Malaimé Soleil

Fragile

(
Folivora Records
)
le
27 mars 2026

Petite anecdote : quand Francis, le chanteur de Malaimé Soleil, m’a envoyé un lien d’écoute vers « Fragile », il y a un mois (après un peu de blackmail de ma part, faut l’avouer), il m’a fortement conseillé d’y consacrer plusieurs écoutes avant de lui formuler des commentaires. Un judicieux conseil s’il en est un, car son prédécesseur, le magnifique « Tempête », a placé la ligne très loin devant. Ce n’est pas qu’on pouvait pas sauter au-delà de cette ligne (lisez le reste de cet article, tout devient plus clair), bien au contraire, mais plutôt qu’il fallait un peu de recul pour bien apprécier cette nouvelle proposition.

J’ai donc écouté le deuxième album une première fois. En restant un peu sur ma faim. Les gros bangers étaient déjà tous sortis sous forme de simples, il ne restait que les morceaux les plus doux, les plus pop, les plus introspectifs, et une pièce qu’on entend en show depuis un bon bout. Et pourtant…

J’ai laissé la galette reposer quelques instants. Sage décision. Quand j’y suis retourné, le casque d’écoute vissé entre les deux oreilles, je me suis mis à tout écouter attentivement. Dès les premières notes de Pissou, j’ai eu l’impression que Francis me parlait à moi, de ma peur de devenir vieux et plate. C’était de ses craintes à lui qu’il parlait, mais comme il a toujours su le faire, son propos est tellement universel qu’on se l’approprie inévitablement. Tout ça pendant qu’Alexandre Crépeau marque le rythme doucement, qu’Antoine St-Onge nous rappelle qu’il est le bassiste le plus groovy au Québec et que Vincent Deit caresse sa six-cordes avec retenue.

Plus j’avance, plus chu pissou
Plus le monde ont l’air fous
Moins j’ai d’affaires à dire
Moins j’vis d’affaires, plus j’empire

OK, les gars, je suis tout ouïe. Vous voulez nous interpeller une personne à la fois, c’est ambitieux. Mais encore?

Pissou est suivi des trois simples que vous avez déjà entendus. Le premier, Quessé, est une bonne vieille toune de rupture, mais son refrain fédérateur, qu’on chante de façon cathartique, fait autant de bien que de mal. Et cette pièce se termine avec la question qu’on ne pose jamais (mais qu’on devrait tout le temps poser) : « C’est tu juste que tu m’aimes pu? » De son côté, L’amour en sang est une de ces chansons qu’on va chanter fort en spectacle, le genre de ver d’oreille que n’aurait pas renié un Louis-Jean Cormier.

Enfin, il y a cette perle intitulée Tout rattraper, cette toune qui mélange si bien le blues du désert qu’on peut souvent entendre dans les pièces de Malaimé Soleil (surtout les plus vieilles) et un petit côté skate-punk explosif. Pendant que Francis débite toutes ses angoisses à la vitesse de l’éclair en utilisant (pas mal pour la dernière fois de l’album) ce style répétitif qui est devenu un genre de signature, le groupe nous plonge dans une aventure musicale digne d’une transe au milieu du désert (ou d’un pit à sable… wishful thinking ici) avec un des meilleurs soli de guitare qu’on ait entendu depuis un méchant bout.

Gaguar est une pièce instrumentale que vous avez probablement déjà entendue en spectacle. Le genre de toune qui annonce que ça va brasser un peu plus tard, un trip de synthés de haute voltige tout simplement jouissif.

Pourtant, c’est exactement l’inverse qui se passe sur « Fragile ». Je t’en veux est probablement la pièce la plus douce de l’album, malgré le texte extrêmement abrasif de Francis : « Tu te nourris de ma peine et de ma haine, t’en manges à tous les matins sur un bout de pain, je t’en veux. » Scusez, mais moi, ça vient me chercher. C’est pas juste la lucidité, c’est la simplicité dans tomber dans la facilité. Et le refrain, avec la ligne de basse d’Antoine et les choeurs de Charlotte Brousseau, est à faire brailler.

À force de tout donner pour toi
J’en n’aurai pu pour personne

Vous le savez pas encore, mais L’élève de la douceur va devenir votre chanson préférée de Malaimé. Cette pièce, qui traite à la troisième personne de « l’incapacité à grandir en étant soi-même », est elle aussi douce-amère, mais elle gagne en intensité lentement, mais sûrement. Le genre de chanson qui réveille le paria en soi, la personne qui a dû développer une personnalité qui ne lui colle pas tant que ça pour fitter dans un moule qui ne veut même pas d’elle anyway. Quand je vous disais que les mots de Francis viennent me chercher… Mais c’est pas juste ça. C’est l’effort du groupe qui a bâti toute une toune autour, qui a utilisé les mots qui étaient devant eux pour en faire un instrument parmi les autres. Parce que sans les drums qui te font taper du pied, la basse qui te rentre dedans comme un 2X4 qui arrive à toute vitesse, les claviers qui s’énervent au point de te faire perdre la tête ou les guitares qui s’imposent juste assez pour ne pas étouffer le reste, les paroles, aussi puissantes soient-elles, ne pénètrent pas nos poitrines de manière aussi intense.

Y se sentent p’tits dans leurs culottes de ne pas être à leur place
Y fittent même pu dans leurs bottes pourtant

Et y’a Désert, qui termine l’album de manière très… introspective. La trame musicale démarre lentement, pendant que Francis sort sa voix la plus lancinante, la plus brisée, la plus déchirée, avant de partir sur un crescendo de cris enterrés par le jeu de plus en plus bruyant du band. Et ça se termine en douceur, la porte grande ouverte pour la suite de l’aventure qui viendra sûrement un peu plus tard.

Notons la participation de Florence Labelle (harmonies), Marlie Robertson (harmonies et percussions), Charlotte Brousseau (harmonies) et Claude Tremblay Berthiaume (flûte à bec!!!), qui viennent ajouter quelques textures à cet album déjà très riche de ce côté.

Bon, vous l’aurez compris, après maintes écoutes, ce que Malaimé Soleil voulait proposer comme album devient assez évident. Éviter de s’embarquer dans un carcan, dans une répétition des premières années. Éviter de refaire « Tempête ». S’ouvrir plein de nouveaux horizons, s’approprier plein de nouvelles nuances qui ont toujours été là, mais qui avaient besoin d’être élaborées.

Parce que c’est ça, Malaimé Soleil. On pense que c’est Machu Pichu et Pluie Acide, on s’attend à Démons et Pansement, mais c’est aussi Mots et Monotonie. Oui, c’est le pogo-contact dans la bonne humeur en spectacle, mais c’est aussi les larmes versées en écoutant les albums à la maison. C’est un groupe complexe, aux nombreux backgrounds, et cet album coréalisé à parts pas mal égales avec David Marchand et Francis Ledoux le montre à merveille.

Dans le fond, « Fragile », c’est un grower. Un album qui grandit lentement en-dedans de soi une fois la graine bien enracinée. C’est surtout un album qui ouvre plein de voies à explorer au fil du temps. Malaimé, c’est pas un sprint, c’est un décathlon. On n’a vu que le 100 mètres et le saut en longueur. L’aventure ne fait que commencer!

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