Sommité internationale dans l’univers néo-classique, le pianiste islandais Ólafur Arnalds nous gratifie d’une première présence à Québec. Sa tournée All Strings Attached s’arrêtait donc au palais Montcalm ce jeudi, avant de faire escale à Montréal et New York les lendemain et surlendemain. Entre la trame sonore originale de la série Broadchurch, un album entièrement consacré à Chopin sous l’étiquette Deutsche Grammophon et des compositions comme For Now I am Winter et Island Songs, il a créé pas moins de 12 projets depuis son premier opus Eulogy for Evolution en 2007. Une délicate mais ô combien grandiose soirée en compagnie de musiciens distingués. Résumé de Gabriel en mots et de Marion en photos.

Nous avons été tellement subjugués par la prestation que trouver les mots justes pour cet article est une mission quasi impossible. Pour la première partie du concert, on constate que Manu Delago est un magicien, rien de moins.

Photo: Marion Desjardins

Entouré de trois hangs, dont un sur ses genoux, il fait résonner ses soucoupes métalliques avec un doigté d’orfèvre. Que ce soit du revers de la main, avec les doigts, le poing et même avec des baguettes, Delago exploite pleinement les variances possibles de ces mélodies peu communes. On a l’impression qu’il cache une troisième main tellement il manie bien ses instruments et réussit, avec si peu de notes, à créer une tonne d’ambiances différentes. Lorsque qu’il couvre les cavités de son hang central avec des peaux circulaires, la tonalité devient extrêmement grave. Il passe ensuite d’une aventure orientale exotique à une sombre marche nocturne teintée de soubresauts. Le percussionniste autrichien termine ce prélude avec la pièce Freeze, une des plus marquantes de son œuvre personnelle.

Suite à une courte entracte, les lumières s’éteignent, et Arnalds s’installe tranquillement derrière son piano central. Rejoint par son quatuor à cordes mené par Viktor Orri Arnason, Manu Delago retourne sur scène pour compléter la formation à la batterie. L’audience est captivée d’emblée alors que les douces mélodies au piano s’agencent parfaitement à celles des trois violons et violoncelle. Une présentation loufoque et une prise de chants communs plus tard, le sextuor poursuit avec Unfold, morceau récent à la fois paisible et d’une constante tristesse. La sombre lueur laissée par l’éclairage tamisé de la scène accentue cette tranquillité jusque dans les hauteurs de la salle.

Photo : Marion Desjardins

Après avoir annoncé la sortie du prochain album pour la fin août, Arnalds touche à ses clavier pour la première fois du spectacle, ajoutant une touche électronique atmosphérique. Une courte pause suit, et les projecteurs se tournent vers Arnason. Livrant un solo de violon magistrale, le violoniste nous envoûte complètement de par ses mouvements d’archet saccadés mais si justes. Ils enchaînent avec Near Lights, composition remarquée de son œuvre où la lumière imaginaire s’illumine au terme d’une escalade de violons. Les six membres sont en parfaite harmonie, et on le ressent par la justesse de leurs mélodies.

 

Au courant du spectacle, Ólafur Arnalds nous dévoile le fait que sa grand-mère le « forçait » à écouter Chopin à une époque où il voulait seulement écouter du punk rock. Il se remémore aussi les premières compos qu’il a écrit à l’adolescence lors de son passage à Halifax. D’ailleurs, une des ces pièces (3055), fait office de finale alors que le concert tirait à sa fin. Une longue ovation plus tard, notre charmant scandinave retourne seul au piano et offre un hommage touchant à sa grand-mère. Devant une salle comble et un public comblé, il est visiblement touché de l’accueil qu’on lui avait réservé.
Des retrouvailles sont à prévoir dans les prochaines années, ou à l’automne, espérons-le!

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