Samedi dernier, le Festival OFF de Québec présentait son offre la plus diversifiée avec pas moins de 13 spectacles disséminés sur les différents sites partenaires. Le temps était bon – ni trop chaud ni trop froid – pour accompagner les spectacles extérieurs tandis que la soirée de clôture du Complexe Méduse promettait de nous ébahir et de nous faire danser.

La Barberie – Brunch Musical

12 h 00 : Cold Folks

C’était une journée tout simplement splendide pour un brunch festif en compagnie de nos joyeux amis punks de Cold Folks sur la verdoyante terrasse de la Barberie, quelques heures seulement avant de poursuivre notre marathon de spectacles. Peut-être le duo ++ n’avait-il pas la ponctualité comme top priorité cette journée-là (et on sympathise grandement avec leur possible carence en vitamine S), mais une fois ses membres bien nourris et hydratés, il a montré l’étendue de son savoir-faire de lendemain de brosse avec brio et bonne humeur derrière ses instruments à cordes (guit, mando, banjo, contrebasse, violon… cordes vocales?). Visiblement, leur folk/bluegrass interprété nonchalamment dans le milieu de la rue faisait autant, sinon plus de bien aux gens présents que les aliments ingérés simultanément. Dave, armé de son audace et de son banjo, s’est même aventuré sur la terrasse pour s’asseoir parmi les festivaliers le temps de pousser quelques notes. Je ne pense pas que la foule portait une attention assidue aux tranches de vie entre les chansons, par contre, mais je peux affirmer que le moral était des plus exquis en début d’après-midi au coin Prince-Édouard/de la Reine. On vous aime!

(Tatiana Picard)

Parvis Saint-Jean Baptiste 

15 h 00 : Aurore

Aurore – Photo : Julie Bourassa

Pinte à la main et vent dans le toupet, la table était mise pour une autre agréable journée au Festival OFF. Au menu, Aurore, ce projet poético-classique développé ici même, dans notre cour. Née des textes d’Émile Vigneault, la formation est harmonisée par Philippe Bourque à la voix et au piano, Catherine Mailloux au violon, Louis-Solem Pérot au violoncelle ainsi que Benoit Fortier au cor français et à la flute. En tant qu’invité, le batteur Loïc Du Sablon complétait l’alignement partant. D’une douceur mélodieuse, la musique d’Aurore a pris son envol avec des pièces comme Missive, où le vent soufflant sur la scène du Parvis embellissait ce message d’espoir. Une déclaration d’amour à Klô Pelgag plus tard, le groupe poursuit avec une nouvelle composition aux tendances maritimes. Suite à l’invitation à prendre le large, la prestation se termine avec le Tour de trance et d’un chant à l’unisson!

(Gabriel Tremblay)

16 h 00 : Zen Bamboo

Zen Bamboo – Photo : Julie Bourassa

Coude levé et soleil plombé, les bruyants, athlétiques et relativement charmants gars de Zen Bamboo déambulaient devant l’Église vers 16 heures. Quatre bêtes de scènes qui sonnent comme si Julian Casablancas avait invité ses cousins éloignés de St-Lambert pour un jam de garage. Si ces jeunes musiciens frivoles adorent jouer fort, ils sont parfois romantiques malgré tout. On les retrouvait tout en douceur sur Retour au Noir. Se prenant pour Astérix, Simon Larose avalait une gorgée de miel pour se revigorer, oui oui vous avez bien compris. Zen Bamboo est aussi éclaté que fantastique, aussi déroutant qu’absurde. Larose nous racontait sa «première fois» sur Si c’est correct et c’est tellement accrocheur que je la connaissais par cœur. Une avalanche de garage-rock à prendre avec très peu de modération. Prédiction facile, on devrait les voir au FEQ l’an prochain.

(Gabriel Tremblay)

20 h 00 : Dans Brume

Dans Brume – Photo: Marion Desjardins

Si le groupe Dans Brume se définit comme étant « turboémergent » et qu’il avouait avoir joué pour la première fois devant autant de spectateurs samedi dernier, il n’en était pas moins impressionnant à écouter. Composé de cinq jeunes musiciens dont les compétences techniques ne sont pas à remettre en question, le groupe semblait déjà avoir cerné son propos. Visiblement campées dans l’esprit de la musique progressive, les compositions de Dans Brumes passaient avec fluidité du lyrisme au rock le plus intense en nous entraînant toujours vers des avenues insoupçonnées. À travers cette musique se transmettait toute une gamme de sentiments et de couleurs. C’est comme si le groupe Harmonium se réincarnait en notre temps et décidait de dépeindre nos réalités avec une musique de notre époque : plus dissonante, plus mélancolique, plus aliénée parfois, mais aussi très sensible, lumineuse et diversifiée.

(Marie-Ève Fortier)

Fou-Bar

18 h 00 : Mélodie Spear

Mélodie Spear – Photo: Marion Desjardins

Encore peu connue de la scène locale, Mélodie Spear a convaincu le Fou-Bar qu’elle avait sa place dans le milieu. La jeune femme a présenté des compositions tantôt rock, tantôt quasi punk ou bien encore des balades plus groovy qui nous rappelaient un peu Jean Leloup. Pour son jeune âge, j’ai été agréablement surpris par la qualité de ses textes et de ses chansons. La rockeuse aux cheveux rouges a une énergie du tonnerre en spectacle : elle est drôle, ses interventions sont bien punchées et on a même eu droit à de l’animation de camp de vacances! Je pense bien qu’on verra beaucoup plus de Mélodie Spear en ville cette année.

(Louis-Solem Pérot)

19 h 00 : Laura Babin

Laura Babin

On troque le parvis pour le Fou-Bar, l’instant d’un moment plus qu’intime en compagnie de Laura Babin. Une de mes belles découvertes hivernales, la Montréalaise est doté d’une voix chaleureusement langoureuse. Aux premières loges et littéralement sur la « scène », nous étions envoûtés par le folk-rock soigné de Laura. Fait intéressant, elle racontait que la première écriture de Water Buffalo a justement été réalisée sur la route d’Ho chi minh au Vietnam. Reconnaissante de l’opportunité, Laura a notamment remercié l’organisation du festival OFF et Lili, la propriétaire du fou-bar, avant que cette dernière passe la dime, question de soutenir Laura et ses musiciens. Une courte mais Ô combien charmante prestation surplombée par une excellent reprise de Nirvana.

(Gabriel Tremblay)

 

Complexe Méduse

DONDEPIANO au OFF

Jérémi Roy (basse, saz), Félix Petit(saxophone, voix), William Côté (batterie), Gabriel Godbout-Castonguay (claviers), Martín Rodríguez (guitare), Emilie Pompa (voix, percussions), Alex Dodier (clarinette basse), Simon Saint-Hillier (basse), Julia Blais (voix)

Dans le cadre du Festival OFF de Québec, le collectif montréalais DONDEPIANO a eu l’occasion de venir présenter trois de ses projets musicaux : Oblique, CHIENVOLER et FELP. Si chacun de ces groupes affichait ses couleurs propres, l’ensemble était doté de particularités qui sont fort intéressantes à souligner.

CHIENVOLER – Photo: Marion Desjardins

Tout d’abord, il est évident que les musiciens du collectif qui étaient présents au OFF cherchaient à explorer les possibilités qu’offre la technologie dans la maîtrise de leurs instruments. Batterie, clarinette basse ou clavier, les instruments qui n’étaient pas déjà assez électroniques se voyaient transfigurés sans discrimination par des effets variés. L’échantillonnage était utilisé abondamment dans les différents projets. Il ne serait pas exagéré de dire que le collectif DONDEPIANO (ou du moins cette partie du collectif) se spécialise ainsi dans la recherche de textures et de couleurs musicales : par la superposition de couches sonores, ils créent des ambiances à la fois saturées et irrésistibles où se développe leur musique.

Dans ce domaine, ces musiciens sont impressionnants: maîtres et possesseurs de la machine, ils ont développé une virtuosité sensible qui se déploie non pas dans la rapidité d’exécution, mais bien dans l’exercice de la nuance. Souvent plus de cinq sur scène, ils surprenaient chaque fois par leur symbiose et leur capacité, en tant qu’entité collective, à doser avec précision les tonalités et les rythmes pour venir créer ou détendre des tensions. Ces modulations fines, dans l’univers sonore riche des musiciens, avaient quelque chose de particulièrement envoûtant.

En terminant, on a remarqué que le groupe semblait se définir aussi par l’importance qu’il accorde à la dualité, au dialogue. Dans plusieurs formations, on comptait des paires : paire de choristes, paire de saxophones, paire de basses, paire de claviers. La batterie était unique au OFF, mais il arrivait que d’autres musiciens viennent se joindre au percussionniste. Parfois ces musiciens jouaient pratiquement à l’unisson – ce qui est rare en musique populaire – et parfois ils se complétaient en des contrepoints élaborés. Si cela était encore l’occasion pour les musiciens de pousser plus loin l’exploration des fines nuances, il me semble aussi qu’on peut y apercevoir une démarche artistique qui trouble les limites entre les individus. La meilleure image du collectif pourrait à ce titre être la guitare double de Martín Rodríguez : ce n’est pas seulement une guitare, mais ce ne sont pas deux guitares. Elles sont ensemble et séparées, c’est une sur-guitare.

(Marie-Ève Fortier)

21 h 30 : Oblique

 

Oblique – Photo: Marion Desjardins

Oblique était le premier membre du triumvirat musical de la tribu DONDEPIANO à se présenter. C’est le projet de Simon Saint-Hillier (bassiste), qui se démarque des deux autres par son groove. Le bassiste et les autres musiciens s’étaient installés en plein cœur du studio d’essai du complexe méduse. Les spectateurs, un peu timides au début, sont venus se masser tout autour. Rapidement, on s’est laissés porter par cette musique aussi intéressante sur le plan exploratoire qu’agréable à écouter. On pouvait parfois atteindre des pics d’intensité intéressants, comme sur Cinq Cent Quatre, mais l’on pouvait aussi plonger dans une langueur irrésistible sur des pièces telles que Baba. Ces deux titres figureront d’ailleurs sur le prochain album d’Oblique à paraître cet automne, comme la majorité des pièces jouées samedi dernier.

(Marie-Ève Fortier)

23 h 15 : CHIENVOLER

CHIENVOLER – Photo: Marion Desjardins

Quelque temps plus tard, une configuration différente d’à peu près les mêmes musiciens vint donner vie à CHIENVOLER, une bête mythique portée par les idées de Jérémi Roy (basse, divan saz). Dans ce projet aux influences diverses, l’exploration rencontre la prédominance des rythmes et de l’intensité. Les pièces présentent des univers sonores où les variations et les vibrations semblent faire écho à quelque chose de brut ou de primitif chez le spectateur, qui est pris malgré lui par cette musique. D’ailleurs, il était comique de remarquer que pendant les premières minutes du spectacle, le public semblait presque être en état de choc, figé. Ce n’est qu’au milieu de la performance que se sont déliées des mains, tapant allègrement sur les mesures ou à côté (on essayait de vous suivre, pour vrai). Une expérience hors du commun qui avait définitivement sa place au Festival OFF de Québec.

(Marie-Ève Fortier)

0 h 00 : Choses Sauvages

Choses Sauvages – Photo: Marion Desjardins

Choses sauvages a su réchauffer la foule comme il se doit samedi soir, aux alentours de minuit. Les six musiciens sur scène étaient bien concentrés que ce soit sur leur guitare, leur basse, leurs percussions ou leur claviers, pendant que les auditeurs dansaient comme jamais au rythme de cette musique envoûtante et sensuelle. Le chanteur du groupe, très charismatique et énergique, est même descendu de scène pour chanter en plein coeur du public. Impossible de ne pas embarquer dans sa folie, particulièrement au moment où il a décidé de faire exploser une bouteille de champagne, les jets se jetant à toute vitesse sur les corps en danse. J’ai particulièrement été charmée par les harmonies de voix, celles-ci se mélangeant à la perfection sur les airs plus rock, sans oublier la flûte traversière qui venait adoucir le rythme des compositions.

(Marilou Boutet)

1 h 00 : Boskorgï

Boskorgï – Photo: Marion Desjardins

Il incombait à Thomas B. Martin et Antoine Bordeleau de Boskorgï de terminer cette soirée forte en émotions avec leurs rythmes et leurs échantillons old school. Leurs pièces avaient le groove assumé et sale du funk, l’attitude du hip-hop ainsi que l’aspect répétitif et smooth de la musique lounge. Elles ont porté les spectateurs tout en douceur vers le petit matin, leur donnant de quoi planer après les grosses doses d’énergie reçues.

(Marie-Ève Fortier)