Guillaume Beauregard
Disparition
(La Tribu)

Dans un deuxième élan de douceur accoustique,  l’ex-poumon des Vulgaires Machins revient avec un nouvel opus nommé Disparation. Suite logique à D’étoiles, de pluie et de cendres paru en 2014, cet exercice de 34 minutes a été enregistré live à New-York.

Abordant des thèmes comme la déception, l’isolement, la rupture et la vieillesse,  le Granbyen opte à nouveau pour la triste noirceur musicale. Anciennement choquant, dorénavant larmoyant, Guillaume Beauregard a rangé sa plume politico-controversée très loin dans son placard. Si vous souhaitez un nouveau chapitre à la marquante Puits sans Fonds, meilleure chance la prochaine fois! Si vous attendez un message aussi percutant que Triple meurtre et suicide raté, prenez votre mal en patience.

Par contre, si vous voulez passer un sacré bon moment d’écoute folk-mélancolique, Disparition est une prescription recommandée. D’emblée, l’auditoire reçoit un appel à l’aide, un véritable « constat de ma solitude » scandé par Beauregard. Disons que l’envie de courir nu dans la rue en criant « j’aime la vie » vient de s’atténuer assez vite. Attention, on ressent un soupçon de joie de vivre sur Fais-moi croire avec une ligne de basse presque country. Même si les claviers et maracas peuvent colorier un brin ce paysage sombre, la lourdeur des textes vient verser un jet d’encre noire sur celui-ci. L’histoire se répète avec les cuivres sur Je ne sais plus, une déclaration d’amour synonyme d’une perte de tous ses moyens.

Avec ce deuxième microsillon,  je m’aperçois de plus en plus qu’il aime briser son rythme et son écriture en deux pôles : Une extrémité négative, très sombre mais qui n’est pas dénuée d’une subtile lueur d’espoir. Sur le premier album, Cadeau du ciel était un exemple facile. «C’est un vrai cadeau du ciel, si encore aujourd’hui tu m’aimes.». Après tout, l’important c’est le résultat! Sur Disparation, ma judicieuse comparaison serait Le Dernier souffle. Évidemment, vous aurez compris que le texte n’est pas très jovial. Encore une fois, le résultat de ces faux-pas reflète un dénouement positif.  «J’en ai perdu le verbe, j’en ai vomi ma prose, j’en ai pelleté de la merde pour pas que ma tête explose, j’ai condamné l’univers sans voir que je me damnais moi-même… Mais tu es revenu… chanter sur mon épaule… au bord de ma fenêtre… les airs que je n’entendais plus.».

L’ancien chanteur punk (est-ce qu’on reste punk toute notre vie?) profite également de Goodbye pour faire une croix sur cette jeunesse remplie d’erreurs et regrets qui est maintenant chose du passé. Étonnamment, pour un album qui donne les bleus, les notes de piano sont plutôt rares. Je les remarque particulièrement sur Cette flamme qui meurt, l’avant-dernier morceau ou ballade pré-mortuaire d’une relation fanée. Mon âme en quarantaine est une finale touchante aux accents de violons qui, à mon humble avis sort du lot avec brio. Depuis la sortie, je fredonne « j’attends dans mon salon, la fin des émissions, mon âme en quarantaine, j’attend que le courage revienne » comme un weirdo dans les rues de Paris. Une réalisation courte mais ô combien réussie pour un Beauregard en quête de larmes sur nos joues.