En ce jour du seigneur, le soleil brillait enfin sur Sainte-Thérèse. À notre arrivée sur la rue Blainville, Gabrielle Godon et Emma Beko – alias Hearstreets – rayonnaient sur la scène extérieure. Le deux chanteuse/MC’s unissaient à merveille leurs voix chaudes sur des beats R&B/Soul. Elles scandaient une révolte et «sortaient le méchant» sur How I Got Over. «J’ai toujours voulu sauter dans une foule… Ça se passera pas aujourd’hui», ont-elles lancé à la blague en regardant l’énorme pit photo qui les séparaient du publicMalgré tout, Emma a traversé la foule sur Cruising With You. Sans doute une belle découverte pour plusieurs amateurs de hip-hop s’étant déplacés spécialement pour la journée.

Gabriel Tremblay

15h00 pop-up Telus au 10, rue Saint-Charles

On s’attendait bien à voir la frimousse d’Hubert Lenoir apparaître au 10, rue Saint-Charles lorsqu’on nous a dit que l’indice du spectacle surprise, c’était « fille de personne ». Cependant, on a constaté avec plaisir qu’ils avaient aussi fait de la place pour tous ses musiciens sur le perron de la maison d’allure patrimoniale qui servait de scène. Ils étaient tous installés sur le long, tout comme les spectateurs qui s’entassaient progressivement sur les trottoirs, sous le soleil. Spectacle horizontal.

Ensemble, les musiciens ont donné une prestation énergique. Si le public a certainement été marqué par l’audace d’Hubert alors qu’il interceptait les voitures au son de Ton hôtel, nous avons aussi eu droit à une très belle Si on s’y mettait, qui a su charmer même les baby-boomers et autres locaux assistant au spectacle. Je n’ai vu personne de choqué. Seulement des sourires et une performance à faire venir l’été un vingt et un de mai.

Marie-Ève Fortier

 

Scène extérieure: Mount Kimbie, Dead Obies, LOUD

Alors qu’on annonçait une prestation surprise d’Hubert Lenoir, je suis resté fidèle aux Londoniens malgré le dilemme déchirant. L’électro-progressif du quatuor semblait méconnu de ce public majoritairement juvénile, arrivé tôt pour Dead Obies. La scène mise en place pour les Anglais était un véritable magasin de musique électronique aux multiples synthétiseurs et drum machines. Après de longues cadences de Drum & Bass, on a été subjugués par la voix profonde et éthérée de Dominic Maker sur You Look Certain. Ma simple relation audio avec Mount Kimbie me laissait parfois dubitatif et cette performance m’a pleinement réconcilié pleinement avec leurs sons. En clôture, l’entraînante Made to Stray a réuni quelques initiés qui ont chanté le refrain.

 

Dead Obies – Photo: Julien Gagnon

«Ton boy Yes s’est flex» – Snail Kid

Version réduite ou améliorée, le Five-O de Dead Obies est arrivé sur scène avec une nouvelle formule flamboyante. Mis à part le nouveau « banger » Break, VNCE a également troqué le dj booth pour son micro et chanté un nouveau morceau. Les gars semblaient plus soudés que jamais et la cohésion était toujours aussi forte qu’avant, sinon plus.

Moi pi mes homies n’avons pas attendu très longtemps pour mettre de la monnaie dans nos mains. Avec ce Lil $, on portait le chapeau sur Where they @, s’achetait des feux d’artifices en guise d’Explosif tout en espérant ne pas se briser les poignets à la Tony Hawk. Un retour triomphant pour le populaire collectif hip-hop de la rive-sud montréalaise.

Gabriel Tremblay

Crédit photo – Julien Gagnon

En accompagnant Gabriel à la scène extérieure dimanche, j’ai réalisé que j’avais encore beaucoup à découvrir du monde du rap québécois. Déjà, au moins, j’ai pu être initiée à la musique de LOUD et de son beatmaker, Ajust. J’ai d’emblée été étonnée par le flow tantôt fluide, tantôt brut du rappeur, qui parvenait d’ailleurs à remplir l’espace de la grande scène avec sa présence et son dynamisme. Les rythmes étaient bien sûr accrocheurs et rassembleurs, autant que les paroles scandées par bon nombre de spectateurs. Paroles qui, finalement, étaient remplies de sens et de références recherchées.

Marie-Ève Fortier

Est-ce que vous avez déjà eu le sentiment de connaitre un artiste si bien que vous pouviez en prédire le setlist? Simon Cliche-Trudeau est « l’heureux » élu dans mon cas. Préalablement prévu pour minuit, son spectacle à 19h en a réjouit plus d’un. LOUD a joué de nombreux morceaux de son Année Record, en commençant comme à l’habitude avec la percutante So Far So Good et terminant avec l’hymne incontestée du EP New Phone, 56K. Impeccable et soignée comme à l’habitude, le seul bémol flagrant de la prestation est l’absence de Lary Kidd et 20some sur l’intense On My Life. Malgré la proximité géographique des deux mc’s, on ne pouvait pas non plus se plaindre le ventre plein.

Gabriel Tremblay

Bar le Saint-Graal: Laurence-Anne, Mon Doux Saigneur, Dave Chose

Après une bonne dose de soleil, c’était satisfaisant de se retrouver entre les murs du sympathique Saint-Graal, lieu sombre, mais charmant où la bière au cassis côtoyait l’odeur des nachos. Sur scène, Laurence-Anne se préparait à commencer. La salle était pleine sans que ça en soit désagréable. Les musiciens, qui étaient au nombre de six, étaient presque plus serrés que nous!

L’an dernier, au Festival de la Chanson de Tadoussac, on avait déjà pu entendre l’auteure-compositrice-interprète en formule duo avec Naomie De Lorimier. Or, si on retrouvait encore la beauté étrange de ses mélodies dimanche dernier, on ne peut pas dire que le reste ait été comparable à la performance précédente. D’une part, les musiciens boostaient sa pop mystère en lui donnant une bonne dose de groove psychédélique. D’autre part, les nouvelles compositions de Laurence-Anne semblaient elles aussi avoir pris du galon. C’est en tout cas l’impression que nous a laissée C’est un virus, pièce qui a clôturé le spectacle et qui a répandu dans l’auditoire un enthousiasme contagieux.

Ce fut alors au tour de Mon Doux Saigneur de s’installer. Qu’on s’étonne ou pas, Etienne Côté et David Marchand, qui jouaient avec Laurence-Anne, ont repris d’autres instruments pour accompagner Emerik St-Cyr Labbé. Malgré le feedback, l’ensemble est parvenu à donner vie aux compositions du guitariste/chanteur qui semble se plaire à les jouer chaque fois un peu différemment. Cette fois, les sonorités rock et country dominaient, notamment à travers les lignes de pedal steel de Marchand ou les effets guitaristiques d’Emerick St-Cyr Labbé. Entre les vieilles chansons, on en a entendu de nouvelles, comme Tempérance et son rock plus ensoleillé ou encore Traîne Marie et son reggae-folk dansant. Difficile, en même temps, de mettre des mots sur cette musique qu’on aurait dit pleine de reflets et d’énergie contenue.

 

Dave Chose a pris le relais et d’emblée, j’ai pu être impressionnée par la puissance et la justesse de sa voix. Cette voix nous racontait le quotidien de Dave Chose, un quotidien allant du banal au grotesque, mais sous lequel perçaient toujours des émotions et un vécu plus profonds. Cette alliance du tragi-comique était solidement soutenue par un rock aux contours parfois grunge, parfois blues. En somme, ce fut une belle découverte en plus d’être une expérience chaleureuse, le chanteur ne manquant pas de s’entretenir avec le public – parfois même au beau milieu de ses tounes!

Marie-Ève Fortier

Cha Char Bar : Loïc April, Lydia Képinski

Quelle belle découverte ce Loïc April! Dans un minuscule Cha Cha aux allures de fourmilière, ce jeune rocker aux influences punk-alternatives nous en a mis plein la gueule. Guitariste hors-pair, ses morceaux comme Fleurs De Violence ou Fais De Ma Tête Ton Jouet laissaient planer une ambiance fortement inspirée par Malajube. Ses courts spasmes vocaux où il crie tel un chanteur screamo sont particulièrement impressionnants. Que vous soyez amateurs de power ballads ou de lourdes pièces garage qui parlent d’architecture et de one night stands, Loïc April saura répondre à vos attentes. Une carrière prometteuse est à prévoir pour ce jeune auteur-compositeur métropolitain.

Le vendredi soir, elle lançait la phrase «on choque qui pour vrai?» au micro de Rebecca Makonnen. Je vois mal comment on pouvait être choqués devant les lumineuses mélodies de Lydia Képinski. Elle est puissante, énergique et presque angélique par moments. Nous invitant initialement à emprunter Les routes indolores et à voler comme le condor, Képinski nous a rendus les cités d’or plus attrayantes que jamais. Sans exagération, j’étais totalement hypnotisé par sa voix astrale, et ce du début à la fin. Si les spectateurs n’avaient pas déjà le refrain de Premier Juin de coincé dans la tête comme moi, ils l’avaient certainement au terme de son heure musicale. Je ne sais pas à quoi ressemble un concert au paradis, mais les ambiances crées par Blaise Borboën Léonard, qu’elles soient aux claviers ou au violon, avaient définitivement un brin de divinité. J’ai entendu dire que le petit-jésus promène son chien au parc Belmont.

Gabriel Tremblay

Église Sainte-Thérèse d’Avila: La messe transfigurée

Crédit photo – Julien Gagnon

Quoi de mieux pour terminer notre épopée au festival de Santa Teresa que la superbe messe transfigurée orchestrée par Klô Pelgag ? On ne pouvait s’attendre qu’à du grandiose de la part de celle qui se soucie toujours de divertir son public, et nous n’avons pas été déçus. Serrés en rangs d’oignons sur les bancs d’une église imposante, nous avons d’abord assisté à la procession des musiciens costumés vers le chœur. Ensuite, le maître de cérémonie – nul autre que VioleTT Pi – nous a subjugués avec son discours abracadabrant dénonçant la méga industrie musicale à travers un brillant pardon.

Klô Pelgag a entamé la messe seule au piano à queue avec Samedi soir à la violence, puis elle enchaîné avec Le sexe des étoiles, cette fois accompagnée par les horn stars. Le son de sa voix qui résonnait dans l’église en se répercutant sur les grands murs de pierre donnait un effet unique et d’autant plus vibrant à ses compositions. VioleTT Pi l’a ensuite rejoint une fois de plus sur scène pour interpréter Labyrinthite, un moment frissonnant où sa voix se mêlait aux doux accompagnements de Klô.

Il faut aussi souligner la présence du théréministe Aleks Schurmer, qui ajoutait une touche magique à la musique de l’ensemble. Il a notamment interprété un impressionnant duo avec Pelgag au piano sur Musée Grévin. Et il y eut probablement bien d’autres moments magiques dans cette messe transfigurée, mais les douze coups de minuit avaient commencé à sonner et ça annonçait tristement pour nous l’heure du dernier carrosse vers la métropole. On a quitté la messe la tête pleine de rêves, sans doute beaucoup plus satisfaits que ceux qui, près de la scène extérieure, attendaient encore Lil Uzi Vert.

Gabriel et Marie-Ève