L’air salin du village de Tadoussac s’est imprégné d’une frénésie douce et d’un esprit communautaire pour les quelques jours de son trente-cinquième festival de la chanson. Récit des premiers moments qui, on le sent, auront marqué plusieurs esprits.

Les Trois Accords

Elle s’appelait Serge et ils s’appelaient Les Trois Accords : en ce spectacle d’ouverture du festival, je crois pouvoir déjà dire que ce que le groupe nous a présenté lors de cette première soirée restera dans les meilleurs moments de ces quatre jours de festivité.

Alors que s’entremêlaient autant les plus jeunes comme les plus vieux à travers la foule de groupies, rarement aie-je vécu un spectacle autant axé sur l’esprit de communauté, chaque chanson livrée était accueillie avec des sifflements et des verres de bière levés bien haut comme pour démontrer la fête qui s’emparait des esprits des auditeurs.

Les Trois Accords – Photo : Jay Kearney/FCT

En tout cas, une chose est sûre, j’ai eu ben du fun. Je ne sais pas ce qui va me marquer le plus longtemps, peut-être l’énergique femme âgée avec qui j’ai dansé sur J’aime ta grand-mère ou le toupet du chanteur du groupe qui ne cessait de partir en cavale à chaque note de guitare, mais la performance reste des plus divertissantes de celles auxquelles j’ai assistées. Non seulement me suis-je rendue compte que chacune des compositions des Trois Accords avaient un jour ou l’autre été le hit du moment, mais aussi ai-je noté que le groupe livrait de solides performances devant public. Constante intensité aux instruments et passion dans la voix au micro, le plaisir qu’ils avaient à être sur scène se transposait en une solide énergie de foule.

Mention spéciale à l’éclairagiste qui, impossible de ne pas en parler, a fait un excellent boulot en donnant des tableaux uniques et créatifs pour chacune des chansons jouées. Déjà le décor était-il marquant par le simple fait que la performance s’est déroulée dans une église, mais les couleurs de l’éclairage ajoutaient en plus une touche grandiose à ce que nous voyions. C’est un ptit moment magique que la foule a vécu ce jeudi, et je crois qu’il en est de même pour les quatre artistes formant le groupe qui, nous l’avons vu par leurs chandails trempés d’une sueur passionnée à la fin de cette heure de spectacle, ont tout donné pour former un souvenir chaleureux à toutes les personnes présentes avec eux. (Marilou Boutet)

 

Le Winston Band

Il est vingt-deux heures quinze pis ici, on voit les étoiles. Au loin, derrière une auberge de jeunesse, résonnent quelques notes d’accordéon et de guitare électrique, mélangées à des bribes de conversations, des rires…

On avait gambadé sur la plage, on était affamées, on venait de monter une tente pour la première fois. Rien, pas même un immense café, n’aurait pu nous donner l’énergie nécessaire pour passer à travers la nuit. Du moins, c’est ce qu’on croyait.

C’était une mission pour le Winston Band.

N’hésitant pas à présenter leurs compositions originales  tout autant que les chansons que nos grand-mères chantaient autour du feu, cette formation surprenante nous a tout de suite séduites.

Le Winston Band – Photo : Jay Kearney/FCT

Colorés, leurs titres rappellent la musique créole de la Nouvelle-Orléans, les soirées canadiennes et le reggae criant et chaleureux des Colocs.

Sur scène, le groupe originaire de Sault-au-Récollet est vivant. Il danse du début à la fin, ça tourne, ça sautille. Les musiciens sont habités d’une énergie vibrante qui a vite fait de s’éparpiller au cœur de la foule.

Antoine Larocque, à la tête du petit groupe, étire son accordéon et chante, le visage plein d’émotion. Andrew Duquette-Boyte, derrière son frottoir, a les pupilles brillantes, la voix haute et comique. Antoine Fallu, à droite, baigne dans les éclairages roses et rouges, un sourire radieux et pétillants collé aux lèvres. L’époque du bassiste ténébreux est révolue.

Lorsqu’ils s’adressent au public, ils le font ensemble, prennent la parole chacun leur tour. Unis. On voudrait tendre la main vers eux pour les emmener danser avec nous. Les robes tournent, les cheveux flottent dans l’air chaud de la nuit. Qui aurait cru qu’un mosh pit sur « La Bastringue » c’était possible?

Le Winston Band sait rendre la musique traditionnelle actuelle : métissée, fluide et ensoleillée. Leurs airs donnent l’impression magnifique d’appartenir à quelque chose de plus grand que soi, pis je parle pas juste de la foule qui dansait pieds nus sur un sol rocailleux, trop heureux pour avoir mal aux orteils, je parle pas juste d’un village plein d’amour le temps d’une couple de tounes, non, je parle du sentiment d’appartenir à la culture d’une nation qui sait traverser les âges à travers le rythme et le rire.

C’est pas tout le monde qui est capable de transmettre ce genre de choses. D’ailleurs je doute d’être capable de te le transmettre avec des mots, tellement c’est beau.

À la fin du spectacle, toutes les cellules de nos corps respirent à l’unisson l’air salin d’un village brumeux qui semble s’être gorgé d’une frénésie collective. J’ai peine à croire que ce n’est que le début du festival et que de beaux moments comme ça, il y en aura encore plein.

Difficile de patienter jusqu’à demain soir, minuit, pour retrouver le Winston Band qui donnera une deuxième prestation. (Aglaé Brown)

Bleu Jeans Bleu

Bleu Jeans Bleu nous a gâté all dress en cette première nuit du festival. Alors que je me demandais comment j’allais réussir à rester éveillée jusqu’au spectacle à minuit après la folle journée que je venais de vivre, je dois avouer qu’il m’a été difficile de rester fatiguée en entendant les chansons abordant tantôt l’histoire d’un homme-sandwich en collant, tantôt celle d’un gars embarré à l’extérieur de son automobile dans un parking de centre d’achats.

Le style de composition me faisant penser à celui des Trois Accords, j’étais contente de retrouver encore une fois le côté humoristique de la musique à travers ce groupe que j’appréciais déjà beaucoup. J’écoutais déjà de leur musique mais sans pour autant les avoir vu performer sur scène, et je dois dire que j’ai vraiment été charmée par ce groupe composé de quatre artistes.

Bleu Jeans Bleu – Photo : Jay Kearney/FCT

À première écoute j’avais l’impression que leur style musical n’était qu’axé sur l’humour, mais j’ai pu constater lors de cette soirée que, derrière cet air comique que nous envoient ces quatre personnages de cowboys vêtus de jeans, se cachent des mélodies franchement belles et émouvantes.

La voix du chanteur m’a complètement jetée par terre, étant capable d’aller chercher à la fois des notes basses comme des assez hautes, sous des airs folkloriques à l’image du groupe. Nul doute qu’ils ont le sens du spectacle et, même s’il ne s’agissait pas de la plus grosse foule du festival, cette dernière dansait sans pareil, les corps continuant de se réchauffer malgré la tombée de la nuit. La connexion entre les artistes sur scène se faisait ressentir et c’est sans nul doute la raison première pour laquelle le public a tant apprécié ce moment d’intimité avec eux. Ils sont sur une belle lancée pour le spectacle qui les attend le lendemain, l’impression qu’ils nous ont laissé se traduisant par des corps dansant des slows, des rires sur les paroles que tous se demandaient “comment ils ont ben pu penser à écrire ça?!” et une admiration face à la beauté des solos de guitare. À demain Bleu Jeans Bleu! (Marilou Boutet)

La folie du début du festival nous a définitivement atteintes. Les trois spectacles auxquels nous avons assisté – en plus d’être des moments riches en émotion – ont été de superbes découvertes musicales. On a hâte de voir la suite.Tadoussac, t’es pas prêt!