Ça roule pour le.Panda

le.Panda – Photo : Noémie Rocque

Vous connaissez peut-être le.Panda pour la voluptueuse Jennifer, sa toute première monoplage. Sept mois d’attente plus tard, le revoici avec American Express et sa face cachée, La Game, deux nouvelles chansons garnies d’une délicieuse touche estivale lancées sous l’étiquette de Sexy Sloth Records. On en a donc profité pour lui faire une petite jasette virtuelle.

Pour les néophytes de l’ours monochrome, Philippe Gagné décrit son projet comme un mélange de styles qui regroupe du soul, du reggae et du R&B. Sur la rue St-Jean, sa première scène, il proposait au départ un programme de pièces instrumentales. Puis, après avoir fait la rencontre de Jérôme 50, il a commencé à explorer la chanson, le menant ainsi tranquillement vers le.Panda. En plus de forger l’épatant multi-instrumentiste qu’il est aujourd’hui, ce parcours de rues est probablement son plus grand atout, lui procurant une aisance scénique qu’on ne pourrait contester.

« Dans la rue, le 3e mur, il n’y en a pas. Quand il y a du monde, tu dois attirer leur attention, faut que tu ailles les chercher, sinon ils ne te donneront pas de deux piasses. En termes d’aisance, tu joues tout le temps devant du monde. Les gens me disent que j’ai l’air confortable, mais quand tu as joué à quinze degrés, juste avant une tempête, avec trois gars saouls à côté de toi, jouer sur une scène c’est la partie facile ». De plus, il ajoute que dans la rue, les gens ne s’attendent pas à voir un spectacle et qu’il est plus facile d’aller chercher son public. « En salle, briser le mur, c’est vraiment plus tough, le monde sont gênés et savent que toute l’attention va être tournée vers eux ».

Cette expérience a donc peaufiné le.Panda en un généreux performeur, riche de par la diversité de ses origines. D’ailleurs, pourquoi ce pseudonyme? « En Finlande, on m’avait peinturé le visage en panda. Depuis, j’ai toujours trouvé que cet animal-là me ressemblait. Il est super drôle, il est comique sans le savoir, mais, en même temps, il peut être féroce et défendre son territoire. Pis un panda, ça aime vraiment manger! Ça mange tout le temps du bambou, des kilos et des kilos de bambou! Donc, sous pleins d’aspects je trouvais que ça me ressemblait » dit-il en riant. Mais l’explication ne s’arrête pas à l’humour, le pseudonyme représente une façon pour Philippe de se détacher de ce qu’il avait fait auparavant sous son propre nom.

Ainsi, le revoici sous ce nouveau nom avec deux nouvelles monoplages. Co-écrite avec Simon Lachance et co-réalisé avec Guillaume Méthot, American Express critique l’utilisation du crédit nous portant à vivre de façon artificielle. Il aborde le tout avec ce que je qualifie d’insolence contrôlée, un dosage parfait lui permettant de confronter certaines idées sans pour autant fâcher son auditeur. « C’est très québécois de rechercher le consensus. On ne veut pas être en conflit, on est prêt à prendre sur nous pour ne pas heurter les autres. Je ne veux pas choquer les gens, je m’inclus là-dedans, moi aussi je roule sur American Express. C’est une prise de conscience collective. C’est très satirique, ça ne se prend pas tant au sérieux. Ça dit qu’on ne mangera pas des Side Kicks, qu’on part en haut de l’échelle. C’est l’apologie de la fausse richesse, des faux standards qu’on se donne en vivant à crédit ».

L’idéologie y est, mais ce n’est pas tout. Pour Philippe, la trame musicale compte tout autant. « C’est important pour moi que la musique soit bonne. Quand tu es dans le mood pour écouter du bon beat, tu veux écouter du bon beat, pis quand tu es dans le mood pour écouter des bonnes paroles et de t’y attarder, ça arrive aussi. Les deux sont complémentaires ». 

Et si on prend justement le temps de s’y attarder, on y trouve quelques références dont l’une à Embarque ma belle de Kain, une pièce qu’on a tous chanté, volontairement ou malgré soi, et qui est maintenant bien ancrée dans notre culture québécoise. « Je trouve que d’avoir des références québécoises, ça relaie de notre responsabilité. Mon son, on me l’a déjà dit, est très américain, donc de ramener des paroles québécoises, je trouve que ça fait un bon blend entre les deux. Comme tu le disais tantôt avec l’insolence contrôlée, c’est aussi pour provoquer. Quand on habite au centre-ville, on est dans une espèce de bulle sociale de conscience collective. En faisant des pointes à Embarque ma belle, pour moi, c’est une manière d’aller poker les gens des régions ou de la banlieue qui écoutent ce genre de musique ». 

American Express est également accompagnée de La Game. « On sort ça à la old school, comme si c’était un 45 tours avec leurs A side qui étaient vraiment plus fort alors que les B side passaient souvent sous le radar ». Complètement écrite pendant le confinement, Philippe y assure la totalité des instruments enregistrés à l’exception des chœurs assurés par Jonathan Freeman. « Au début, je voulais l’appeler la quarantaine, mais je trouvais que c’était trop ciblé. Je ne voulais pas l’ancrer dans le temps, mais lui donner un caractère plus large ».

La complémentarité du duo est intéressante considérant que, appauvris par le confinement, plusieurs retrouveront un mode de vie à la American Express. « Le stress financier, c’est l’un des stress qui m’influence le plus. C’est pour ça que c’est un thème qui revient souvent dans mes chansons. J’ai tellement été paumé dans les premières années! Je viens de la banlieue, on n’était pas pauvres, on n’était pas riches non plus. Quand je suis parti et que j’ai décidé de faire de la musique de rue, c’était par fierté pis par égo que j’ai essayé de me débrouiller tout seul. Des pois chiches, j’en ai fait tremper, des haricots noirs pis blancs aussi parce que je n’avais pas assez de budget pour les acheter en cannes. On dirait que ça m’a fait un mini-traumatisme » témoigne l’artiste qui considère que de parler d’argent est toujours tabou chez les québécois.

En plus des monoplages, un clip a été produit pour la pièce principale. Réalisée par Anthony Coveney, la vidéo présente le.Panda sur un vélo stationnaire, une image simple, mais forte, qui renforce la pièce dans son message. « C’est très premier degré, dans le sens qu’un vélo stationnaire, ça roule mais ça avance nulle part. Avec le crédit, on n’avance pas non plus. Au final, t’as beau rouler sur American Express, t’acheter une belle maison avec une hypothèque, à la fin de ta vie si tu n’as pas avancé autrement, tu ne seras pas plus loin que sur ton vélo stationnaire ». C’est donc avec beaucoup d’humour que Philippe nous encourage à nous épanouir sans recourir au crédit. « Avec la pandémie, les gens qui ont délaissé leurs passions pour leur travail se retrouvent sans travail et sans passion. Ç’a été le moment, je pense, pour beaucoup de gens de renouer avec des passions qu’ils avaient perdues. Je trouve que c’est l’un des points forts qui sont ressortis de la pandémie ».

Les nouvelles pistes sont disponibles depuis vendredi dernier.  «Ce n’est pas de la musique intime que tu écoutes l’hiver en boule dans ton lit, tu peux, mais c’est plus up la vie ». m’indique Philippe. On vous invite donc à les écouter, une bière à la main. Mais attention, les deux pièces sont tellement ensoleillées qu’il vaudrait probablement mieux vous crémer à la 60 avant d’appuyer sur play, question d’éviter les coups de soleil.

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *