Retour sur les pistes de danse avec Lisa LeBlanc et son «Chiac Disco»

Lisa LeBlanc
«Chiac Disco»
Bonsound

Dix ans après son dernier album en français, Lisa LeBlanc laisse tomber le banjo et les grosses guitares pour enfiler un costume disco à paillettes, et sans surprise, ça lui va comme un gant.

On nous a annoncé il y’a peu le titre de cet album très attendu: «Chiac Disco», difficile de faire plus clair sur ce qui va se passer pendant les 36 minutes d’écoute. C’est curieux parce que d’un coté on se serait jamais imaginé que Lisa LeBlanc puisse aller là musicalement, et de l’autre, après coup, ça parait comme une évidence. C’est le propre des artistes avec une identité forte: ils peuvent se fondre dans plusieurs environnement musicaux sans jamais compromettre leur personnalité artistique, mais en la sublimant. Lisa LeBlanc nous prouve qu’elle est de cette famille là.

Ça commence avec trois titres qui sont d’ores et déjà des tubes à mon sens: pourquoi faire aujourd’hui est un hymne joyeux pour la procrastination, c’est sur ce rythme dansant, contagieux, que l’artiste revendique un droit à la paresse, on a envie de la suivre. Dans l’jus, sur le même ton est une complainte dans laquelle l’artiste nous dis qu’elle est “trop busy“. La légèreté est de mise, mais pas seulement, on comprend assez vite qu’il y’aura une profondeur dans les thèmes de cet album: paresse, surmenage, déprime, Lisa LeBlanc prends ces petites angoisses de notre temps et les fait bruler à l’effigie des dieux du disco. On fait un gros feu avec puis on danse autour. Une bonne manière d’exorciser ces petits tracas qui peuvent en cacher des gros.

Avec cet art subtil du premier degré, elle nous donne à entendre une suite de pièces minimalistes, ou les mots simples vont droit à l’essentiel : pas de niaisage ici, mais une poésie faite de choses très concrètes, portée par une voix nonchalante, toujours avec cette lassitude qu’on lui connait mais à la sauce dance floor. Se suivent alors dans une efficacité désarmante les tubes Gossip, florilège de ragots, ou encore entre toi pis moi la corde de bois, sur un ton plus désemparé. La formule musicale est très claire: beat disco, guitares, violons et même cuivres, Lisa Leblanc a sorti la panoplie complète, tant qu’a aller là, on fait pas les choses à moitié. La réalisation (Benoit Morier-Lisa LeBlanc) est impeccable, chaque intervention instrumentale est un régal pour les papilles auditives. Un chapeau bas pour les lignes mélodique de synthés, excellentes à mon gout.

Dans Veux tu rentrer dans ma bubble, avec son thème à prédominance pandémique elle tourne ce concept de “bulle” en quelque chose de festif. Ça représente bien à mon sens ce qu’essaye de nous dire cet album: oubliez vos problèmes, dansez avec. Pas mal certain qu’on va bouger là-dessus cet été entre 2 bands de festival.

Lisa LeBlanc arrive avec brio à évoquer le son d’une autre époque, jusqu’au pastiche, sans jamais tomber ni dans la caricature ni dans quelque chose de poussiéreux. Il faut dire que sa voix, et la direction des textes, rendent la chose unique. Une artiste qui s’amuse à multiplier les références sans jamais se faire éclipser par elles.

Entre un menu acadien (à prendre au pied de la lettre) et un Gossip II, on a droit à deux moments apaisés. D’abord La poudre aux yeux, magnifique ballade, avec sa mélodie élégante, puis Me semble que c’est facile, qu’on avait déjà découvert il y’a quelques semaines, et qui ajoute la petite dose d’émotion pour clore le party. Tout le monde rentre chez soi, c’est l’aube, une petite mélancolie règne. Une chanson qui prends tout son sens dans le contexte de cet album flamboyant.

C’est donc un long-jeu riche de sens, magnifiquement produit et à fort potentiel dansant que nous offre Lisa LeBlanc. On ne pouvait rêver meilleur timing pour l’arrivée de ce «Chiac Disco», qui s’impose déjà comme un classique, voire un manifeste post-pandémique, on a très très hâte de la retrouver sur scène cet été.

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