Lequatrième album de P’tit Belliveau, sorti le 16 octobre, fait du bien. On y retrouve des chansons aux sonorités typiquement ensoleillées qui restent longtemps dans la tête, tandis que d’autres, comme Mi-temps de juillet et Ça qu’ils disont, sont stripped-back et intimes. Les chansons proposent des réflexions à la fois légères et pessimistes sur la société dans laquelle on vit, comme on peut notamment l’entendre dans Rinque de même que c’est, Si qu’le monde finira et I don’t care anymore. L’identité et la fierté acadienne sont aussi présentes dans Parfait pays (feat. Kinji00) et une reprise de Si longtemps séparé.
Comme avec ses albums précédents, Jonah Guimand, alias P’tit Belliveau, suit ses instincts, en créant de la musique à sa manière depuis sa maison et son studio à la Baie Sainte-Marie. Cette fois-ci, il a encore plus de contrôle de l’instrumentation, en utilisant moins de synthétiseurs et en explorant davantage des instruments comme la batterie, l’accordéon et la flûte irlandaise.
Le 11 octobre, P’tit Belliveau était de passage à Québec pour une journée média. On en a profité pour jaser avec lui de son nouvel album, « P’tit Belliveau », au studio du Groupe Fovéa.

Félicitations pour ton nouvel album. On sait que t’as travaillé très fort et que c’est peut-être ton album le plus ambitieux à date. Au moment de terminer l’album, quelle a été ta première réaction? Qu’est-ce que tu t’es dit?
C’est sûr que j’étais soulagé, ça a pris beaucoup de temps. Peu importe le temps que je me donne pour un projet, je suis le type de personne qui a besoin de faire un rush à la fin. Je panique pis fais les grosses journées. Je n’ai point vraiment eu le temps d’y réfléchir depuis, but je suis fier que l’album soit fini.
T’as appris beaucoup de nouveaux instruments pour cet album. Quel a été ton plus grand défi?
La plupart des instruments sont ceux que je connaissais déjà, but celui qui était le plus compliqué à enregistrer étaient les drums. J’ai tout le temps utilisé les midi drums, des fake drums, but pour cet album j’ai décidé d’enregistrer des vrais. Je ne suis point un vraiment bon drummer so déjà j’avais besoin de faire beaucoup de takes. Éditer tout ça pis apprendre comment le faire était un autre processus. Ça m’a pris une ou deux semaines à placer les microphones et à trouver le son que je voulais.

Pour les drums, avais-tu besoin d’acheter du nouveal équipement pour l’enregistrement?
J’ai acheté un couple de microphones et de connexions, but rien de trop sérieux. Je ne suis point le type à acheter de crazy gear vraiment cher. Si j’avais acheté plus de stuff, j’aurais peut-être eu un meilleur son, but ce n’est point vraiment ce que je cherchais.
Comment as-tu appris à jouer de ces instruments? Est-ce que tu as surtout appris en expérimentant, ou as-tu regardé des tutoriels? Tu m’avais déjà dit que tu n’avais jamais vraiment appris à jouer du banjo, donc est-ce que c’était comme ça pour ces autres instruments?
C’est pas mal la même affaire. En général, je watch des vidéos pour apprendre les basics. Aussitôt que j’ai les basics, ça ne m’intéresse plus d’apprendre l’instrument, j’ai envie de créer des chansons. J’ai utilisé l’accordéon beaucoup but j’ai rinque appris les accords basiques et la gamme dans le clé de G pis D. Randomly, le père d’un ami m’a donné des leçons pour la flûte irlandaise, le tin whistle. J’aurais pu continuer les leçons but aussitôt que j’avais appris comment écrire une mélodie, j’étais moins intéressé.
Mais l’accordéon, je l’adore! C’est vraiment une belle touche aux chansons.
Merci. Ça, c’est un accordéon irlandais, un irish button accordion.
Qu’est-ce qui t’a inspiré ce son? Est-ce qu’il y avait des choses en particulier qui t’ont donné envie de jouer de l’accordéon?
J’aime beaucoup la musique trad irlandaise et écossaise. La musique trad des Maritimes est, à la fin de la journée, un mélange du trad anglais, irlandais, écossais pis de musique acadienne. J’ai grandi avec tout ça. Il y a toujours un délai entre les choses qui m’ont influencé et la musique que je sors. Pour cet album-là, c’est tout le stuff d’il y a 2 ou 3 ans. Il y avait pas mal de trad pis j’écoutais beaucoup les Transatlantic Sessions, une série d’albums avec Jerry Douglas et le violoniste Aly Bain.

La chanson Si longtemps séparé est une belle reprise de la chanson officielle du Congrès mondial acadien-louisiane 1999. Ça fit avec l’album et ta fierté acadienne, mais pourquoi as-tu choisi cette chanson en particulier? Est-ce qu’il y avait d’autres chansons acadiennes que tu pensais interpréter?
C’est une chanson que j’adore. Plus tôt dans ma carrière, j’ai chanté assez souvent des chansons sur l’Acadie, but elles avaient un côté humoristique. Écrire une chanson sur la déportation des Acadiens est vraiment la misère. Ce sont souvent des chansons cheesy. Il y en a une ou deux que j’aime, comme Réveille de Zachary Richard. Si longtemps séparéj’aime, but ce n’est point une chanson que beaucoup de monde connaît aujourd’hui. C’est pour ça que j’avais la volonté de faire une reprise sans trop la modifier.
As-tu déjà visité la Louisiane?
Non, je suis comme le seul de mes amis qui n’y est jamais allé but il faut que j’y aille un jour, c’est sûr.
Ce qui est cool, c’est que les trois chansons que tu avais présentées avant la sortie de l’album sont toutes différentes musicalement: Rinque de même que c’est représente bien le côté ensoleillé typique de P’tit Belliveau, Parfait pays, c’est du rap et C’est fine m’a donné des vibes de Smashing Pumpkins. Y avait-il des genres que tu avais hâte d’explorer davantage?
Je n’ai jamais vraiment d’intention. Ce n’est point comme avant de faire un album je décide anything, tu sais. Je suis les pistes pis les vibes qui sont naturelles pour moi. Je trouve que ce n’est rinque une adonnance que cet album soit plus précis. C’est moins vaste dans le son que normal pis je ne sais point exactement pourquoi. Pendant le processus d’écriture pis de réalisation, j’écoutais moins de musique en général. Étant donné que je n’avais point d’inspiration fresh, c’est juste le trad et l’alternative 90s stuff. Je n’aime point poser trop de questions sur la musique, je laisse le processus m’emmener naturellement dans la direction.

Dans la description de C’est fine, tu dis que la chanson parle du fait d’arrêter de parler avec quelqu’un par peur de jugement. J’imagine que ce jugement concerne les sujets bizarres et le fait d’être vu comme weird, mais est-ce qu’il fait aussi référence aux Acadiens et l’insécurité linguistique liée au jugement des accents?
Je n’ai point pensé à ce côté-là. Ça dépend de la chanson, but en général j’aime la manière vague d’écrire. Ça stimule l’imagination. Avec C’est fine, ce n’est rinque la vague sensation d’aller parler pis de décider que ce n’est point une bonne idée. La raison n’est point importante, but on a tous vécu ça. Ouais, c’est souvent parce que le monde va te trouver weird, but I guess que tu peux aussi avoir ce point de vue de la langue. Souvent, quand j’écoute des chansons qui m’intéressent, je suis capable de comprendre exactement ce que l’artiste veut dire pis imaginer en même temps. C’est l’équilibre que j’essaie de trouver dans mes chansons.
En avril dernier, t’étais à Québec pour un spectacle solo au Théâtre Petit-Champlain. Est-ce que cette tournée intime a influencé ton approche de la musique? Surtout parce que t’avais présenté quelques chansons de l’album qui n’était pas encore terminé.
Tous mes albums sont sortis tous les deux ans au printemps. Je sortais un album au même temps de l’année, faque c’était obvious ce que j’allais faire pour ma tournée. Cet album sort en automne, so il y avait un weird trou dans mon horaire. Je me suis dit: « ah, je vais faire une tournée solo, je ne l’ai jamais fait, let’s see how it goes.» C’est quelque chose que je voulais essayer pis c’était l’fun.

En tant qu’artiste indépendant, y a-t-il des choses que tu aimerais faire différemment pour accompagner l’album? Par exemple, as-tu déjà planifié la merch et tout ça?
Il y aura de la nouvelle merche, but il n’y a rien de vraiment crazy de prévu pour le moment. On s’en va en tournée, toutes les choses classiques. Au niveau du web promotion, j’essaie d’avoir une approche où je poste tous les jours, même si c’est la merde. Je ne me concentre point sur la qualité ou sur l’effort. Souvent on se casse la tête en se disant qu’il faut faire un vidéoclip
crazy fancy et poste des clips de ça. En le faisant, tu postes 2 ou 3 jours puis tu n’as rien. En général, mon approche du social media c’est de ne point y penser pis suivre mon instinct. À date, je m’amuse pis c’est ça qui est important. So ça c’est la seule affaire qui s’applique vraiment à ta question: le côté social media. Le reste est pas mal boring normal.
Un dernier mot pour les lecteurs?
Eh, merci d’écouter l’album si vous choisissez de l’écouter pis vivez dans la paix et l’amour.









