[ENTREVUE] Pépé et Mononc'Serge en spectacle le 28 décembre à l'Impérial

L’hiver passé, Pépé et Mononc’Serge ont fait une tournée pendant le temps des Fêtes qui a connu un grand succès. Ils répèteront l’expérience cette année et s’arrêteront à l’Impérial le 28 décembre prochain. Dans le cadre de leur tournée de promotion, c’est au Nektar sur la rue Saint-Joseph que j’ai eu le plaisir de m’entretenir avec eux. Détendus et ouverts à la discussion, les deux musiciens ont parlé du spectacle, de leur public, de leur travail respectif, et se sont livrés à un questionnaire musical avec une authenticité désarmante.

Le point de départ
 ou lorsque deux bons chums aiment travailler ensemble

Comment ces deux musiciens en sont-ils venus à travailler ensemble sur la tournée du temps des Fêtes? « Moi pis Pépé, ça fait des années qu’on se croise souvent parce qu’on était programmé sur les mêmes spectacles. Esthétiquement parlant, ça se ressemble ce qu’on fait », explique Mononc’Serge. L’histoire se poursuit, il y a deux ou trois ans, lorsqu’ils se sont revus à l’occasion de l’anniversaire d’un ami commun: « Je me cherchais une première partie pour mon show au Café Campus à Montréal et je me suis dit que ce serait l’fun de demander à Pépé. Faque je lui ai demandé, il est venu faire ce show-là pis on a fraternisé. Il est venu coucher chez moi pis on a jasé jusqu’aux petites heures. » Depuis, les deux artistes ont collaboré sur plusieurs projets, notamment sur la série web Tout le monde veut jouer avec Pépé, disponible sur la chaîne Youtube. C’est toutefois à l’été 2014 que l’idée de partager la scène avec Pépé pendant la tournée du temps des Fêtes a fait son chemin dans l’esprit de Mononc’Serge: « À l’été 2014, on a monté un petit numéro de cinq ou six tounes qu’on a présenté au show de Pépé à Woodstock en Beauce, pis à un show que je présentais au Petit impérial, ici l’autre bord de la rue. » C’est d’ailleurs après ce spectacle que Mononc’Serge, en fumant une smoke devant la porte de l’hotel Pur, a proposé à son acolyte de créer un show complet qu’ils présenteraient entre Noël et le jour de l’an. « J’ai dit oui tout de suite! Je savais que ça allait être le fun! », dit Pépé avec enthousiasme. Il faut se rappeler que Mononc’Serge présente des séries de spectacle pendant le temps des Fêtes depuis plus de dix ans : « J’essaie autant que possible de varier la formule d’une année à l’autre. Comme on avait jamais monté de show ensemble, c’était un truc nouveau que je trouvais intéressant », ajoute Mononc’Serge.

Le spectacle
ou lorsque deux univers colorés se rencontrent

De quelle façon ont-ils construit ce spectacle? Pépé raconte : « J’ai choisi ses tounes pis il a choisi les miennes. » C’est une idée qui a vraisemblablement plu à Mononc’Serge qui croit que « ça fait un répertoire où chacun est à l’aise avec les tounes de l’autre. »  À l’exception du morceau Fait très divers qu’ils ont écrit ensemble et qui se retrouve sur le dernier album de Mononc’Serge, les musiciens reprennent les chansons de leur répertoire respectif: « Quand on se rencontre, ça demande des adaptations, mais ça, on le fait ensemble »,  affirme Mononc’Serge, « c’est pas un gros travail d’adaptation. Grosso modo les chansons sont pas mal toutes déjà dans cette esthétique de acoustique-guitare-contrebasse. » Pépé précise que la collaboration entre lui et Mononc’Serge s’est toujours fait naturellement, sur le fly, ce qui les a d’ailleurs encouragé à concevoir un spectacle complet. « C’est pour ça qu’après avoir monté cinq tounes aussi facilement pour un show, on s’est dit pourquoi pas en monter vingt-cinq? Ça pris quelques après-midis et on avait un super bon show à la fin. »

La nouveauté, selon Pépé, réside dans le fait que les deux musiciens se retrouvent ensemble sur la scène où leurs chansons s’entremêlent. « C’est le fun le mix des deux répertoires. On ne fait pas un bloc Mononc’Serge, un bloc Pépé. C’est tout mêlé de sorte que ça fait un show uniforme. », dit Mononc’Serge.

Gang de joyeux fêtards
ou quand le public est ivre

Quel genre de public assiste au spectacle du temps des Fêtes? « C’est un public de joyeux fêtards! », avoue Mononc’Serge. « Les gens qui viennent nous voir savent à quoi s’attendre et savent qu’ils vont passer un bon moment. On présente un show joyeux et le public devant nous est dans le même état d’esprit. On est entre Noël et le jour de l’an, les gens boivent leur bière – ils en boivent des fois pas mal – pis ils sont là pour chanter avec nous autres. » Mononc’Serge sent cependant qu’il doit rectifier son affirmation, de crainte que l’étiquette joyeux fêtards ne soit péjorative. Or, Pépé a corrige le tire : «Oui, mais tu ajoutes le mot joyeux! Les gens ne sont pas saouls. Ils sont ivres. C’est plus beau l’ivresse! » Belle citation qui donne le goût de s’ouvrir une bouteille, n’est-ce pas? Ils avouent également le côté pratique de la période entre Noël et le jour de l’an, car elle se prête bien à la fête et à l’abus, d’autant plus que les gens ne travaillent pas et qu’ils ont quelques journées pour récupérer.

Plus sérieusement …
ou lorsque Pépé est foncièrement heureux et que Mononc’Serge n’est pas vraiment toujours en tabarnak

La partie du répertoire de Mononc’Serge qui est reconnue pour être vindicative et agressive ne se retrouve pas dans le spectacle. Le matériel est léger et plutôt axé sur le grivois et le joyeux. C’est peut-être dû au fait que c’est Pépé qui a fait la sélection des chansons de Mononc’Serge. Connaissant le style de Pépé, j’en ai profité pour savoir s’il avait peur de ne pas être pris au sérieux. « Premièrement, est-ce que je suis pris au sérieux? Moi-même je ne me prends pas au sérieux! », dit-il. « Au départ, quand j’ai commencé Pépé, j’essayais d’attirer l’attention et d’éviter à tout prix l’indifférence. Faque j’avais des tounes très rentre-dedans et j’aimais la réaction des gens. Je sortais de mon show et je me disais que j’avais fait vivre de quoi au monde. » Il avoue cependant que les choses changent: « Mais on dirait que plus ça va, plus je fais des chansons et de la musique pour que le public se sente bien. Mais en même temps, je ne veux pas me gêner de dire les choses crûment quand c’est de même que ça se dit. » Je lui ai demandé s’il était devenu plus doux : « Non, pas plus doux. C’est pas Pépé doux. Peut-être moins punk. Il y a certaines tounes que je ne fais plus parce qu’il y a de la frustration ou de la méchanceté d’adolescent que j’ai pu. Je suis peut-être plus foncièrement heureux. Mon dieu! Bref! Je ne me prends pas au sérieux, je suis constamment dans le doute et je me pose plein de questions, pis ça fait des bonnes tounes. J’espère. »

Pour appuyer la réflexion de Pépé, Mononc’Serge ajoute qu’il croit que « l’important c’est de faire des tounes qui reflètent quelque chose qui vient de soi. » Toujours selon lui, si l’artiste est heureux dans son environnement et qu’il n’y a aucune matière à frustration, c’est difficile pour lui de faire semblant et de créer du matériel triste et lourd sans se travestir. Or, il avoue que certains musiciens peuvent adopter une posture artistique crédible qu’ils assument. Autrement dit, il y a des artistes authentiquement fake pour qui ça fonctionne bien. Mononc’Serge se confie: « Même moi dans mes chansons, je fais exprès. J’en rajoute, je laisse libre cours à une partie de moi qui n’est pas nécessairement moi au complet. Des fois c’est l’fun de pogner une partie de soi qu’on refoule dans le quotidien. Le temps d’une toune, tu ouvres ce robinet-là et tu le laisses couler à fond. Il y a de quoi de jouissif là-dedans. Pis ça veut pas dire que dans la vie, je suis vraiment tout le temps en tabarnak. »

Pour satisfaire les amateurs de musique, j’ai posé quelques questions en rafale en lien avec ce que Pépé et Mononc’Serge écoutent. Les réponses auxquelles on a droit sont surprenantes et définitivement savoureuses.

Entrevue Pépé & Mononc' Serge

Questions musicales en rafale
ou le moment où l’on découvre que Mononc’Serge ne voudrait jamais faire l’amour sur sa propre musique  Qu’est-ce que vous écoutez quand vous êtes dans votre char?

MS: «Sur mon iPhone j’ai toutes sortes d’affaires. Mais mon band préféré depuis quelques années, ce que j’écoute le plus souvent, c’est Metric. Ça ne ressemble pas pantoute à ce que je fais dans la vie. Il y a l’album solo d’Emily Haines aussi que j’aime énormément. Bizarrement, je n’aime pas écouter de la musique qui ressemble trop à ce que je fais. J’aime la musique assez mélancolique et quand je suis tout seul dans mon char, c’est un instant privilégié avec moi-même.»

P: «Je vais être plate, mais je fais tellement de char pis j’écoute tellement mes disques qu’ils ne me tiennent plus réveillé. Faque pour me tenir réveillé, j’écoute ben gros les lignes ouvertes. J’adore écouter les lignes ouvertes. N’importe qu’elles lignes ouvertes! Sinon, j’écoute mes vieux disques de punk; Rancid, The Interrupters, un nouveau band qui réinvente rien mais qui font du Punk-rock comme j’aime.»

  Qu’est-ce que vous écoutez quand vous cuisinez?

 MS: «J’écoute la radio. J’écoute Radio-Can, les informations. Ça tombe bien parce que les heures où je fais le repas, c’est les émissions d’information. J’écoute rarement la musique quand je me fais à manger.»

 P: «Je fais tout le temps à manger, faque je change constamment de musique. Hier, j’écoutais The Dreadnoughts. C’est un band Punk Irish de Vancouver écoeurant! Sinon, un peu de radio, du Mononc’Serge, du Plume Latraverse.»

  Qu’est-ce que vous écoutez quand vous êtes dans le mood for love? MS: «Dans le mood for love? Tu veux dire en faisant l’amour?» V: «Non, pas nécessairement. De la musique qui va t’emmener à être dans le mood for loveP: «Qu’est-ce qui crée l’ambiance romantique. Quand tu penses à la musique romantique, à quoi tu penses?» MS: «Moi je suis zéro romantique.» V: «Est-ce que c’est trop personnel? Est-ce que vous êtes mal à l’aise?» P: «Ben non, j’ai hâte de répondre!» MS: «Ben réponds donc!» P: «Moi j’aime bien Louis Armstrong. J’aime bien la vieille musique, le Easy Listening Jazz, Ella Fitzgerald. Moi ça me donne envie de me coller avec ma blonde pis de danser.» MS: «Moi j’essaie de trouver une situation… Tu me prends complètement au dépourvu. Je sais pas. Je sais carrément pas quoi répondre. Je mettrais surement pas du Mononc’Serge.» P: «Y a tu déjà quelqu’un qui t’as dit qu’il avait fait l’amour sur ta musique?» MS: «En tout cas, si quelqu’un m’a dit ça, j’ai vite fait de l’oublier.» V: «Toi (à Pépé), est-ce qu’il y a quelqu’un qui t’as déjà dit ça?» P: «Oui, ça m’est déjà arrivé. Ça m’avait surpris que ce soit arrivé et qu’en plus il me le dise. En même temps, ça m’avait vraiment flatté.» MS: «Moi, ça me ferait m’interroger sur la personnalité de la personne.» P: «Je pense que c’était pendant l’époque de mon band punk, dans le temps de Flying Vomit. C’était pas doux. Il avait écouté ça dans l’Ouest, dans sa roulotte avec sa fille de l’été. Il m’avait raconté ça, c’était un beau souvenir pour lui.» Est-ce qu’il y a un album auquel vous revenez et ressentez encore quelque chose?  Par exemple, j’écoute l’Heptade d’Harmonium tous les automnes et chaque fois, je me retrouve en petite boule, comme si c’était la première fois que je l’entendais.

 MS: «Ah, c’est drôle parce que quand Fiori a sorti son album il y a deux ans, j’avais entendu une entrevue dans laquelle il parlait de cet album-là (l’Heptade). Je l’ai racheté et je l’ai dans mon iPod pis je l’écoutais hier dans mon char. C’est un album que j’ai tellement écouté, mais je l’avais complètement oublié. Pis quand je l’ai réécouté, après vingt ans, j’étais super ému. Il y a des disques comme l’Heptade que j’ai beaucoup écouté. Il y a Foxtrot de Genesis , The Wall de Pink Floyd. Ce sont des disques des années 70 qui m’ont vraiment marqué quand j’étais ado. J’ai l’impression que la musique qui te marque à cet âge-là te suit toute ta vie. Ce sont ces trois albums-là qui sont les plus significatifs pour moi.»

P: «Il y en a plusieurs. J’allais dire tous les albums de Plume. Sinon, Operation Ivy, c’est un band punk des débuts des années 80 avec Tim Armstong, le chanteur de Rancid. À chaque année, il y a toujours une période où je suis stressé, surtout quand l’été arrive et que c’est la période des festivals. Je me retrouve tout seul sur un stage devant 10 000 personnes, je mets alors ce disque-là et je sens tout le stress qui s’évacue. Operation Ivy a un effet magique sur moi. Pis un autre album qui me suit est A Poet’s life de Tim Armstrong qui est un album de reggea pop super facile à écouter. C’est du bonbon et ça me relaxe quand je l’écoute. J’écoute tout le temps ma musique, sauf quand je suis dans le char pis  que j’écoute les lignes ouvertes.»

  Quel est le dernier album que vous avez acheté? MS: «J’ai acheté le dernier Patrick Watson. J’ai découvert y a pas super longtemps Avec pas d’casque que j’adore! J’ai pogné les trois albums. Les textes, la musique, l’ensemble! J’adore!  J’ai acheté le dernier Adamus aussi.» P: «J’ai acheté des disques au Korvette il y a pas longtemps. Sinon, j’ai acheté le dernier album de Muse parce que je vais voir le show avec mon père.» [gallery type="rectangular" td_select_gallery_slide="slide" ids="18769,18770,18771,18772,18773,18774,18775,18776"]]]>

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