Malgré la température étouffante de ce jeudi, de nombreux spectateurs furent au rendez-vous pour les spectacles d’après-midi du Festival OFF de Québec. Ils ont été servis par une panoplie de groupes touchant à une variété de styles et qui, chacun à leur façon, ont présenté quelque chose d’original. En soirée, le Complexe Méduse (climatisé, dieu merci!) nous a ouvert ses portes pour une soirée tantôt introspective, tantôt explosive.

Fou-Bar

18 h : Mort rose

Mort Rose – Photo: Marion Desjardins

Les gars de Mort Rose étaient en forme pour leur spectacle au Fou-Bar. Comme à l’habitude, les spectacles du OFF au Fou-Bar offrent un contexte chaleureux et intime qui permet au public de se rapprocher des artistes aux bons soins des sympathiques employés de la place. Le quatuor de Montréal nous a présenté leur « rock-love » énergique et fébrile devant une foule timide, mais satisfaite. Dans leur musique, les gars nous envoyaient une bonne dose d’amour et de « shalalala » qui nous donnait envie de danser avec eux. Leur énergie contagieuse a permis de faire hocher bien des têtes, le seul mouvement de danse possible dans la chaleur accablante (même si le Fou-Bar s’est doté d’un climatiseur cette année. Bravo Lili!). Leur son en spectacle est très puissant avec un petit côté brute et garage, ce qui contraste un peu avec le côté plus léché de leurs enregistrements studios. Cette nuance apporte beaucoup à leur spectacle et je vous conseille vivement de les attraper la prochaine fois que la formation passe jouer près de chez vous.

(Louis-Solem Pérot)

Parvis Saint-Jean Baptiste

19 h : Hommage à Vashti Bunyan

Hommage à Vashti Bunyan – Photo : Marion Desjardins

Quand la programmation du OFF est sortie, je dois avouer que je ne connaissais pas du tout Vashti Bunyan, donc le titre du spectacle ne m’avais pas accroché. C’est lorsque j’ai pris connaissance du nom des musiciennes que j’ai commencé à m’y intéresser. La partie féminine de Chassepareil (Johannie Tremblay et Alexandrine Rodrigue) s’est alliée à Véronique Tremblay et Mélanie Venditti pour nous présenter un spectacle touchant qui rendait hommage à une femme méconnue de la culture populaire. La voix très 60’s de Véronique, le jeu d’alto impeccable de Mélanie, les flûtes de Johannie et la guitare folk d’Alexandrine nous ont transportés assez vite dans la campagne anglaise des années 60-70 auprès des Paul Simon et George Harrison.

Hommage à Vashti Bunyan – Photo : Marion Desjardins

J’ai beaucoup apprécié l’absence de percussions dans la formation, qui était composée d’un instrument harmonique et de trois éléments mélodiques. Les voix, les flûtes et l’alto semblaient chanter ensemble dans une communion presque parfaite pour donner l’impression d’une chorale ou d’un ensemble instrumental de la Renaissance. Merci beaucoup à ces musiciennes talentueuses de nous avoir touché et de nous avoir permis de découvrir une artiste incroyable dont je compte bien éplucher la discographie au courant des prochaines semaines.

(Louis-Solem Pérot)

20 h : Éli Doyon et la tempête

Éli Doyon et la Tempête – Photo : Marion Desjardins

La troupe d’Éli Doyon et la tempête s’est présentée sur scène juste à temps pour le coucher du soleil avec sa ribambelle d’instruments : batterie, xylophone, contrebasse, banjo, clarinette, guitare, trombones et cor. C’est cet arsenal orchestral qui permettait au groupe de donner vie aux compositions du chanteur, de véritables histoires se déroulant au fil des mesures. On y était transportés, que ce soit sur la rame du Métro Mont-Royal ou encore tout près des trains qui passent. Entre folk sale et musique à programme, le résultat musical était aussi captivant. Les mélodies étaient teintées d’influences variées qui coloraient d’autant plus le tout : musique espagnole, ska, gipsy, etc. On ne pouvait presque pas s’empêcher de taper des mains, s’arrêtant de temps à autre pour mieux écouter l’histoire. Pas étonnant que le groupe ait été applaudi chaleureusement à la fin de leur set !

(Marie-Ève Fortier)

21 h : ZOUZ

Zouz – Photo: Marion Desjardins

Le soir tombe, et la brise balaye nos cheveux. C’est le temps de plonger dans l’univers intense de ZOUZ, un trio de Montréal qui n’a pas peur de péter ses cordes de guitares et ses cymbales pour déployer leur énergie explosive. Accompagnés cette fois à la basse par Eliott Durocher (Mon Doux Saigneur) plutôt que par Étienne Dupré, David Marchand (guitare) et François Farouche (percussions) ont démontré qu’intensité et précision pouvaient marcher main dans la main – ou plutôt sauter sur le monde et leur asséner des coups de riffs tantôt élaborés, tantôt simplement puissants. À l’image du reste de leur musique, qui peut brusquement partir dans tous les sens à n’importe quel moment, la voix du guitariste flirtait avec les aiguës, s’écorchait soudainement dans les graves ou déchirait l’espace de ses cris. Le résultat était à la fois brut, surprenant et libérateur. La sortie de leur prochain maxi, dont ils ont joué plusieurs pièces, est définitivement à surveiller en septembre prochain.

(Marie-Ève Fortier)

 

Complexe Méduse

21h h 30 : Alexandra Lost

Alexandra Lost- Photo : Marion Desjardins

Avec son univers aux couleurs qui semblent nous attirer par une force étrange et hallucinante, Alexandra Lost a su faire planer une ambiance des plus magnétiques au complexe Méduse par une musique à la fois réfléchie, à la fois créative. Jane Ehrhardt au micro, c’est une voix semblant venue d’une autre planète qui se faisait entendre, allant dans des tons très mélancoliques, sombres et extraterrestres. Je dois l’avouer, j’aurais souhaité voir la chanteuse sortir de sa zone de confort pour aller explorer des notes plus hautes et plus longues. Ehrhardt restait dans le confort et, même si cette zone s’avérait forte intéressante et juste, j’ai gardé et garde encore une certaine curiosité face à jusqu’où sa voix aurait pu se rendre, cette dernière étant, selon moi, magnifique. Pour ce qui est de la guitare, c’est avec brio et talent que le guitariste a performé lors de quelques solos instrumentaux. On le sentait à sa place, bien droit en plein centre de la scène et les pieds fièrement plantés au sol. Armé d’une chemise jaune canari et d’une paire de lunettes fumées, c’est un personnage fort intéressant qu’il jouait et qui ajoutait une dimension très intéressante à l’univers du groupe (Vous avez reconnu Hugo Maltais). Au clavier, Simon Paradis aidait à créer un monde hypnotique et surréel qui se mélangeait à la perfection avec les autres sons. Sa créativité au clavier m’a frappée, ayant chercher des sons tantôt sombres et graves, tantôt des notes légères et saccadées qui s’entre mélangeaient. Ainsi, malgré une petite gêne et sécurité qui s’est fait ressentir sur scène, Alexandra Lost est probablement ma découverte de la soirée. Imposant, troublant et mystérieux, ce groupe reste définitivement à surveiller.

(Marilou Boutet)

22 h 15 : VINCENT

 

VINCENT. Photo : Nicolas Padovani

VINCENT montait pour la toute première fois sur scène jeudi dernier pour présenter son projet électro aux saveurs tendres et groovy. Il était accompagné par Laurence Gagné Fregeau, dont la voix claire et suave ponctuait les pièces, parfois entremêlée de celle de Vincent Roy. Le principal intéressé s’est montré à la fois fébrile et expressif, parvenant sans problème à attirer l’attention de tout un chacun à l’aide de ses mélodies, de ses beats et des projections qui les accompagnaient. Un véritable voyage doux et planant vers les écueils et les idylles de l’amour.

(Marie-Ève Fortier)

23 h : Palissade

 

Palissade. Photo : Nicolas Padovani

Palissade, mais qui sont-ils? Je me suis rendue hier soir au spectacle de ce groupe sans aucune idée de ce à quoi je m’attendais, ayant seulement entendu quelques commentaires positifs sur ce groupe évoquant d’abord le mystère selon le peu que je connaissais d’eux. Leur musique m’a fait planer, un peu à la manière d’Alexandra Lost de tout à l’heure, mais sur des harmonies beaucoup plus complexes. C’est un style post punk que j’ai découvert, style que j’ai trouvé fort intéressant, non seulement car nous n’en voyons pas souvent, mais également car il s’agit d’une formule parfaite pour un spectacle de nuit. J’ai trouvé les compositions très esthétiques et hypnotiques, beaucoup axées sur les synthétiseurs. La guitare était extrêmement bien maniée et on sentait les membres du groupe totalement plongés dans leur pensées, en symbiose avec la musique qu’ils s’efforçaient de faire vivre aux spectateurs. Seul point que je peux reprocher: il manquait de contact avec le public. J’adore voir des artistes totalement dans leur monde, mais j’aurais souhaité en connaître un peu plus des artistes présents, car leur musique étant particulière, il aurait pu être intéressant d’en savoir plus sur le sens des paroles ou sur le background derrière la création des titres. Je reste cependant agréablement surprise de Palissade, que je téléchargerai sans aucun doute dans mon baladeur afin d’en écouter plus régulièrement. 

(Marilou Boutet)

0 h : Anatole (spectacle carte blanche)

Anatole. Photo : Nicolas Padovani

On ne s’attendait à rien de moins que du spectaculaire pour la prestation carte blanche d’Anatole, et nous avons été plus que servis. Pour l’occasion, les musiciens affichaient un tout nouveau look pour le moins déstabilisant : tête rasée, troisième œil et jupes. La vedette est apparue quelque temps après ses disciples, affublée d’un somptueux costume conçu par Noémi Myriam Otis et d’un chandelier.

L’énergie n’est jamais redescendue au cours de l’aventure rocambolesque qui a suivi. Au début, Anatole nous livrait son nouveau message musical en parcourant la scène, la foule et les passerelles installées exprès pour lui, fidèle à la bête de scène qu’il est habituellement. Cette fois, il y avait même une panoplie d’accessoires à l’appui.

Anatole. Photo : Nicolas Padovani

Le spectacle allait de bon train, on allait atteindre un autre sommet sur la fameuse L.A. / Tu es des nôtres quand, tout à coup, le spectacle dut être interrompu par l’arrivée impromptue des Martyrs de Marde. «Vous êtes pas écœurés d’avoir du fun, bande de LARVES ? » Leur prédicateur nous rappelait l’apathie honteuse de notre existence tandis que Souffrance ligotait notre star. Pomme dans la bouche, ce dernier n’a pu qu’assister avec horreur à l’infâme Sado maso boulot dodo qui s’est terminée sur les cris possédés de Laurence Gauthier-Brown (Pure Carrière, VICTIME). Or, quelle ne fut pas notre surprise lorsqu’au dernier moment, Anatole réussit à reprendre le dessus sur ses tortionnaires et à les envoyer au tapis ! La soirée s’est donc poursuivie dans l’allégresse, après que plusieurs tensions aient pu être libérées autant sur scène que dans la foule. Ça dansait, ça chantait, et nous en avons redemandé encore. On l’a eu : Discollins en rappel.

(Marie-Ève Fortier)