Dans les dernières années, il y a très peu d’artistes pour lesquels j’ai eu un aussi gros coup de cœur qu’Alphonse Bisaillon. J’ai d’abord accroché sur l’extrait Blouse Blanche présenté entre son premier EP et son premier album complet. Mais c’est vraiment en voyant le jeune artiste en spectacle que j’ai pleinement saisi son essence artistique impressionnante. Dire que j’attendais impatiemment ledit premier album « t.o.m. ou la trajectoire des perséides » serait tout un euphémisme. Malgré mes attentes élevées, Alphonse a réussi à grandement me surprendre avec cette œuvre phénoménale. À un point tel que j’avais envie de me déplacer pour assister à son lancement à la maison, au Zaricot de Saint-Hyacinthe.
L’amour de la langue française est ce qu’on perçoit d’abord chez le Maskoutain, un amour qui se traduit par une poésie de grande qualité. Musicalement, on passe par pratiquement tous les styles. Du trad avec podorythmie, de la chanson française plus classique, du jazz, du punk et même du rap. La majorité des chansons ne se terminent pas où on l’aurait prévu, ce qui rend la première écoute d’autant plus surprenante. Le meilleur exemple serait probablement Party de bourreaux qui a une grosse « vibe » à la Pudding à l’arsenic avant de se terminer en breakdown presque metalcore. « t.o.m. ou la trajectoire des perséides » est un opus qui gagne à être écouté attentivement à plus d’une reprise, après ce premier quart de 2026, c’est sans contredit mon album préféré jusqu’à maintenant.
Sans grande surprise, toutes les dates de sa tournée de lancement affichent complet. C’est donc dans un Zaricot à pleine capacité que je viens voir la première présentation du spectacle. Attendre un mois supplémentaire pour le show à Québec me semblait être une éternité. En plus on ne se cachera pas que le Za’ est notre salle préférée en dehors de la Capitale-Nationale, le contexte était donc idéal pour une petite virée à Saint-Hyacinthe. Alphonse et son merveilleux band composé de Kelowna Rose Chauvin (choeurs), Sarah Justine (choeurs), Antoine St-Onge (basse), Jérémie Dallaire (guitare et claviers) et Julien Saulnier (batterie) font irruption sous un tonnerre d’applaudissements. C’est évidemment la première pièce de l’album Reel talk qui ouvre ce spectacle, tout le monde semble déjà connaître les paroles par cœur.
J’avais particulièrement hâte de voir comment Dubstep et le fantôme secret de Saint-Hyacinthe serait livrée live. Pour la partie dubstep de cette chanson hors du commun Alphonse sort le keytar, c’est l’euphorie dans la salle! Ce n’est cependant pas toutes les pièces qui sont aussi énergiques que celle-là, Alphonse passe une grande partie du spectacle assis derrière le piano où les voix des deux choristes appuient magnifiquement les propos du chanteur. L’ordre des chansons offre une belle variation entre les pièces les plus survoltées et celles plus douces, une genre de montagne russe d’intensité où on se laisse transporter avec contemplation. Tel qu’attendu, un des points marquants de ce show est vraiment Party de bourreaux alors qu’Alphonse s’est lancé dans le moshpit à la fin. Ceci dit, c’est définitivement son interprétation digne des meilleures comédies musicales qui impressionne non seulement durant cette chanson mais tout au long du spectacle également.
On voit qu’il y a eu un énorme travail de mise en scène par sa gérance Garance Chartier. Tout au long de l’album on suit les interactions entre Alphonse et t.o.m. qui est en quelque sorte son alter ego, son fantôme ou l’ombre de qui il pourrait être. Sur scène, t.o.m. est représenté par un splendide veston rappelant les poètes maudits, Alphonse le porte lorsqu’il interprète t.o.m., il l’enlève, l’accroche et même joue avec selon les chansons. Une fantastique façon d’illustrer le narratif de l’album avec dynamisme et théâtralité.
En plus des paroles des chansons comme telles, les interventions et les présentations entre les morceaux sont d’une grande pertinence. J’ai adoré sa présentation du single Monsieur Quan, pièce racontant la vie d’un professeur de philosophie qui a fui Saigon durant la guerre pour éventuellement ouvrir un café à Paris. Le chanteur a décrit Mr. Quan en notant que « les personnes qui ont une grande vie n’ont pas le temps d’avoir une grande gueule », une phrase particulièrement marquante qui évoque bien l’éloquence et la lucidité d’Alphonse. Quelques instants plus tard, pour présenter la « diss track » Chroniques, il parle des masculinistes et de Mathieu Bock-Côté comme étant des personnes ayant des grandes gueules et donc de toutes petites vies. Pas le choix d’être d’accord sur ce point. Un élément sur lequel Alphonse met particulièrement l’accent est la force de l’amour pour réussir à s’en sortir. Avec tout ce qui se passe dans le monde, c’est quelque chose qu’on a parfois besoin de se faire rappeler.
Un autre moment fort fut la sublime pièce Tout est accessoire tirée du EP homonyme où Alphonse a ressorti ses talents de joueur de keytar en offrant un solo de cet instrument sous-utilisé pendant que la foule dansait sa vie. Il y avait même un moshpit d’employé.es derrière le bar! Toutes bonnes choses ont malheureusement une fin et ce spectacle s’est conclu avec Station balnéaire, une pièce à saveur tango. Ce n’était peut-être pas assez dansant pour Alphonse cependant alors qu’une grosse toune electro se met à jouer dans la salle de spectacle, un gros party s’ensuit avec le chanteur qui saute au parterre pour festoyer avec son public.
Il va sans dire que j’ai complètement capoté sur ce spectacle qui a permis de nous faire vivre une grande gamme d’émotions. C’est vraiment un show de haut calibre qui risque très bien de rester parmi mes plus beaux souvenirs de l’année. Les mots me manquent pour décrire à quel point Alphonse Bisaillon est un artiste grandiose qui mérite encore plus d’attention sur son œuvre. Je n’ai absolument aucun regret d’avoir fait l’aller-retour à Saint-Hyacinthe, grosse ville, gros œuf et grosse dent. Vive la musique québécoise!
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