Les étoiles se sont alignées et ont pointé tout droit en direction du Pantoum hier soir tandis que Alex Burger et les musiciens de Mon Doux Saigneur passaient par Québec en voiture. Ils ont dû capter le signal juste à temps pour recevoir l’appel de la musique, qui leur a probablement dit : « Hey les gars, ça serait cool de faire un show surprise. Come on, on va s’amuser pis il y aura peut-être des gens pour écouter ça ».

Traînant Simon Kearney au passage, ils ont sorti leur ribambelle d’instruments pendant que nous, public spontané, on rassemblait nos troupes. Invitée 15 minutes avant l’heure présumée de l’acte, je suis débarquée armée uniquement de mon fidèle carnet de notes.

 

Simon Kearney

Simon Kearney – Dessin moche: Marie-Ève Fortier

C’est Kearney qui a lancé le bal en formule solo (de guitare), dernière minute obligeant. Devant un public un peu timide mais bienveillant, il a joué tout d’abord son nouvel extrait : C’pas les raisons qui manquent. C’était bon, mais jouer pas de band, ça devait vraiment donner l’impression d’être tout nu. Les autres musiciens ont donc tôt fait d’attraper leurs instruments pour venir jammer les autres pièces, parce que pourquoi pas? Emerik St-Cyr Labbé a sorti quelques percussions, Alex Burger a empoigné sa guitare et Mandela Coupal-Dalgleish s’est installé à la batterie.

À les écouter, on aurait juré que tout était prévu d’avance. Avec une précision et une énergie impressionnantes, la formation spontanée a vigoureusement fait jaillir les compositions rock et groovy du chanteur-guitariste. Il nous a d’ailleurs interprété plusieurs chansons qui figureront sur son prochain album, dont Les larmes et le sang, jouée pour la première fois devant public. Le tout évidemment bonifié d’abondants soli de guitare et même de pedal steel (parce qu’Eliott Durocher et David Marchand ne se sont pas fait prier pour rejoindre les autres sur scène). Une vraie fête qui mettait de l’avant la musique et le talent de Simon Kearney d’une façon encore inexplorée.

«Dessinformation» – Dessin: Vincent Dufour

 

Alex Burger

Alex Burger – Dessin moche: Marie-Ève Fortier

Quand le premier set s’est terminé, tout le monde s’est retourné vers la console de son en attendant qu’une petite musique nous indique la fin du spectacle… Ah oui, c’est vrai, il n’y a personne à la console! D’ailleurs, aussi étonnant que cela puisse paraître, on réalisait à peine que les enceintes n’étaient pas allumées. On avait directement le son des amplis et des moniteurs, tout simplement. Et c’était bien assez pour remarquer la solidité du rock d’Alex Burger.

Il a pris les devants avec sa guitare et son air tout droit sorti de l’univers de Scott Pilgrim versus the World. Entre un blues et une belle toune bien country, Burger a laissé tomber le rock & drôle du bord d’la 20, une pièce lourde d’intensité, que canalisaient à merveille les musiciens ci-nommés. De la ballade la plus soft aux finales les plus précipitées, le groupe nous a d’ailleurs plongés dans le grand trip de rock du chanteur. Rien à voir, ou presque, avec ce qu’on avait pu entendre de lui dans Caltâr-Bateau.

Puisant dans les traditions musicales du rock and roll, l’auteur-compositeur-interprète semblait vraiment hybrider les styles et les trafiquer pour les rendre absolument originaux. C’était notamment le cas pour Kek part, un nouvel extrait qui remettait le blues à la mode avec ses métriques irrégulières. Cette pièce, qui ne figure pas sur le tout récent maxi « A’ment donné », nous donne déjà hâte la sortie d’un éventuel long-jeu. D’ici là, « A’ment donné » sera lancé le 14 juin à Montréal.

Alex Burger

 

Mon Doux Saigneur

Mon Doux Saigneur – Dessin moche: Marie-Ève Fortier

C’était au tour d’Emerik St-Cyr Labbé de se placer derrière le micro pour que le groupe prenne les traits de Mon Doux Saigneur. Mandela Coupal-Dalgleish (batterie), Eliott Durocher (guitare), Alex Burger (basse) et David Marchand (pedal steel, clavier, synthé et guitare) ont continué à jouer leur rôle avec une énergie et une assurance continuellement renouvelée tandis que le guitariste et chanteur se lançait d’abord dans Primitif, tirée de l’album homonyme du groupe.

Force est de constater, cependant, qu’avec Mon Doux Saigneur les chansons ont leur vie propre et qu’elles revêtent tellement de formes qu’il est impossible de les circonscrire à une seule apparence. C’est donc une Primitif en lenteur et aux contours psychédéliques à laquelle on a eu droit, suivie de près par une Béton uptempo et festive ainsi que par des versions époustouflantes de Hook Bleu et Chu tanné d’attendre, deux titres aux saveurs de blues touareg qui n’ont pas manqué de rendre fou le public qui, à ce stade, dansait et sautait partout.

 

Le groupe a ainsi revisité une bonne partie de son album, qui multiplie les petits bijoux comme Le courant ou Ici-bas. Sur Poff poff, les musiciens ont même accueilli Oli Laroche qui s’en est donné à cœur joie sur le conga. Inutile de vous dire que l’énergie et la chaleur étaient à leur comble!

Mon Doux Saigneur

Et quoi de mieux qu’un spectacle à la limite d’une soirée jam pour faire évoluer quelques nouvelles pièces? Emerik St-Cyr Labbé a présenté trois nouveaux titres, qu’on avait aussi eu la chance d’entendre à Santa Teresa: Tempérance, Traine Marie et Mythologie. Fait intéressant, Tempérance aurait été inspirée d’un texte de carte de tarot. C’est une anecdote comme d’autres qu’on nous a lancées non pas comme dans les spectacles pour remplir l’espace, mais bien comme à une soirée entre amis.

 

Qu’on appelle ça une soirée, un jam ou un show, ce spectacle informel mais ô combien intense réunissait la magie de l’incertain et de l’à peu près avec la fougue de musiciens de talent. Sans prétention, sans apparat, mais dans toute sa splendeur, c’est la musique qui a parlé.

 

 

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