Demi Portion – Photos : Léa-Ly Roussel

251, rue Dorchester, 21 h – Maintenant plus d’une heure que je poireaute sur la terrasse récemment ouverte de l’Anti. À l’extérieur du bar, la température est fraîche; il y règne des effluves végétales mélangées à l’odeur du tabac. Attendant que les complications techniques ayant coûté la soirée à l’artiste Velozo se règlent, ceux et celles présents depuis déjà un bon moment commencent à trépigner, mais malgré tout, le public demeure fébrile. Ce soir, la programmation s’annonce haute en couleur, puisque quatre rappeurs s’échangeront le micro l’un après l’autre, et ce, tous sous la même bannière, la même langue : le français.
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Il est maintenant 21 h 30, et les portes s’ouvrent. Une trentaine de personnes sont réunies à l’intérieur, et un jeune rappeur du nom de Nayka met les pieds sur scène accompagné de son hypeman Jinx313 et de son DJ, Eddy L. Cherry. Malgré la sortie très récente de son premier EP, le Québécois, originaire de France, a déjà réussi à conquérir l’oreille de plusieurs, puisque dès sa première chanson, les amateurs de hip-hop stationnés en avant-scène scandent ses paroles à tue-tête.

Marginal, il se distingue par ses pistes musicales alternatives et son lyrisme abordable à mi-chemin entre le romantisme et le langage de la rue. Le chanteur a tôt fait de réchauffer la foule, et après quelques-unes de ses compositions, il a passé le relais à un invité spécial de la soirée, soit Mahu des Frères d’Ombres.

Rap conscient crachant dans les haut-parleurs de l’Anti, le rappeur de Rimouski surfe sur la vibe du moment le temps d’une courte apparition, puis s’efface pour l’intermède musical entre Nayka et le prochain artiste, Emsidem.

Un duo drum pad et basse, ça semble original a priori, mais ce soir, ce n’est pas de taille comparativement à la bonne vieille console de disc jockey et au Mac de son prédécesseur. Le belgo-algérien Emsidem propose un style engagé, qui rappelle vaguement les années Dubmatique, mais sans éclat particulier. Visiblement, la foule d’une trentaine de personnes est étrangère au rappeur et se tient plutôt tranquille, délaissant l’ambiance bouncy pour quelques hochements de tête et une pause clope.

Même scénario en ce qui a trait au rappeur subséquent qui embarque sur scène, et pour décrire mon expérience, je me contenterai d’un seul mot qui devrait assez bien résumer la situation : auto-tune. Désolé, Monsieur Le Chef, mais mes oreilles en sillent encore. Après deux artistes laissant la foule sur sa faim, l’Anti a le ventre vide et se prépare pour le plat de résistance.

Tel un superhéros, Demi Portion empoigne le micro et salue Québec.

Fraîchement arrivé de la France, le marocain ayant récemment sorti son cinquième album s’est dit très heureux de pouvoir enfin venir se donner en spectacle ici, en Amérique du Nord. À le voir le sourire aux lèvres et le cœur gros, on n’a pas le choix d’avoir envie de se convertir à son enthousiasme contagieux, qui rapidement se propage à tous ceux présents dans le bar-spectacle. Accompagné de DJ Rolex, un as des tables tournantes, le rappeur a réussi à rallumer les braises qui s’étaient éteintes, enflammant la salle avec son flow ardent et flegmatique. Succès après succès, on pouvait sentir la température monter en flèche alors que la foule s’agrandissait au même rythme que le débit de parole de l’artiste. Fini les amateurs; Demi Portion, c’est du calibre professionnel, et nul besoin d’artifices pour éblouir la foule.

Un micro, du son, et un sens rythmique du tonnerre, c’est tout ce que ça lui prend pour charmer le public, qui n’a cessé de redemander d’autres morceaux à la fin du set de l’artiste. Sous les encouragements et les applaudissements des spectateurs, celui-ci ne s’est pas contenté de faire un rappel, mais a débordé en livrant plus de cinq chansons, se donnant corps et âme pour une foule qui aurait continué à bouncer sur les mots d’un superhéros pendant des heures et des heures.