Dans Brume – Le Pantoum, 25 janvier 2019

Dans Brume - Photo : Marion Desjardins

19 h 37. J’arrive au Pantoum. La porte est débarrée. C’est louche, d’habitude, à cette heure (20 minutes avant l’ouverture des portes), je fais le pied de grue dehors jusqu’à ce qu’un des bénévoles se pointe. Voyez-vous, d’habitude, j’arrive parmi les 3-4 premiers au Pantoum, et là, je voulais me taper un petit tour du proprio, question de voir ces rénovations dont tout le monde (vraiment) parlait.

J’entre. Je monte l’escalier. J’entends des voix, je pense que ce sont les gens du deuxième qui se font la conversation. Mais non, personne. Je tourne… devant moi, près d’une trentaine de personnes faisaient déjà la file, attendant patiemment les vedettes de la soirée, soit la formation Dans Brume (Lewis Falla à la basse, Xavier Laprade à la batterie et aux percussions, William Guay aux claviers, Raphaël Laliberté-Desgagné à la guitare et Elizabeth Lavallée à la voix). Un paquet de têtes toutes excitées de se retrouver dans un lieu qu’elles découvraient. Quelques habitués, largement minoritaires, se saluent et sont tout fébriles : le Pantoum qui se renouvelle et qui lance ses festivités avec un groupe qui avait fait très belle impression au Festival OFF, c’est un événement. On en jase en attendant que les portes s’ouvrent.

Dans Brume – Photo : Marion Desjardins

On entre au compte-gouttes dans l’enceinte. Oh boy. La nouvelle salle drette en entrant. On est un brin dérouté, y’a pas de scène, pas de mur de DEL. Le nouveau Pantoum peut accueillir de nombreuses configurations, dont la formule « band au milieu, entouré du public », qui sera utilisée pour le présent spectacle. N’empêche, après 10 minutes, on retrouve nos marques, on se fait de nouveaux repères. Un peu comme la première fois que je suis allé chez ma mère après qu’elle ait refait sa cuisine. Ça reste chez nous, même si on cherche les cuillères à thé quelques instants.

Tiens, des faces connues : Rioux. LePetitRusse. Cossette. Louis-Solem. Michel et son épouse. Mais surtout, un gros gros paquet de néophytes. Est-ce qu’ils vont comprendre la règle numéro un du Pantoum : le show, ce sont les musiciens, pas les spectateurs?

Une fois tout le monde entré (du moins, ceux qui ont PU entrer, car on nous a annoncé à 20 h 30 que le show serait présenté à guichets fermés), les lumières se sont éteintes et les membres de Dans Brume sont arrivés, un par un, prenant graduellement leurs instruments et installant les ambiances jusqu’à l’arrivée de la chanteuse Elizabeth Lavallée. On commence ça tout en douceur avec Mon sang est clair, une chanson qui donne le ton sur l’album et qui est destinée à faire de même ici.

Dans Brume – Photo : Marion Desjardins

Le groupe s’est installé en cercle, tous les musiciens et les choristes (d’illustres inconnues – yeah, right – nommées Ariane Roy et Lou-Adriane Cassidy) se font face. Ça a ses avantages : même ceux qui sont derrière voient des membres de face!

On retrouve sur scène la même belle énergie qui caractérise Dans Brume sur son album « Pétales ». Une énergie douce, forte, sensuelle, qui sollicite toutes nos neurones, autant celles qui s’occupent des émotions que celles qui sont plutôt chargées de nous faire réfléchir. Les rares spectateurs qui osent s’ouvrir la trappe pendant que les musiciens s’exécutent le font pour de bonnes raisons : « Sont bons, hein? » « Ouais, ça me rappelle un peu Harmonium ».

Tsé, quand tu te fais comparer à Harmonium, sans ironie, c’est parce que tu fais quelque chose de correct. Mais en même temps, on ne se mentira pas : Dans Brume, ça ne ressemble pas tant que ça à Harmonium. Ouais, y’a bien quelques liens qu’on peut faire avec le folk-prog, mais on aurait pu aussi parler des Séguin, qui étaient beaucoup plus près des émotions livrées par Dans Brume.

Dans Brume – Photo : Marion Desjardins

Mais surtout, ça serait oublier que de nombreux groupes plus récents ont visiblement été sources d’inspiration. Par exemple, on reconnaît certains rythmes qui auraient plu énormément à Sagot et Bergeron chez Karkwa. On reconnaît aussi une certaine intégration du jazz dans les compositions, çà et là, et on se dit qu’un plateau double Dans Brume-Bellflower, ça serait la perfection en une soirée.

Sur scène, une chanson comme Pandémonium, qui prend tout son temps pour s’installer et nous bercer, est encore plus efficace que sur disque. Le groupe se laisse lui-même porter par le rythme, Lavallée chante d’une voix juste et assurée, avec juste assez d’émotion pour que j’aie la chair de poule, sans me sentir obligé de pleurer comme une Madeleine. La complicité entre les membres du groupe est palpable, ce qui est un gros plus quand t’es pogné autour d’une foule compacte et que ta présence scénique doit se limiter à tes sourires et à tes regards. Le groupe a du fun, nous aussi.

La nouvelle configuration du Pantoum permet aussi de laisser libre cours à la créativité des éclairagistes, comme on a pu le constater ici avec les projections sobres, mais réalisées en temps réel. C’était beau, c’était un brin flyé, sans jamais tomber dans l’impertinence.

Le temps a passé si vite que lorsque Lavallée a commencé à présenter ses musiciens sur les airs de Funky Cat (cette chanson un brin ironique qui a parti un gros débat vendredi… ça ressemble à Touch de Daft Punk, à Bizarre Love Triangle de New Order ou à du Pet Shop Boys?), on a été pris par surprise. Déjà?

Premier gros test tout à fait réussi pour Dans Brume, qui a su capter l’attention d’un public vraiment poli (je me suis promis, cette année, de féliciter le public chaque fois qu’il le méritera) et ouvert, et qui a su ensuite conserver cette attention par la qualité de ses compositions, la justesse de son interprétation et le plaisir manifeste de jouer ces chansons magnifiques et envoûtantes.

Le groupe sera de retour le 13 avril prochain au Maelstrom Saint-Roch.

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