La place des fxmmes – l i l a, artiste

Cette chronique met en lumière les fxmmes que l’on croise à travers les scènes locales. Il suffit de se balader dans les spectacles et les festivals pour se rendre compte que la parité homme-femme s’atteint doucement. Que celles-ci soient techniciennes, artistes, journalistes ou agentes, ces fxmmes représentent une évolution notable et positive dans l’industrie musicale d’aujourd’hui.

Cette chronique se veut inclusive, nous utiliserons donc le terme alternatif fxmmes pour désigner les femmes cis et trans, les personnes non-binaires, les personnes bi-spirituelles et en particulier celle et ceux qui proviennent des minorités visibles, dans une perspective d’intersectionnalité.

l i l a – Photo : Charline Clavier

Artiste multidisciplinaire, l i l a s’est taillée un univers que nous chérissions chez ecoutedonc. Créatrice de plusieurs EP, l i l a allie sa force ainsi que sa mélancolie pour adoucir tous nos bobos. Que ce soit le dessin, l’écrit ou la musique, tous ces divers médiums ont un point commun : une délicatesse à en faire danser toutes les âmes aux alentours, même les plus noires.

Comment as tu été initiée à la musique ? As-tu eu un cursus plutôt académique ou d’autodidacte ?

Je dirais un mélange. J’ai commencé à jouer du violon à l’âge de cinq ans, puis j’ai arrêté arrivée au secondaire. Ensuite, sans savoir où j’allais m’embarquer, je suis allée au Cégep au CNDF en chant et jazz. C’est une technique qui se déroule sur trois années, mais j’ai abandonné après deux ans, car je n’aimais pas ça. Je suis allée étudier en littérature à la place et c’est à ce moment-là que j’ai vraiment commencé à faire de la musique et à jouer de la guitare. J’ai suivi quelques cours, mais j’ai appris toute seule en majorité. 

Te souviens-tu d’un grand modèle lorsque tu étais plus jeune ?

Quand j’étais plus jeune, la musique n’était pas centrale dans ma vie. Je jouais du violon, mais je n’écoutais pas de musique par moi-même. Par contre, j’étais full passionnée par le patinage artistique, mes idoles étaient Joannie Rochette et Patrick Chan, des patineurs canadiens connus et reconnus. Ils m’ont beaucoup inspirée. Encore aujourd’hui, j’ai une relation très proche au mouvement dans ma musique, je l’illustre inconsciemment dans mes créations.

Tes œuvres découlent beaucoup de la rétrospection de soi. Est-ce que tu utilises tes histoires ou ton vécu pour composer ? 

Constamment, sans vraiment le vouloir. J’invente rarement des personnages, même pour mes dessins, c’est forcément des choses que j’ai vécues ou vues. Ça parle d’histoires personnelles. Par la manière que j’ai d’écrire, j’ai l’impression que tout le monde peut s’y retrouver.

J’utilise que des pronoms indéfinis. C’est d’ailleurs ma manière d’être en général. Je ne veux pas donner un genre au projet, ni à la musique, ni à rien. 

J’écris, je parle de quelqu’un ou de quelque chose et tout le monde peut s’identifier ou identifier quelqu’un, peu importe leurs genres ou leurs identités. 

La représentation des genres est une question très importante dans notre société actuelle, as-tu déjà ressenti une différence de traitement entre toi et tes collègues hommes ? 

Je suis quelqu’un de vraiment fâché dans la vie et je suis toujours aux aguets sur les commentaires ou actions sexistes. Surprenamment, ça ne m’est jamais arrivé de me faire traiter différemment. Je pense que j’ai un tempérament qui fait peur (rires). Par exemple, si j’arrive pour faire un test de son, je m’attends toujours au pire donc j’ai une face fâchée et on dirait que ça fait peur au monde, donc ils doivent se dire : OK, on niaisera pas avec elle

Avec bon nombre d’histoire que j’ai entendue, je me considère chanceuse de ne pas avoir eu à affronter des choses inappropriées. J’essaye aussi de m’entourer de femmes le plus possible. Principalement grâce à l’énergie qu’on a ensemble, même si je travaille aussi avec des hommes comme Anthony Cayouette, mon musicien principal, et aussi Josué Beaucage. C’est des personnes vraiment adorables qui ont des énergies positives et ne manifestent aucune attitude négative. 

J’ai aussi des boundaries vraiment élevées, donc si tu t’essayes avec moi, watch out.

Est-ce que tu vois une évolution notable par rapport à la mentalité de la population face aux genres ? 

Quand j’ai commencé à faire de la musique, je pouvais avoir l’impression de ne pas être prise au sérieux. Puis, je me souviens de m’être beaucoup questionnée : est-ce que c’est parce que je suis nulle, parce que je suis une femme ou parce que je n’ai pas l’air sérieuse ou encore faudrait-il que j’aie un homme qui me représente ? 

Avant qu’ils essayent de faire la parité dans les festivals, combien de fois me suis-je sentie insultée de voir le nombre de femmes peu élevé ou quasi nul sur les programmations ! Personnellement, ça prend des femmes, selon moi, pour que je puisse me sentir bien et que je puisse m’identifier dans un festival.

Il y a une amélioration certaine, mais ça aurait dû arriver plus tôt. La parité peut aussi avoir lieu dans certains festivals, mais il y a quand même parfois des spectateurs et des organisations qui y sont réticents. Pourquoi ? Pour vrai, pour moi il n’y a aucune raison d’avoir peur de ça. 

Penses-tu que la parité sur les scènes est difficile à atteindre, car les femmes ont été moins habituées à avoir un apprentissage musical ? 

D’un quartier à l’autre ou d’une famille à l’autre, c’est déjà différent. Mes parents sont tous les deux artistes, j’ai été élevé dans le « tu peux être qui tu veux, quand tu veux, où tu veux. » Le patin aussi m’a aidé, très jeune, à savoir que je pouvais prendre ma place, car la plupart des athlètes étaient des femmes. Plus je grandis et plus je me rends compte que j’ai eu de la chance de l’avoir aussi facile et de ne pas avoir eu à douter du fait de prendre ma place. J’encourage beaucoup mes amies femmes à faire la même chose, et si je peux aider les gens à s’en rendre compte, c’est super.

Comment vois-tu l’avenir des fxmmes dans le milieu de la musique québécoise ? 

Ça a vraiment évolué au cours des deux dernières années. Ça a explosé lors du mouvement #metoo, on s’est soudainement tourné vers les femmes, malheureusement ça prend toujours un drame pour faire changer les choses. 

J’ai remarqué aussi qu’il y a de plus en plus de femmes qui créent leurs propres agences de gérance. Par contre, je suis souvent déçue de voir pratiquement jamais de fille technicienne de son. Ça a dû m’arriver juste une fois. On dirait que même inconsciemment, tu t’attends forcément à ce que ton tech soit un homme. J’aimerais avoir une amie qui étudie en son. À chaque show, je pourrais l’engager et déployer de l’argent pour elle plutôt que de payer un soundguy qui parfois peut me faire sentir que mon souncheck est trop long.

Ton conseil à donner pour les fxmmes voulant se lancer de près ou de loin dans la scène musicale québécoise ? 

Être fâchée ! (rires) 

Ne pas se laisser marcher dessus, c’est la seule manière de le dire. Au début, on peut avoir de la difficulté, mais au fil du temps on se rend compte que si on ne le fait pas, on va se faire tasser. Surtout par les hommes.

Autant ça peut être un travail acharné de prendre sa place ou de s’y accorder le droit, mais tout le monde est capable de tenir tête à ce qui l’entoure. C’est vraiment important de ne pas oublier que tu as le droit de prendre cette place, peu importe ce qu’elle est. Tu as le droit de dire une phrase trop forte ou une phrase de plus. Une fois que tu l’as accepté, tu peux tout affronter parce que même si tu es confronté à des situations difficiles, ton cerveau va savoir comment réagir, autant pour te ménager que pour te défendre. 

l i l a – Photo : Charline Clavier

Vous pouvez retrouver la musique de l i l a par ici : https://lilalilalila.bandcamp.com/music

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *