BELLFLOWER – Théâtre Petit Champlain, 12 octobre 2019

Bellflower. Photo : Nicolas Padovani

Je n’ai pas compté les madames que j’ai poussées en dévalant Petit Champlain à toute vitesse afin d’arriver à temps au lancement tant attendu de BELLFLOWER à Québec: quand un octette de cette trempe vient lancer son album dans une salle où tu es sûre d’entendre chacune de leurs nuances, tu ne veux pas manquer la première note même quand l’heure te prend au dépourvu! Compte-rendu d’un spectacle qui nous a transportés hors du temps, l’instant d’un soir.

En me tirant une chaise à l’arrière de la salle, je remarque qu’elle est pleine et que le public est assez hétéroclite. Quelques minutes plus tard, le groupe vient remplir l’espace restant – la scène – qui ressemble presque à une Arche de Noé nouveau genre où l’on aurait conservé deux modèles de chaque instrument en prévision du déluge. Et le déluge, il est incarné par la sublime Upside Down, aux rythmes afrosymphoniques qui se déversent alors sur des spectateurs ébahis avant de prendre des détours trip-hop et même folk. Pour une entrée en matière de choix, on est servis. 

Bellflower. Photo : Nicolas Padovani

La chanteuse et autrice-compositrice Em Pompa nous annonce qu’on pourra non seulement entendre les pièces d’« Upside Down », mais aussi celles de l’album précédent, pour le plaisir des fans… et probablement celui des musiciens, qui semblent vraiment être dans leur élément lorsqu’ils jouent ensemble. C’est à se demander comment ils trouvent le moyen d’être aussi bons, puisqu’ils s’investissent tous aussi dans différents projets (vous aurez certainement vu passer William Côté et Félix Petit dans la formation de Les Louanges). Qu’à cela ne tienne, ils sont d’une précision qui jure presque avec leur chaleur, donnant une esthétique électro à une musique où domine pourtant les instruments d’orchestre. 

Justement, c’est cet amalgame entre instruments électroniques et acoustiques, cette symbiose entre les cuivres, les bois, les voix et les percussions qui s’entremêlent en une richesse de nuances qui définit le son de BELLFLOWER. Cette approche singulière vient nimber chacune des compositions et rend par exemple un simple blues senti, poignant et unique. 

Bellflower. Photo : Nicolas Padovani

Les pièces se suivent sans se ressembler au coeur du Théâtre Petit Champlain et chaque musicien y apporte sa particularité . Sur December, le trio vents Félix Petit, Alex Dodier et Nicolas Boulay sont aussi smooth que les musiciens jazz de la côte ouest américaine. Entre deux envolées orchestrales, Jérôme Beaulieu déploie sont jeu de piano néo-classique (exécuté, il faut le mentionner, sur un piano à queue qui trônait au centre de l’Arche) dont la brillance contrebalance le timbre plus mat des percussions de Kathryn Samman et de la voix d’Em Pompa. Sur My Crown, le groupe fait résonner un groove et un aplomb qui, même lorsqu’il s’incline devant les volutes légères des couleurs musicales, demeure latent. C’est que William Côté (batterie) et Jérémi Roy (basse) en assurent le maintien.

Distribuée généreusement en deux bonnes doses séparées d’un entracte, la musique de BELLFLOWER a charmé l’assistance jusqu’au bout du rappel, qui s’est terminé en beauté sur Baby après qu’on ait fait un détour sur Hold On, une pièce inédite.

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