On jase « Pêle-mêle » avec Valence

Valence. Photo : Noémie Rocque

Dernièrement, je disais à la blague à Vincent Dufour, l’homme derrière Valence, que je n’étais plus impartiale quand il était temps de nos petits préférés de Québec Cité. De Beaumont au FME, j’ai assisté cet été à plusieurs de leurs prestations et au rodage des nouvelles pièces. Assez familière avec le contenu de l’album Pêle-mêle, paru le 10 septembre dernier, j’ai donc décidé de m’entretenir avec Vincent plutôt que d’y aller d’un simple compte rendu. Voici donc le fruit de nos échanges en vue de ce lancement tant attendu.

Lancer l’album

Vincent et moi avons jasé via les internets le jour de la sortie de l’album, soit le lendemain du lancement à Montréal et la veille du lancement à Québec. J’étais curieuse de sonder son ressenti maintenant que l’album était finalement disponible. « Je suis super content. C’est vraiment libérateur. Y’a eu beaucoup d’anticipations, beaucoup de temps pour réfléchir à cette sortie-là. On dirait que dans la dernière semaine, dans l’action, à remonter les tounes avec les gars, à faire des shows et de commencer à en parler un peu, ç’a un peu fermé le processus. Ça m’a donné un recule, ce que je n’avais pas eu pendant longtemps. […] J’étais full content de faire le lancement hier, l’album n’était pas encore sorti faque on n’était pas encore dans l’énergie de la réception d’aujourd’hui. Le Ministère, c’est une salle super petite. On était peut-être 60-70 en tout. C’était vraiment le fun. Tout l’été on a traîné les tounes, on les a un peu rodées, on a travaillé des affaires. Hier, c’était vraiment ce travail-là qui nous menait vers le lancement. Donc même si l’album n’était pas encore sorti, c’était un événement spécial pour nous ».

Et avec raison quand on regarde comment le groupe a progressé en relativement peu de temps et, de surcroît, malgré la pandémie! Valence a rapidement réussi à se faire remarquer en dehors de sa Capitale-Nationale. Il en reste que Québec les a vu grandir et que pour Vincent, ça reste la maison. « C’est excitant! Y’a beaucoup d’amis qui vont être [au lancement de Québec]. Ça va être comme un gros party qu’on n’aurait pas pu faire avec la COVID. De le faire juste à la fin de l’été, avant que ça recommence et dans une grande salle comme le Grand Théâtre, je pense que ça va être fou! ». Et je confirme, ce l’était! Il y avait autant sur la scène que dans la salle un esprit festif. Les gens présents étaient déjà convaincus et célébraient tout bonnement la réussite de Valence.

Rendre justice aux pièces de l’album

Les six musiciens sur la scène du Grand Théâtre étaient excités comme jamais et dans une « forme maximaliste de toujours » pour reprendre les mots de Vincent. J’étais assez excitée moi-même, surtout parce qu’on m’avait dit qu’ils allaient jouer TOUTES les chansons du nouvel album. Pour moi, ça voulait dire que j’allais enfin entendre Jamais (j’aurais pensé), le premier extrait de Pêle-mêle à paraître. Lors du spectacle à Beaumont, Vincent m’avait confié que la pièce représentait son lot de défis. Cette fois, ils étaient fin prêts! « Je ne te cache pas que c’est une chanson où y’a eu beaucoup d’expérimentation studio, où je n’ai pas réfléchi. Je n’avais pas envie de réfléchir à comment ça allait se passer en live. Ç’a été vraiment un défi de remonter cette chanson-là. Y’a comme de gros roulements de drum, genre mitraillette, qu’on a enregistré au studio. Comme y’avait juste une take sur 20 qui marchait, on l’a pris. On s’est pratiqué pis Aubert c’est un excellent drummer, y’est génial. Il était super crinqué à apprendre la passe pis a la nailé comme on dit. »

En entendant la pièce sur scène suite à notre conversation, j’ai saisi rapidement les nombreux défis que représentait musicalement la pièce. On y joue beaucoup avec les sons, les ambiances et les effets sonores pour créer l’émotion. Un débalancement à la console et l’équilibre peut rapidement s’écrouler et laisser une impression complètement différente de sa version studio. Cela a été effectivement légèrement le cas. Les sons électroniques orchestrés par Alexis Taillon-Pellerin étaient légèrement trop présents et changeaient légèrement l’ambiance de la pièce. Toutefois, je suis convaincue que la majorité de la salle n’y a pas porté attention. Le problème, c’est que j’ai personnellement un peu trop abusé de la pièce. Cette chanson-là, elle est tout simplement puissante. « C’est une pièce qui exprime une émotion quand même assez viscérale. Pour que ce soit bien interprété, faut que ce soit incarné pis nos spectacles tournent souvent en fête, tournent même un peu dans l’autodérision. Le défi c’était aussi de bien placer la chanson, que ça vienne connecter dans le filon qu’on propose en spectacle ». Sur ce point, on y était totalement. La pièce a d’ailleurs été suivie des plus longs applaudissements de tout le spectacle.

Revenons toutefois sur un point important : « nos spectacles tournent souvent en fête, tournent même un peu dans l’autodérision ». Parlons-en! Vincent est toujours habité d’un humour naturel, mais ce soir-là, il était hilarant! Il faut dire que la mise en scène, en collaboration avec Claudie Mailhot-Trottier, contribuait largement à cette euphorie festive. Celle-ci a d’ailleurs fabriqué une impressionnante coiffe en papiers mâchés pour la pièce Le Miracle du soleil victorien ainsi que l’énorme soleil en froufrou (à l’image de la pochette réalisée par Maude Martel) qu’on retrouvait en arrière-scène.

Valence. Photo : Noémie Rocque

Composer avec la pression

Dans cette joie débordante, on ne sentait pas de stress chez les six musiciens. Les membres de Valence étaient survoltés et c’était beau à voir. Pourtant, depuis leur victoire aux Francouvertes 2020, il devait bien y avoir un peu de pression non? « Oui j’ai senti ça, j’ai senti une pression après. La bonne chose c’est que l’album était écrit avant les Francouvertes. Après ç’a été de la finition sur l’esthétique sonore, du travail de mix, de mastering. J’ai ressenti une pression, mais je n’ai pas été en réaction à cette pression-là dans ma création. Ç’a été un bon apprentissage de contrôle de soi pis de me regrounder. Je veux dire, ce n’est pas comparable aux gros succès qui sortent, mais à mon échelle c’était vraiment une belle réussite et y’a eu beaucoup d’expositions médiatiques. Faque ouai, ç’a été un travail de rester connecté pis de me rappeler un peu qu’est-ce qu’on faisait avant le concours, qu’est-ce qui nous connectait avant le concours. Parce qu’on s’entend que pour un concours de 25 minutes à jouer devant des caméras, tu prépares ton spectacle de façons différentes. Y’a un objectif de communication là-dedans. Pour moi, pour que je l’apprécie cette formule-là, faut qu’il y ait un échange avec le public. Après ça, c’est de se demander qu’est-ce qui nous amusait avant le concours, qu’est-ce qu’on peut récupérer de ça et si on peut retourner là ».

Si les pièces étaient déjà bien avancées au moment de la victoire, le processus pour l’enregistrement de Pêle-mêle a tout de même été différent. « J’ai été beaucoup seul devant mon ordi et j’ai eu la liberté totale de faire ce que je voulais avec les maquettes. Y’a eu beaucoup d’overdubs. J’avais les maquettes prêtes, j’envoyais ça aux gars, on allait en studio. On est allé en studio cinq jours en tout, c’est très peu pour un album. On savait exactement ce qu’on allait jouer. Les claviers ont été enregistrés à Montréal, mais après ça les voix, les flûtes, le sax, les guits, les claviers ont été enregistrés chez nous en direct in, dans la carte de son direct ». Vincent m’explique qu’il ne se voit ni comme un pro ni comme un technicien, mais que de travailler lui-même les pièces lui permet de se fier davantage à son intuition.« Y’a eu beaucoup d’expérimentations qui ont mené à des découvertes. Mettons, mon vocal. Je l’ai enregistré seul dans un petit boot que je me suis fait et je l’ai enregistré trop fort. Vraiment, vraiment trop fort. Rendu au mix, c’était problématique. On a essayé de régler ça. On entend des sibilances (NDLR : des bruits respiratoires de tonalité aiguë, des sifflements) et des consonnes qui résonnent de façon très très forte, parfois même de façon agressive. Ça donne quelque chose en soi. Parfois on se dit « je vais composer une toune pis je veux que ça sonne comme ça », mais quand tu ne sais pas comment t’y rendre, que tu n’as pas les outils ou les compétences, tu finis par créer autre chose. Probablement qu’une partie de ta personnalité, de ta naïveté, va se refléter dans cette nouvelle chose-là. Je trouve ça intéressant, ça fait partie de ma démarche. C’est différent de Cristobal Cartel qui était plus convenu dans l’esthétique sonore. Je ne réfléchis pas consciemment ces choses-là. Je n’avais pas l’idée de faire un album qui va sonner différemment du dernier, mais je cherche tout le temps à améliorer le processus ou à me déstabiliser dans le processus pour être surpris et créer de nouvelles zones d’exploration musicale. »

Laisser place à l’émotion viscérale

Lors de discussions précédentes, j’avais eu la chance de parler des nombreuses influences musicales de Vincent. J’étais curieuse de savoir si l’une d’entre elles l’avait marqué plus que les autres pour la création de Pêle-mêle et j’ai été assez surprise de sa réponse. Plutôt que de me parler d’une œuvre musicale, il me confie que c’est plutôt une lecture qui l’a marqué et qui relatait la participation de John Lennon à une émission où on exposait différentes vérités. « Il sortait de la bulle Beatles, du Beatlemania, et il commençait à être un peu fâché contre les institutions politiques et contre l’engagement des États-Unis dans la guerre du Vietnam. Cette mission-là, d’exposer les vérités pis les disgrâces qui viennent avec, ça me touchait beaucoup. Ça m’a motivé à me reconnecter à mes émotions, mes souvenirs plus difficiles et d’être plus cru et d’assumer que ma matière à moi, c’est les émotions. Je suis quand même quelqu’un de privilégier par mon statut et la tendance à m’engager politiquement dans mon art n’a jamais été vraiment là. Ça m’intéresse beaucoup ces enjeux-là, la politique, mais dans mon expression ç’a jamais été là. Faque tout ça m’a mené à avoir envie de me reconnecter avec mes émotions et à aborder des thématiques plus viscérales. Faque c’est thématiquement que Lennon m’a beaucoup inspiré ».

Il est vrai que certains ont plus de facilité à parler d’enjeux sociaux que d’autres, mais parler d’émotions n’est pas nécessairement plus facile. C’est cependant bienfaiteur lorsque exécuté avec habilité et nuances et c’est ce que propose Valence. La pandémie a été une période un peu trouble pour plusieurs d’entre nous, mais aussi un moment d’introspection. On a donc tous ce besoin de reconnecter avec notre monde émotif. C’est d’ailleurs exactement ce que souhaitait faire vivre Vincent à son public. « J’ai envie qu’on aille ce sentiment d’harmonie qu’offrent les spectacles et qu’on n’a pas pu vivre depuis longtemps. Y’a eu une couple de festivals, mais je pense qu’un show en salle c’est immersif. Y’a quelque chose de tellement paisible de se connecter deux cents humains ensemble. Y’a une harmonie qu’on ne retrouve pas ailleurs. Pour moi, c’est ça le bonheur de la scène. C’est de se connecter tout le monde ensemble à la même émotion pis de voyager ensemble. Ça sonne quétaine de dire qu’on voyage ensemble, mais je pense que c’est ce que permet la scène. L’immersion. D’aller quelque part ensemble. C’est toujours ce qui m’a touché en musique, des albums qui m’amenaient dans des bulles, qui me faisait voyager ».

Tu as manqué le train pour le lancement? Tu peux toujours prendre ton ticket pour Pêle-mêle en direct des différentes plateformes d’écoute. Sur ce, on te souhaite un bon voyage!

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