Hier, Gabriel et moi nous découvrions pour la première fois la petite ville de Sainte-Thérèse dans le cadre du festival Santa Teresa. Reconnue habituellement pour sa population estudiantine, puisqu’elle héberge le cégep Lionel-Groulx, Sainte-Thérèse s’était alors habillée de ses plus belles installations pour accueillir les nombreux festivaliers en tous genres.

Festival Santa Teresa – Photo : Julien Gagnon

Simplement en déambulant dans la zone aménagée pour Santa Teresa, on pouvait pressentir l’ambiance décontractée du festival. La rue bordée de bars et de petits commerces était aussi agrémentée de nombreux chilling spots et de kiosques pour nous sustenter. Au fond d’une ruelle, on avait même aménagé une arcade extérieure, où Gabriel et moi avons pu mener une féroce compétition de dance dance revolution (j’ai gagné). On en oubliait presque les gardiens de sécurité et les quelques clôtures qui délimitaient le site.

Après avoir dégusté une bonne dose de gelato de chez Blu!, on s’est dirigés vers la zone Radio-Canada, où commençait tout juste l’émission de radio en direct On dira ce qu’on voudra.

Marie-Ève Fortier

19h30 On dira ce qu’on voudra

Dirigée par l’animatrice Rebecca Makonnen, l’émission quotidienne de 30 minutes aura lieu à Sainte-Thérèse pendant tout le festival. Vendredi, au menu, il y a eu une chronique disques spécial Santa Teresa, qui nous enjoignait à découvrir des artistes comme Anatole (le connaissez-vous, par hasard, chers lecteurs?) ou encore Ryan Playground. S’en est suivi une ode charmante à la ville même de Sainte-Thérèse par la dramaturge Sarah Berthiaume. Quoi de mieux pour découvrir cet endroit avec humour et sensibilité?

En terminant, Lydia Képinski et Hubert Lenoir ont pris le micro pour un échange parfois quelque peu houleux. Eh bien de la houle, c’est normal quand on essaie de faire rentrer dans 10 minutes d’émission planifiée la verve de ces deux artistes effervescents et révoltés. Entre les questions de la révolution générationnelle et de l’authenticité, ils ont bien pris le temps d’envoyer chier les baby-boomers et Sophie Durocher, au plus grand déplaisir de l’animatrice.

Marie-Ève Fortier

20h00 Stars

Stars – Photo : Max Messier

Les étoiles torontoises entamaient ce Santa Teresa 2018 à bord d’un immense bus noir converti en scène extérieure. La rue Blainville était encore peu encombrée lorsque les six vétérans ont commencé leur prestation. La pop-rock énergique menée par Torquil Campbell et Amy Millan était parfois teintée de New Wave, parfois d’électro. Confortables, ils combinaient et alternaient leurs voix sur plusieurs morceaux indie de leurs anciennes galettes comme One More Night et Don’t Be Afraid to Sing. Ma collègue Marie-Ève a décrit le style comme étant du «rock télévisuel», alors qu’on s’imaginait facilement la trame sonore de One Three Hill pendant le spectacle. Prévisibles et simplistes musicalement, leurs pièces dream-pop comme No One is Lost captivaient définitivement plus l’intérêt du public que les autres titres plus rock. L’Amalgame entre plusieurs courants populaires que nous offrait Stars n’était pas sans rappeler les Bon Jovi de ce monde.

Gabriel Tremblay

Pendant que Safia Nolin chantait avec Feist, nous, on visitait de petits bars de quartiers. Et croyez-nous, ce n’est pas l’ambiance qui manquait là-bas. De mon côté, j’ai d’abord mis les pieds au Cha Cha Bar, lieu très intime où les machines à sous côtoient les murs de bois comme les habitués se mêlaient la faune festivalière colorée.

Marie-Ève Fortier

Cha Cha Bar : Nicolet, Choses Sauvages, Chocolat

Nicolet – Photo : Max Messier

Le Cha Cha Bar s’est rapidement rempli à la fin du spectacle de Stars, juste à temps pour la prestation à la fois planante et rythmée de Nicolet. Ponctuées de lignes de claviers typiquement new wave, les compositions du chanteur et guitariste Etienne Hamel avaient aussi des allures de grande chanson francophone, comme si Charlebois et Indochine s’étaient hybridés au creux de sa voix expressive. Une musique pop remplie de présence, soutenue par de bons musiciens et qui en a fait sautiller plus d’un.

Les membres de Choses Sauvages se sont entassés sur le petit espace qui servait de scène tandis que le reste de la petite salle se comblait de spectateurs. Toute cette proximité n’a pas empêché les premiers de donner un spectacle dynamique et senti alors que les seconds dansaient et sautaient comme des fous. C’est toujours l’effet que cause l’irrésistible musique – et présence scénique – de ce groupe de Montréal, dont le groove n’est plus à remettre en question. Le public a d’ailleurs redoublé d’énergie en entendant les deux extraits du prochain album à venir, Ariane et l’Épave Trouée.

Marie-Ève Fortier

L’expression «plein à craquer» est faible pour décrire l’état du Cha Cha Bar pendant la transition entre Choses Sauvages et Chocolat. Jimmy Hunt et ses chocolatiers ont littéralement fait craqué le plancher de l’Hôtel-Bar. Des moshpits à profusion et une multitude de body-surfers se sont déchaînés au son des longs jams progressifs et psychédéliques du band montréalais. Toujours en parfaite harmonie, les gars semblent tellement paisibles mais sonnent comme une tonne de brique.

 

Ah ouin j’oubliais, l’ambiance était complètement débile !

Gabriel Tremblay

 

Montecristo : Gazoline, Anatole, The Messthetics

Crade mais ô combien charmant, le Montecristo recevait Gazoline, véhicule à cinq passagers conduit à grands coups de pédales par Xavier Dufour-Thériault. Je découvrais alors un chanteur mortellement drôle, à la voix stridente sans prétention, ainsi que d’excellents rockers: «Nous c’est Gazoline, on est un peu suicidaire mais lâche, tsé, pas dangereux.»

Leurs sonorités donnait des airs de punk rock américain du début des années 2000, à la fois garage par moment et langoureux en d’autres occasions. Synthétisée à souhait, la ballade romantique garnie d’autotune Regarde-moi illustrait bien leur nouvelle teinte électronique. Voilà une gang qui n’a pas peur de sortir des sentiers battus et d’explorer d’autres avenues que leur rock alternatif étiqueté.

Le spectre d’Anatole est ensuite venu hanter le Montecristo l’instant d’un soir. Les disciples se sont amenés sur scène, arborant de splendides camisoles à paillettes et de modiques couvertures en guise de capes. Véritable épopée électro-fantomatique, l’âme du personnage d’Alexandre Martel vagabondait autour des tables de billards, grimpait sur le bar et reprenait vie sur scène pendant le Grand Sommeil.

 

Sous les atmosphères notamment crées par Simon Paradis-Dionne au clavier et Jean-Michel Letendre Veilleux à la guitare, la troupe de la Vieille-Capitale a certainement fait de nouveaux adeptes festivaliers tout en comblant les initiés. Vous nous connaissez, on ne pouvait pas certainement manquer un autre chapitre Anatolien!

Gabriel Tremblay

Que dire du trio américain sympathique qui a ensuite pris la scène, et de sa musique punk rock expérimentale inclassable? Anciennement connu sous le nom de Fugazi, The Messthetics sait transporter son auditoire dans des labyrinthes musicaux impressionnants. Sur des tempi rapides aux métriques complexes, le batteur, le bassiste et le guitariste faisaient preuve d’une virtuosité éclatante. Sur les tempo plus lents, leur talent ressortait de plus belle grâce à l’efficacité minimaliste de leur jeu. Avec force comme avec précision, ces musiciens aguerris semblaient pouvoir sans effort modeler les sons à leur convenance. Le guitariste trafiquait d’ailleurs les notes de sa guitare au moyen de pédales de loop et de consoles électroniques. Le résultat était tout aussi déconcertant que captivant.

Marie-Ève Fortier

Après ça

On est partis pour cause de restrictions de transports. Cependant, on aurait bien aimé aller faire un tour à Essaie Pas pour vibrer au son de leur techno ambiant ou encore aller danser avec Voyage Funktastique. Mais ce n’était que partie remise, car la programmation du samedi avait encore beaucoup de belles opportunités à offrir.