Guhn Twei

Une ville, une mine, un cancer

(
Slam Disques
)
le
13 mars 2026

Je m’improvise critique d’album pour une rare fois parce qu’après avoir écouté « Une ville, une mine, un cancer » du groupe rouynorandien Guhn Twei, j’avais le besoin viscéral d’en parler. N’est pas critique d’album qui veut et je suis pas mal plus à l’aise à décrire un spectacle que faire une véritable critique d’une œuvre complète. Cependant, après ma première écoute, à 6h du matin un mercredi, je sentais que je devais écrire sur le sujet, même si je ne suis pas Louis-Philippe Labrèche ou Philippe Renaud, alors voilà, je me lance.

D’abord, si vous ne connaissez pas encore Guhn Twei voici un court résumé : Formé par Simon Turcotte et David Alisich-Bérubé, deux personnes avec beaucoup d’expérience dans la scène métal abitibienne, le groupe a pour principal objectif de dénoncer l’empoisonnement de la population par la Fonderie Horne et son refus de respecter les normes québécoises de rejet d’arsenic et de métaux lourds dans l’atmosphère. Simon a développé cinq cancers alors qu’il travaillait à la fonderie et s’est éventuellement fait amputer la jambe droite. Guhn Twei lui sert d’exutoire alors que du côté de David, c’est lui qui enregistre tout lui-même à l’intérieur de la « Punk House » située à quelques rues de la fonderie. Depuis la création du groupe, Jeanne Perrin (guitare, voix) et Étienne Pelchat (batterie) se sont joints au duo. Musicalement, c’est assez dur de mettre Guhn Twei dans une case, il y a autant d’inspirations grindcore que hardcore que métal ou que punk dans le son du band, mais chose certaine, ça fesse! Les deux premiers albums, « Glencorruption » et « Capitale de l’arsenic » ont remporté le Lucien d’album métal de l’année en 2024 et 2025 respectivement.

La barre était donc bien haute pour ce troisième opus dévoilé la journée même du centième anniversaire de la fondation de Noranda, le 11 mars dernier. Le titre « Une ville, une mine, un cancer » fait référence au slogan « une ville, une mine » qu’on peut apercevoir aux quatre coins de la ville. L’album est séparé en deux parties, les sept premières chansons (Une ville, une mine..) se veulent une réflexion sur le passé, le présent et le futur de la ville, en jetant un regard critique sur l’entreprise au centre de son histoire alors que les six dernières pièces (…un cancer) abordent des thèmes plus personnels en lien avec la maladie, le cancer, l’hospitalisation, l’isolement, le deuil et le trouble de stress post-traumatique de Simon.

Une ville, une mine…

L’album s’ouvre sur Ville fantôme et les paroles « 100 ans de cancérisation, exploitation, destruction du territoire, implantation coloniale et extraction des entrailles. De loi des mines, de propagande, de culture de peur et de silence. » Ça met très bien la table aux 37 minutes de l’opus. Suit ensuite le premier single Coquerelles. Un véritable coup de pelle au visage, son breakdown m’a pris par surprise à la première écoute, une vraie bombe. Ensuite c’est le deuxième single, la pièce-titre de l’album. J’avoue ne pas avoir été totalement convaincu lorsque je l’ai écouté pour la première fois mais après plusieurs lectures j’ai fini par bien l’apprécier, c’est vraiment une pièce forte de l’album. Au quatrième morceau on retrouve le premier de deux « featurings » avec Marc-André Boucher du groupe tout aussi rouynorandien Barre à Clou dont j’ai beaucoup entendu parlé, ça aussi ça frappe fort. Et c’est là qu’apparaît mon premier véritable coup de cœur, sans compter les singles sortis avant l’album, avec Culture du silence. La chanson lance une pointe directe aux festivals et événements financés par des compagnies qui détruisent l’environnement ou le tissu social. « Il n’y a pas de stageline assez gros pour enterrer la voix de la conscience. La musique perd tout son sens quand on regarde qui la finance. » On fait également référence à l’infâme déprogrammation de Guhn Twei d’un festival commandité par une compagnie qui n’était pas à l’aise avec les propos du groupe. 101 Avenue Portelance est la pièce la plus courte de l’album mais elle reste une des plus mémorables avec son gros riff pesant. On termine la première partie avec Les oiseaux vont mourir au Lac Osisko. Une autre bombe qui se termine un peu plus en douceur afin de bien faire la transition avec la deuxième partie.

Dans ce côté A on retrouve le bon vieux Guhn Twei qu’on connaît déjà très bien des deux premier albums, la production est particulièrement bien peaufinée. J’admets avoir été frappé par la pièce Culture du silence, il n’est pas rare de couvrir des événements présentés par des commanditaires peu recommandables simplement car on aime trop les artistes programmés. Ça fait quand même réfléchir sur notre place en tant que média indépendant dans cet écosystème capitaliste de la musique. Tout au long de ces premières chansons j’ai adoré retrouver davantage la voix de Jeanne sur une grande majorité des morceaux, ça ajoute de la profondeur et de l’émotion aux chansons. Du côté musical de la chose, c’est du lourd, les riffs sont vraiment bons sans être trop répétitifs de ce qui a déjà été écrit par la formation, bref j’aime tout de cette première partie.

…un cancer

La deuxième moitié s’ouvre sur Neige noire, nuits blanches qui traite d’insomnie et de stress post-traumatique, on y retrouve des guitares extrêmement angoissantes afin de créer un atmosphère tellement anxiogène. L’interlude parlée Patient no. 1852606 nous ramène à l’hôpital juste avant l’opération qui coutera une jambe au chanteur, un texte d’une grande puissance, on a vraiment l’impression d’être dans le couloir de la mort. Avec Doux souvenirs de l’abattoir on se retrouve directement sur la table d’opération, le riff un peu black métal du début laisse place à une finale chaotique digne de Dillinger Escape Plan, vraiment une grosse toune. Pour Code blanc on a une des chansons les plus intenses de l’album, ça brasse sur moyen temps tandis que les paroles sont poignantes. L’avant-dernier morceau, Phase terminale, se conclut par « Allez tous vous faire foutre », qui fait office de testament pour le chanteur, disons que ça cogne fort aussi en plus d’avoir un breakdown complètement fou. L’aventure « Une ville, une mine, un cancer » se termine avec la pièce que j’avais le plus hâte d’entendre puisqu’elle contient une participation de Phil Nofun de Scare. Suicide collectif s’ouvre sur une intro de guitare acoustique enregistrée directement devant la fonderie avec le son agressant de celle-ci en arrière-plan. Le feat de Phil est suivi d’un long growl de dix secondes par Simon qui termine l’album avec ses cris les plus graves des 37 dernières minutes.

Si on connaît davantage Guhn Twei pour ses critiques de la fonderie et ses chansons à saveur d’apocalypse environnemental, c’est peut-être cette deuxième partie beaucoup plus personnelle qui m’a frappé le plus. Dès la huitième chanson l’ambiance devient particulièrement plus lugubre, Simon et le reste du groupe réussissent vraiment à nous faire vivre l’angoisse et l’agonie décrite dans les textes. Une série de morceaux qui restent longtemps dans l’esprit. L’album en entier est un véritable chef d’œuvre métal, probablement l’opus le plus fracassant qu’on aura l’occasion d’entendre cette année.

« Une ville, une mine, un cancer » est disponible maintenant sur toutes les bonnes (Bandcamp 😉 ) et moins bonnes plateformes via Slam Disques.

Le samedi 11 avril prochain, Guhn Twei sera du côté de La Source de la Martinière à Limoilou en compagnie de Fuck Toute et du nouveau band de Québec Lethal. Un lancement aura également lieu à l’Esco à Montréal le jeudi 9 avril avec le groupe punk de St-Roch Enfants Sauvages ainsi que la formation hardcore montréalaise Mulch. Les deux groupes de Québec Dogo Suicide et Saints Martyrs seront aussi de la partie pour un show au Cabaret de la dernière chance à Rouyn-Noranda le 15 mai.

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