Show de la rentrée, 11 septembre 2019

Mon Doux Saigneur – Photo : Jacques Boivin

Notre petite équipe s’est rendue une fois de plus au Show de la rentrée avec les oreilles avides de découvertes et de retrouvailles. Même si, chaque année, le boss dit qu’il est trop vieux pour ça, la soirée s’avère être un incontournable et on finit par avoir bien trop de plaisir pour abdiquer. Compte-rendu de notre sélection de spectacles, à prédominance locale et émergente.

Benoit Paradis Trio

Benoit Paradis Trio – Photo : Jacques Boivin

Encore et toujours composé de la talentueuse Chantale Morin au piano et du solide Benoit Coulombe à la contrebasse, le Benoit Paradis Trio s’est installé dans un Fou Aeliés plein et « à écoute aléatoire », comme nous l’a mentionné le tromboniste jazz qui ne s’est pourtant pas démonté devant le défi. Et puis, à coup de « woo! », mais surtout avec des pièces aussi groovantes que cool exécutées avec aplomb, les musiciens se sont gagné l’écoute du public (ou, du moins, de la crème du public). Pigeant d’abord surtout dans leur quatrième et dernier album, « Quintessence du cool », le groupe m’a refait découvrir leurs textes toujours aussi désabusés qu’humoristiques – je ne connais aucun autre artiste qui saurait habilement faire rimer « tzatziki » avec « leucémie » – ainsi qu’une musique qui explore toujours l’éventail jazz, mais renouvelée de nouvelles touches parfois soul, parfois latines. 

Marie-Ève Fortier

Laura Lefebvre

Laura Lefebvre – Photo : Jacques Boivin

Laura Lefebvre et ses musiciens ont ouvert la soirée avec le bercement de leur maxi « L’amour mécanique » : la voix voilée et suave de Laura effleurait délicatement un instrumental poignant, saisissant à saveur folk-indie. Alors que nos oreilles valsaient en impesanteur, de puissants néons rouges et mauves suivaient le rythme de la batterie. C’était probablement l’une des dernières ou rares fois que nous avions l’occasion de vivre ces chansons en direct. En effet, on nous a annoncé un album qui sortira bientôt du four. On nous a même offert un avant-goût des pièces. La performance qui était jusque-là d’une fluidité homogène, nous transportant dans un univers mélancolique et aérien, a ensuite migré vers une des nouvelles chansons de l’album à venir : un son exotique d’influence latine transpercé par des néons jaunes comme le soleil. Ils ont poursuivi avec une ballade acoustique intimiste et ont terminé avec une pièce énergique dotée d’un synthétiseur rythmé, particulièrement marqué, qui annonçait un vent qui change doucement de direction.

Mani Phaysavanh

Anne et le Tigre

Anne et le tigre – Photo : Jacques Boivin

Anciennement connus sous le nom de Tiger Tea Club, les cinq musiciens d’Anne et le Tigre sont venus nous présenter le changement de direction de leur groupe, qui s’avère être pour eux une forme de « retour aux racines », comme le mentionnait sur scène la claviériste et chanteuse Ann-Lydia Plourde. Ils nous ont donc offert de nouvelles compositions en français, plus proches de leurs influences québécoises (Karkwa, Patrick Watson, Milanku, etc.). Une belle primeur puisque leur premier album reste encore à lancer (le 1er novembre prochain, au D’Auteuil). 

Évoluant dans un cadre plutôt indie-rock introspectif, les pièces chantées à une, deux ou trois voix et agrémentées de guitares, de batterie, de clavier et de basse se teintaient de quelques traits supplémentaires qui se sont avérés caractéristiques: lenteur, lourdeur et graves planantes. Le groupe versait parfois dans de contemplatives transes rock, flirtant par moments avec la dissonance et le stoner métal. C’est pourtant en douceur qu’ils ont terminé leur set, tandis qu’Ann-Lydia Plourde envoûtait progressivement les auditeurs en chantant seule au piano, pour qu’ensuite le Tigre revienne une dernière fois pour une Ascension finale.  

Marie-Ève Fortier

Eli Rose

Eli Rose – Photo : Frédérique Blais-Pouliot

Le pavillon Desjardins était désormais rempli jusqu’au deuxième étage. J’ai pu remarquer que l’individu qui assistait à la performance de Laura Lefebvre juste devant moi, une trentaine de minutes auparavant, n’était nul autre qu’Eli Rose : immobile, de dos, un peu de côté, les bras et les jambes faiblement fléchis sur une scène épurée; deux instrumentistes aux extrémités. Dans un parfait silence et une absence de mouvement, on ressentait déjà sa remarquable présence. La foule empreinte de curiosité s’est tue peu à peu. Elle a débuté en force avec un son pop, électro, RnB  en enchaînant des titres tels que « Tôt ou tard », « Carrousel » et « Soleil ». De toute évidence, occuper l’espace scénique n’est pas un secret pour cette dernière : elle se déplaçait de gauche à droite avec confiance. La scène lui appartenait et Eli Rose n’hésitait pas à se l’approprier. Sa voix féminine et enjouée était aussi entraînante que sa manière de bouger : alternant lentes modulations et mouvements abrupts en cohésion avec la musique. Le lancement d’un album cet automne est définitivement à surveiller pour cette artiste!

Mani Phaysavanh

Élégie

Élégie – Photo : Frédérique Blais-Pouliot

On avait manqué leur lancement la semaine dernière au Maelstrøm, alors on voulait absolument attraper Élégie au Show de la rentrée… et on n’a pas été déçus! Revêtant leurs plus belles « Nuances de pourpre », ils nous ont joué les pièces tirées de l’album du même nom avec autant d’intensité que de désinvolture. Gros post-punk / new wave (ou comme ils disent, new punk / post wave) dansant où les mélodies se taillent modestement une place, la musique d’Élégie semble être un terrain de jeu pour ces révolutionnaires Anti-Robots qui, sans jamais se prendre trop au sérieux, réunissent pourtant les éléments musicaux qu’il faut pour en faire un groupe à surveiller. Vous auriez dû voir l’ambiance dans la place quand le groupe a entamé la déjà populaire et accrocheuse Rendre hommage au drame. 

Marie-Ève Fortier

Mon Doux Saigneur

Mon Doux Saigneur – Photo : Jacques Boivin

À ce stade, la salle était très réchauffée et nous baignions dans un brouillard de fumée. Dès que Mon Doux Saigneur est embarqué sur scène, il n’y a eu nul besoin de prier la foule pour qu’elle commence immédiatement à se dandiner. Avec une attitude assurée et relaxe, ils nous balançaient avec enthousiasme des riffs répétitifs et entraînants qui nous mettaient dans l’ambiance! Typique des spectacles rock, les musiciens sautaient de façon enjouée, ce qui leur conférait un air fort sympathique, et nous, ça nous donnait envie de les imiter. On a traversé plusieurs styles musicaux qui allaient du rock-country-folk jusqu’à des influences furtivement reggae et rap. Pour la dernière chanson, Emerik St-Cyr Labbé nous a demandé de lever les mains dans les airs. La pièce était festive avec des sonorités de guitares claires répétitives. Ils ont clôt avec la même gaieté qui avait animé le début de leur prestation: Emerik a ensuite quitté la scène après avoir lancé un liquide non identifié sur la foule pour revenir en dansant avec des baguettes de batterie.

Mani Phaysavanh

Entre deux sets de musique locale, je tenais à aller me rincer l’oreille moi aussi avec la musique de Mon Doux Saigneur (même si je les avais vus deux fois ce mois-ci). En arrivant, tout d’abord, j’ai découvert les musiciens plongés-noyés dans la musique: ils déployaient une pièce que leur setlist intitulait simplement « Hook2 »; c’est un genre de blues touareg à la Hook bleu, mais c’est autre chose et on parle de rêves, on est transportés par les dentelles de guitares et les rythmes impossibles. En tout, j’ai pu attraper une belle brochette de trois titres qui – on l’espère! – paraîtront sur le nouvel album du groupe, annoncé pour bientôt. Chaque pièce se démarquait par son univers musical – allant du country au blues planant au hip-hop presque – mais chaque pièce fittait aussi irrémédiablement dans l’univers de Mon Doux Saigneur. Pas besoin non plus de vous dire que les paroles étaient toujours aussi wise qu’avant, d’une sagesse de fond de ruelles et de grands espaces intérieurs.

Marie-Ève Fortier

Anatole

Anatole – Photo : Frédérique Blais-Pouliot

Toujours aussi théâtral, ce cher Anatole est débarqué l’autre soir avec la barbe drue qui picotait son maquillage blanc, un veston de cuir sur son habit de squelette. Ses yeux d’azur juraient avec sa rouge-bouche qui, à mesure qu’il chantait-crachait-buvait-gesticulait, s’est mise à évoquer le sang plus que le glam

Se lançant dans des Aveux coupables, puis égorgeant les Charognards, l’alter-ego d’Alexandre Martel s’en donnait à coeur joie pour divertir ses éthyliques convives, jusqu’à s’arrêter un moment pour leur parler comme ça, informellement. Si la balance du son m’a parfois dérangée, ça n’a pas semblé affecter le public, qui était trop occupé à s’éblouir timidement de l’intensité déployée par les musiciens ou encore à suivre des yeux le chanteur qui se promenait dans la foule. Le groupe a finalement su écarter toute gêne s’immisçant entre eux et le public avec une finale haute en couleurs qui a résonné de Pluton à  L.A…. 

Marie-Ève Fortier

…et quelques verses de Clay and Friends

Clay and Friends – Photo : Frédérique Blais-Pouliot

En sortant de l’amphithéâtre Hydro-Québec, où CHYZ présenté principalement des artistes locaux, on a pu entendre deux ou trois chansons rythmées et stylées de Clay and Friends avant d’aller rejoindre les bras de Morphée. Toujours aussi bons pour faire lever les foules, c’était beau de les voir animer le Grand Salon l’autre soir, entourés d’une masse énorme de spectateurs qui semblaient tous être au comble de la fête. On attrapera le groupe une prochaine fois, ça c’est certain. 

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