Dominique Fils-Aimé : Entre jazz et méditation, un bonbon pour l’âme

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L’artiste Dominique Fils-Aimé se produisait au Grand théâtre le vendredi 2 février pour porter sur scène son dernier et très vivant album « Our Roots Run Deep ».

La salle Louis-Fréchette est jetée dans la pénombre. Les six musiciens vêtus de noir entrent sur scène et sont suivis par une silhouette argentée qui s’assoit sur un bloc à hauteur de micro. Dès les premières notes a capella, la voix riche de Dominique Fils-Aimé nous prend aux tripes pour nous transporter vers son univers. J’avais pu écouter quelques fois ses albums avant la soirée, et je n’avais pas prévu une telle générosité sur scène, une telle énergie calme et apaisante.

Dès le départ, elle avertit le public : le spectacle est construit de telle sorte que les applaudissements ne sont pas requis après chaque morceau. Les moments où on peut applaudir seront évidents et, pour le reste, on doit se laisser porter par les notes et les mots. On sent un solide effort de transition entre les pièces, déjà présent sur l’album, qui est bien rendu sur scène. Parfois, même les paroles font écho à celles de la chanson précédente : sur un ton nostalgique, la chanteuse laisse filer les derniers mots de Just Let Me Go, « why is it so hard to walk away » pour reprendre ensuite un rythme plus enjoué en entonnant To Walk a Way. L’effet est réussi et le public peut réellement se laisser bercer par l’atmosphère parfois feutrée, parfois suave et presque dansante sur les derniers morceaux du spectacle.

Dominique Fils-Aimé entrecoupe les pièces par de courts poèmes de son cru ou des réflexions sur sa démarche musicale. Ces temps d’arrêt sont bien accueillis et nous permettent de mieux apprécier la structure de la soirée. On constate à quel point l’ensemble est réfléchi et pensé pour que le public profite au maximum du moment. J’avais apprécié son album « Our Roots Run Deep » dans mes écouteurs, mais l’entendre en vrai, étoffé de nombreux segments que je soupçonne (très bien) improvisés par le groupe, enrichi l’expérience et l’appréciation du spectacle. Chaque musicien a son moment de gloire, tous sont particulièrement talentueux et ils dégagent un réel plaisir de jouer ensemble.

Dominique Fils-Aimé évoque, par ses habits scintillants et ses mouvements de bras hypnotiques, une envoûtante Shéhérazade musicale des temps modernes. Enchaînant morceau après morceau et créant ses propres harmonies à l’aide d’une console à ses côtés, la chanteuse parvient admirablement bien à donner à ses textes parfois un peu prévisibles (« I’m on my knees / begging you please ») une profondeur supplémentaire. Je ne suis généralement pas conquise par des paroles simples, mais ici elles prennent tout leur sens par leur sonorité et leur répétition en devenant une sorte de mantra, de guide méditatif, hautement intéressant. Il y a un mystère dans la voix et la personnalité scénique de Dominique Fils-Aimé qui est rafraîchissant et qu’on ne souhaite pas percer, mais plutôt laisser flotter.

À mon grand dam, la salle n’était pas pleine. Les spectatrices et spectateurs présent.e.s ne tarissaient pas d’éloges à l’égard de la performance au sortir de la salle et, comme mon voisin de siège pour la soirée l’aura bien prédit, je confirme que c’est une artiste qui gagnerait et mériterait terriblement d’être découverte par plus de monde!

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