Yes mccan
OUI (tout, tout, tout, toutttte)
Make it Rain Records

OUI (Tout, tout, tout, toutttte) est officiellement le début d’une nouvelle ère pour Jean-Francois Ruel. Figure marquante du hip-hop québécois, l’ex Dead Obies lançait son premier microsillon de longue durée le 31 août dernier. Avec deux longs jeux (Montréal $ud, Gesamtkunstwerk) et un EP (Air Max) au sein de DeadO, Yes McCann revient avec un deuxième aboutissement solitaire après le mini-album PS. Merci pour le love. Diablement crédible dans son rôle de proxénète-manipulateur dans la série Fugueuse, le polyvalent MC ajoute 7 morceaux à la symbolique Désirée. Décortiquons, pièce par pièce, touttttte cette galette rap québ.

Pour les puristes, la pièce initiale d’un album est d’une importance capitale. C’est le préliminaire avant la relation, la mise en bouche quoi, avant le plat de résistance. Dans le cas de Temps, première piste de l’opus, l’entrée en matière est somptueuse. Délicate et habilement délivrée, elle est à la fois directe mais planante.

Sur un beat aérien, McCann lance des lignes percutantes, parfois loufoques, en référence au temps qu’il a pris pour se diriger dans la bonne direction.

Les haters veulent m’écœurer, mais y peuvent pas m’effleurer
Rolex sur mon poignet, extra-Rolo, mon McFlurry

Personnellement, je ne suis pas le plus grand fan des multiples références à l’argent mais pour une chanson bien ficelée comme celle-ci, l’opération me plaît.

Trop de rappeurs nord-américains tombent dans le cliché déplorable du PMW (consultez Urban dictionnary). Selon moi, on ne peut affirmer qu’un rappeur est abouti si tous ses verses reviennent aux femmes, à la monnaie qu’il fait et à la marijuana qu’il consomme. En ce sens, la répétition de ces champs lexicaux dans la musique m’agace plus souvent qu’autrement. Mettons fin à cette pause râlerie pour continuer l’analyse.

La deuxième en liste s’intitule Près de moi, un morceau à double tranchant mentionnant l’importance de garder ses ennemis près de soi et du désir de proximité relationnelle avec la gent féminine. Musicalement, la production signée par Ruffsound, Yen Dough et Vxnyl propose cette fois-ci une ambiance dancehall des plus estivales.

Un des simples paru en juin, Forêts est un véritable ver d’oreille. Le refrain catchy d’Ogee Rodman (Dead Obies) compense le manque de profondeur des verses du tandem belge, Caballero et JeanJass. L’intro de Mccan, noyée dans l’auto-tune est à la fois accrochante mais oubliable. Les gars aiment leurs papiers, je pense qu’on a pigé.

Lors de son passage au FME il y a dix jours, je constatais la réussite qu’était Money Convos de vives voix en spectacle. À l’écoute de l’album, ce ne n’est pas si mal, mais beaucoup moins intense. Sur un beat agressif aux influences arabiques, le thème principal est encore une fois l’oseille. Malgré tout, on reconnaît la rapidité d’exécution des multi-lignes crachées par Ruel.

Vie et Slick Rick, respectivement cinquième et sixième sur le menu, ne sont pas dignes de mention. Ne serait-ce que pour le beat indie pop réchauffé de la première et du passage saccadé d’entrée de gamme de Rowjay sur la deuxième.

La suivante, Over, ressemble drôlement à une suite de Vie. Sans être musicalement recherchée et raffinée, quelques lignes me font bien rire

Paraît que mon ex a un nouveau gars (nouveau gars)
Paraît même qu’elle a teint ses ch’veux moka (moka)
J’lui souhaite la meilleure des chances avec ce rôle-là
C’est juste dommage qu’elle puisse pas bleach son aura

Ou encore…

Maintenant, j’suis à télévision sur le sofa (yah)
Ça s’peut que je Tom Cruise sur le sofa

Parlant de télévision, la finale du disque est un clin d’oeil tiré de Fugueuse. En toute honnêteté, je me demande encore pourquoi elle figure sur l’album. C’est à la fois satirique mais hors du commun d’insérer un « faux rap » sous un « faux blaze » dans une vraie composition. Après tout, qui suis-je pour juger la liberté de création!

Pour les curieux et curieuses, Yes Mccan sera du côté de la salle Multi de Méduse le 21 septembre prochain!