Tous Azimuts, un groupe de Québec qui a joué au Show de la Rentrée de l’Université Laval cet automne. Après la sortie de leur deuxième album complet en mai 2015 (Kilomètre Zéro), ils ont fait quelques spectacles à Baie-Saint-Paul, Montréal et Québec. On pourra d’ailleurs les voir au Pantoum ce vendredi 28 octobre. C’est cependant en studio qu’ils se sont le plus souvent retrouvés au cours de la dernière année, et ce, dans le but d’enregistrer un troisième album à paraître bientôt. Pour l’occasion, on a rencontré Jordane Labrie et Clément Desjardins, deux membres du groupe, pour discuter de l’album et, au passage, de la scène émergente en général.
Changement de formation
En fait, le prochain disque se trame depuis longtemps : « Durant le processus de Kilomètre Zéro, incluant la promotion et tout ça, on a continué à composer des chansons », explique Clément. Pendant cette période, le groupe a aussi été amené à revoir sa formation : « On s’est retrouvé à ramener [les chansons] à leur plus simple expression, à les jouer moi, Jordane et Hubert à trois, et ça sonnait super bien », ajoute-t-il. Cette nouvelle formule, qui a tout d’abord été imposée par différentes contraintes, s’est aussi avérée être pour eux l’occasion d’expérimenter de nouvelles avenues musicales, comme le raconte Jordane, la chanteuse du groupe : « Avant on attendait d’être disponible tous les cinq pour pratiquer [les deux guitaristes, la chanteuse, le bassiste et le batteur], mais on a réalisé qu’il y avait beaucoup de force aussi à changer la formation et à jouer avec de nouveaux musiciens. On essaie de rendre ça un peu plus collaboratif. Ça amène les chansons ailleurs et ça amène de nouvelles idées. » [caption id="attachment_33689" align="alignnone" width="1136"]
L’enregistrement
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Une question professionnelle
Outre ce choix artistique, le groupe est aussi confronté à un choix professionnel à la veille de la parution de leur album : « On s’est demandé si, après avoir fait dix chansons, on devait en ajouter une qui pourrait passer à la radio, parce que le constat qu’on a eu, c’est qu’il n’y en a pas une qui a le potentiel de jouer à la radio dans l’état où elles sont. » C’est un enjeu nouveau pour le groupe, qui a eu depuis longtemps comme objectif de faire de la musique sans même penser à faire de concessions artistiques à l’industrie. Or, maintenant qu’ils sont plus établis, qu’ils ont un studio et qu’ils sont en un sens autarciques en terme de production d’albums, les membres du groupe ont un avis plus partagé sur la question : « Je me dis que c’est plate d’avoir travaillé autant et d’avoir autant de chansons fortes, qu’il manquerait peut-être une tune un peu plus hit pour qu’on soit connus, explique d’une part Jordane. J’ai l’impression que, des fois, il faut juste une porte d’entrée pour entrer dans un album et apprendre à l’apprécier. Si c’est juste cette tune-là qui nous manque, ça vaut peut-être la peine de plancher dessus pour mettre en valeur les autres. » D’autre part, Clément a une opinion opposée : « En ce moment, je ne le ferais pas. Je sortirais l’album, j’en ferais un autre, pis fuck them. De toute façon on n’en vend pas plus, de la musique », lance-t-il tout d’abord. Après réflexion, il ajoute ensuite, en parlant des deux sessions d’enregistrement : « On a comme deux moments, deux éphémérides qui sont super complets, et moi, en réécoutant l’album, je trouvais qu’il était prêt. Ça convient bien au thème de l’album aussi, la fragilité du temps qui passe et qui est irrécupérable. » [caption id="attachment_33688" align="alignnone" width="1136"]
Un problème d’industrie
Clément, qui fréquente depuis longtemps la scène québécoise, se dit en effet que l’industrie n’a plus de quoi soutenir financièrement les groupes émergents : « Il n’y a plus de classe moyenne en musique. Rednext Level, quand ils chantent sur le fait qu’ils espèrent juste gagner 40 000 $ en faisant de la musique, c’est parce que ça n’existe plus pantoute. Je me demande si Daniel Bélanger pourrait gagner sa vie en musique en 2016 et je n’en suis pas certain. » L’industrie est selon lui fortement affectée par les nouvelles plateformes de musique en streaming : « C’est avantageux pour Madonna pis pour Taylor Swift ou Metallica, mais… la compagnie de disque [où je travaille] a fait, je pense, 2000 $ en tout avec ça, et tu ne payes même pas l’imprimante avec ce montant, explique Clément. Il y a une partie des revenus qui s’est effondrée. C’est pas redistribué nulle part », poursuit-il. C’est en partie en raison de cette précarité monétaire plus générale, selon Jordane, que les artistes émergents ont aussi la vie plus dure : « Il y a moins de diffuseurs qui sont intéressés à avoir de la musique originale que les gens ne connaissent pas nécessairement, parce que c’est moins safe et qu’il y a moins de buzz qu’il pouvait y en avoir avant pour de nouveaux artistes. » La question du public est, en outre, un autre cas. Le domaine de la musique permet donc de moins en moins, selon les deux musiciens, d’être reconnu en tant que professionnel de la musique, c’est-à-dire d’être rétribué en conséquence au sein de la société, tout en conservant l’aspect original et artistique de sa création : « T’as un compromis à faire, et c’est de choisir entre le mode de vie et la qualité artistique », explique Clément. Le groupe a choisi la deuxième option en espérant tout de même un jour vivre de sa musique : « Si on est capable un jour de vivre uniquement de ça, ça serait le meilleur des mondes… Faut pas non plus être naïf en se disant que ça va arriver si on ne fait rien. On met toutes les chances de notre côté, on fait tout ce qu’on peut. Et il ne faut pas trop se décevoir si ça ne se fait pas dans l’immédiat, parce que c’est difficile », affirme Jordane. Clément, lui, déplore la condition sociale et économique des artistes émergents dont Tous Azimuts fait partie : « Faut vraiment faire ça par passion parce que sinon… c’est dur de faire ça en se disant que ça ne sert à rien… c’est dur de vivre avec l’idée qu’on ne sert à rien », conclut-il.En conclusion
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