1049, 3e avenue – Samedi dernier, aux environs de 21h30, une odeur charmante et nébuleuse d’émergence s’échappait des entrailles du bar à la trentaine de sièges qu’est le Bal du Lézard. Parmi ce brouhaha assourdissant et les visages inconnus qui jouaient le rôle de foule, s’élevait distinctement, du fond des limbes, une voix féminine alliant mélancolie et ivresse de vivre.

Mélodie Spear

Mélodie Spear, gagnante des finales locales de Cégep en Spectacle de l’an dernier, est blottie dans le coin gauche du bar, micro en main. Sous les applaudissements et les encouragements de ceux -mais surtout de celles- présent(e)s sur place-, l’artiste prononce quelques mots, puis entame la soirée. Peu à peu, le tintamarre des conversations s’estompe et fait de l’espace à l’artiste, qui sans trop de difficulté parvient à capturer l’oreille des inattentifs.

Tantôt grave, tantôt aigu, l’interprète s’amuse, laissant ses cordes vocales dériver au gré de sa mélodie poétique. Armée de son instrument, elle danse une tendre valse entre dissonance et justesse, et par dissonance, ce dangereux mot qui fait peur à bien des mélomanes, je n’entends pas dire que sa voix n’est pas harmonieuse, c’est tout le contraire.

En fait, à mon avis, c’est ce trait en particulier qui transparaît le plus chez elle, ce désir de l’imperfection, cette voix tempétueuse, prête à éclater à tout moment, qui lorsque vous vous y attendez le moins, se déchaîne et frappe vos tympans de plein fouet. Au programme, cinq de ses compositions qui, à l’image d’un roman, nous transportent à travers ses épopées romantiques. 

Quoique de courte durée, soit d’une trentaine de minutes, sa présence sur scène demeure suffisante pour captiver la foule (et moi-même) qui, maintenant réchauffée, est fin prête à accueillir la tête d’affiche de la soirée : deux filles aux personnalités éclatées et à la musique qui l’est tout autant, j’ai nommé Rose & Marjo.

Rosemary Mc-Comeau & Marjorie Pedneault

 

Dès leur entrée sur scène, ce qui saute aux yeux, c’est la singularité détonante des deux artistes qui, à première allure, entrent en conflit, mais qui une fois réunies forment un tout qui se complète étrangement bien, un peu à l’image du yin et du yang.

Rose, avec sa prestance, sa longue chevelure, son sourire étincelant et sa robe blanche à motifs nous fredonne des compositions en français à saveur humoristique qui sont lourdes de sens. Tandis que Marjo, elle, avec sa chemise noire fleurie, son allure tomboy et son attitude plus effacée que sa camarade, nous propose des œuvres planantes majoritairement anglaises à la sonorité indie et alternative. Un beau mélange hétéroclite qui, l’apprendrai-je au fil de la soirée, s’unit surprenamment bien à travers la musique folk/pop et le féminisme.

Célébrer la place des femmes au sein du domaine de la musique à travers ce simple et merveilleux principe qu’est le « vivre & laisser vivre », voilà leur mandat en tant qu’artistes.

Que ce soit avec la chanson Appelez-moi Georges de Rosemary Mc-Comeau (Rose), qui aborde le sujet de la transsexualité, l’image de soi et les normes sociétales… Que ce soit encore avec la chanson My Room de Marjorie Pedneault (Marjo), portant sur ce sanctuaire, cette pièce qui nous est propre, où les réflexions existentielles vont de bon train… Ce « duo pas duo », avec leur sens du rythme, leur prestance sur scène, leurs capsules humoristiques et leur sonorité folk a assurément tout ce qu’il faut pour faire passer aux amateurs de nouvelles sonorités une soirée des plus agréables.

DEVINETTE : L’une possède une portée claire, perçante et vibrante, tandis que l’autre joue dans les basses et le soul avec sa voix lourde et rassurante, mais à qui donc appartient chacune de ses voix ? Rose ou Marjo ?

PROCHAIN SPECTACLE de Mélodie Spear :
→ Samedi, le 7 juillet prochain, à 18 h, au Fou-Bar [525 rue Saint-Jean, Québec]

PROCHAIN SPECTACLE de Rose & Marjo :
→ Samedi, le 9 juin prochain, au Festivulve (LOFT HÔTEL, 334 Terrasse Saint-Denis, Montréal)