le bonheur, et un Thomas Mars charismatique, toujours en mouvement, et généreux avec le public de Québec. On les veut de nouveau, plus tôt que tard, pendant 90 minutes cette fois!

Beck – Photo : Jacques Boivin

4- Beck : Monsieur Hansen n’a pas pu nous livrer l’ensemble du concert qu’il aurait aimé nous balancer, faute de temps. C’est un peu triste, parce que tous les grands fans de Beck en auraient pris davantage, tellement ce qu’il nous a offert était délicieux. De son plus récent album, Beck a choisi les pièces qui collaient le mieux au reste de sa discographie. Du côté des classiques, on a été gâtés. Chanter Loser à l’unisson sur les Plaines, ou crier Where it’s At comme s’il n’y avait pas de lendemain, c’est un fantasme enfin réalisé.

Galaxie – Photo : Jacques Boivin

3- Galaxie : Quand tu t’appelles Langevin pis que tu peux compter sur Pion, Bigras, Fortin, Fortin et Lafontaine, une chose est certaine, tu vas donner un bon show. Et le show était bon. Les pièces de Super Lynx Deluxe ont pris beaucoup de volume. Langevin, dans ses paillettes, était majestueux. Du rock avec juste assez de miel et de groove pour nous donner envie de danser et de lâcher notre fou. Et une visite des Hôtesses d’Hilaire. Et Serge Brideau qui fait du body surfing en bobettes. Avec des lasers, pis toutte. Ne manquait que les flammes (ça fait trois ans que j’en demande, je vais les avoir). De quoi justifier le titre de plus grand groupe rock au Québec à l’heure actuelle. Phénoménal.

The War on Drugs – Photo : Jacques Boivin

2- The War on Drugs : Non, Adam Granduciel n’est pas l’homme le plus expressif sur scène. Tout le contraire d’un Olivier Langevin. Il reste derrière son micro, joue de la guitare et chante les yeux fermés 99 % du temps. Le charme des War on Drugs se trouve ailleurs. Dans les élans atmosphériques soutenus par des jeux de lumière d’une grande beauté, tout en restant sobres. Dans la musique, qui nous prend par le collet et nous fait voyager dans un univers où les solos de guitare durent dix minutes. Et, sur un plan plus personnel, dans la basse qui me traversais le corps pendant que je prenais des photos dans la fosse pendant An Ocean in Between the Waves. Je n’ai pas été souvent très ému cette année, mais à ce moment-là, je vous l’avoue, j’ai versé quelques larmes. De joie.

Hubert Lenoir – Photo : Jacques Boivin

1- Hubert Lenoir : Qu’on l’aime ou non, il faut reconnaître qu’il donne un excellent spectacle. Je vous ai déjà mentionné toutes les raisons pour lesquelles ce spectacle était mon préféré un peu plus haut. On va encore le voir au Festif jeudi. Et on va juste espérer la même folie (quoiqu’avec une crowd venue voir Patrick Watson… quoiqu’avec une crowd qui était venue voir Klô Pelgag…). On vous le dit, dans deux ans, Hubert va juste être trop big pour nous. Le pire, c’est qu’on va être content pour lui. (Comme on a été ben content d’avoir le privilège de croquer Hubert pendant toute sa prestations. Nous vous avons présenté quarante photos du spectacle, nous vous en présenterons d’autres une fois la poussière retombée.)

 

Bon. Maintenant qu’on a réglé la question de la musique, parlons un peu du reste : même si on a connu quelques extrêmes les deux premiers soir (canicule le jeudi, soirée « petite laine » le vendredi), la météo a été parfaite pendant de nombreuses soirées, à peine quelques gouttes de pluie (pendant que j’étais à l’intérieur, hu hu hu) sont venues davantage nous rafraîchir que nous nuire. Même l’orage qui a précédé la prestation des Foo Fighters n’a pas duré assez longtemps pour gâcher le plaisir des dizaines de milliers d’irréductibles!

FouKi – Photo: Marion Desjardins

Qui dit beau temps dit soirées courues. Le parc de la Francophonie a été fermé à quelques reprises, mais rien n’a été comparable à la soirée de dimanche, où on a fermé les portes alors que Rouge Pompier jouait ses premières notes. Pendant ce temps, à l’Impérial, certaines soirées ont été tellement courues que la file d’attente pour entrée faisait le tour du bloc! Oui, cet achalandage a bien suscité un peu de grogne chez les malchanceux qui n’ont pu entrer, mais qu’on se le dise une bonne fois pour toutes, les shows à l’Impérial sont souvent la chance de profiter d’une proximité et d’une complicité qu’on trouve plus difficilement à l’extérieur. Oui, c’est ben plate de manquer Passenger, mais ceux qui étaient à l’intérieur ont été enchantés. C’est de même depuis des années et on va répéter le message : si vous tenez à voir votre groupe préféré, arrivez le plus tôt possible. Et si c’est pas possible d’arriver plus tôt (on le sait, vous travaillez, vous), prévoyez donc un plan B. Et faites donc preuve d’un peu d’ouverture!

Notre seul problème cette année (à part les restrictions de plus en plus farfelues des artistes de grand – et de moins grand – calibre, mais ça, c’est pas votre problème) : on ne sait pas si c’est parce qu’on en est plus conscient qu’avant, mais gang, sérieux, on vous a entendus parler presque tous les soirs. Vos discussions sur la grosseur des fesses de Manon pendant qu’on essaie de s’envoler avec The War on Drugs, on s’en CÂLICE. Si vous êtes juste là pour l’événement, allez donc vous tenir à côté de la table de produits dérivés. Au moins, vous dérangerez personne. On veut juste écouter le show. On vous écoutera après, si vous y tenez tant.

Enfin, on doit lever notre chapeau à l’organisation du Festival d’été qui a réussi, en quelques jours à peine, à trouver des remplaçants pour Bullet for my Valentine et Avenged Sevenfold. Si on se fie aux commentaires de Gabriel, Atreyu et Alexisonfire ont fait oublier ces deux grosses annulations. Et plus localement, on souhaite un prompt rétablissement à Joseph Edgar, qui a dû annuler son spectacle (auquel on avait ben hâte) pour des raisons de santé.

On aimerait d’ailleurs remercier l’équipe du Festival d’été pour son accueil toujours aussi chaleureux, année après année. Parce que vous nous accueillez avec les mêmes égards que les plus grands médias internationaux, mais avec un peu plus de familiarité parce qu’on collabore avec vous 365 jours par année (d’ailleurs, va falloir qu’on se parle pour tous ces shows à l’Impérial cet automne!). Parce que vous prenez le temps de vous intéresser à ce qu’on fait et à y jeter un coup d’oeil, même si on n’a pas le prestige du New York Times. Parce que vous répondez à toutes nos questions (heureusement, on n’en a pas beaucoup). Et parce que je sais que vous faites tout votre possible pour que les caprices des grandes stars de ce monde ne nuisent pas trop à notre travail. Je sais qu’entre collègues, on aime bien se plaindre de toutes sortes de choses, et je sais que sur la scène musicale de Québec, on trouve que le FEQ est une grosse machine parfois un peu froide et impersonnelle, mais au final, tout le monde sait à quel point nous sommes chanceux d’avoir le Festival d’été dans notre écosystème.

Casual Rites – Photo : Jacques Boivin

Et on ne peut qu’apprécier le fait que des artistes d’ici, qu’on voit souvent au Pantoum, à L’Anti, au Maelstrom ou dans des lieux encore plus intimes, côtoient des grands noms de partout sur la planète. J’espère que les nombreux fans des Foo Fighters qui sont arrêtés voir Partner (OK, elles ne viennent pas du Québec, mais elles méritent quand même notre attention avec leur power pop trop sweet) à la scène Fibe avant d’entrer sur les Plaines ont assez trippé pour au moins les ajouter à leur compte Spotify. Et oui, j’espère que tous les amateurs des War on Drugs comme moi ont été charmés par Casual Rites. Allez voir les affiches des autres festivals d’envergure semblable. Nulle part ailleurs ne consacre-t-on autant de temps et d’espace à la scène locale. Une stratégie qui commence à peine à porter ses fruits, mais qui profitera énormément à tous à plus long terme.

Une telle couverture ne serait pas possible sans une équipe de gens passionnés, qui m’ont épaulé pendant toutes ces onze soirées. Cette année, nous étions trois photographes : Nicolas Padovani, Marion Desjardins et moi. Tout le monde a élevé son jeu de quelques crans. Personnellement, j’ai pris quelques-unes des plus belles photos de ma jeune carrière. Mais nous étions également une belle brochette de rédacteurs et de rédactrices : Katia Desgranges, Louis-Solem Pérot, Gabriel Tremblay (qui s’est même acheté un laissez-passer juste pour couvrir le Festival), Tatiana Picard, Julie Bourassa (qui a aussi contribué de jolies photos du PopUp FEQ avec Hubert Lenoir), Julien Baby-Cormier, Frédérique-Anne Desmarais et moi-même, soit huit personnes différentes, avons contribué à la rédaction des comptes rendus quotidiens. Au total, ce sont dix personnes complètement bénévoles qui ont consacré quelques heures ou toute la durée du festival à documenter l’événement. Je vous remercie de tout coeur.

Enfin, il y a vous, chers lecteurs, qui êtes patients (parce qu’on travaille pas vite pis que la course au scoop ne nous intéresse pas, on vous le dira jamais assez) et qui avez lu nos comptes rendus avec une grande assiduité. On espère que vous avez apprécié notre travail et que si ce n’est pas déjà fait, vous vous abonnerez à nos différents comptes de réseaux sociaux pour nous suivre à l’année.

(Facebook : ecoutedoncca / Instagram : @ecoutedoncca / Twitter : @ecoutedoncca)

Merci. M’en vais me coucher. Je travaille demain!

 

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