Jean-Michel Blais
Dans ma main
Arts & Crafts

En 2016, Jean-Michel Blais est atterri doucement dans nos vies de mélomanes avec Il, un court album de piano magistralement intimiste. Il a réussi, peut-être de par son association avec la maison de disque torontoise Arts & Crafts, à rejoindre un public sensiblement néophyte en musique classique contemporaine. La qualité de l’oeuvre et une inexplicable accessibilité ont possiblement contribué à cet incroyable succès.

Ce nouveau disque, intitulé Dans ma main, est plus long, presque le double du premier; il occupe aussi un espace sonore plus vaste. Forteresse sert de douce introduction à cette nouvelle aventure. Ensuite, l’auditeur sera happé par la magnifique pièce Roses. Ce morceau tout en subtilité provoquera peut-être une curieuse impression que Thom Yorke pourrait se mettre à chanter à tout moment. À la fin on entend de délicates cordes, premier indice que le piano aura cette fois un peu de compagnie.

Outsiders est, quant à elle, un hommage au peintre américain Jean-Michel Basquiat et nous transporte dans une douce mélodie évoquant des images des années folles. La pièce titre commence avec une inquiétante ligne de pizzicato et se construit dans une atmosphère lourde où le pianiste explore la richesse des sonorités que son instrument peut offrir. Blind, en directe cohérence avec la précédente pièce, se métamorphose tranquillement, laissant les accords sombres faire place à d’autres plus réconfortants (majeurs, je suppose) pour se transformer en courte odyssée électro qui, selon l’artiste, est inspirée de ses années à Berlin. Sa conclusion ramène habilement l’auditeur au prologue de ce morceau lumineux.

God(s), une petite expérimentation réussie de 2 minutes (on en aurait pris beaucoup plus longtemps) est suivie d’Igloo, qui navigue dans un surprenant univers post-rock et qui se termine par une autre mélodie pianistique inventive. Sourdine est une des explorations les plus délicates de l’album. Jusque là, Dans ma main frôle la perfection et mon seul doute quant aux choix du compositeur survient à mi-chemin dans A Heartbeat Away. Elle est d’abord supportée par une riche suite d’accords qui gagne graduellement en intensité, mais elle éclate soudainement dans un « beat » électro qu’on croirait tout droit tiré des films d’horreur des années 80. Le « clash » est quelque peu brutal. Cependant, sa finale demeure un des nombreux moments forts de cet opus. Tout ça se termine avec Chanson, première et surprenante exploration vocale de Jean-Michel Blais. Il semble que cette voix aux accents féminins est en fait celle (modifiée?) de Blais lui-même. La pièce est une curieuse bête qui résume la démarche musicale de l’artiste, avec ses essais, ses accidents et ses inspirations. Merveilleuse façon de clore cet immense coup de coeur.

Mes références en musique classique sont minces et incongrues, mais il n’existe possiblement pas assez de superlatifs pour exprimer toute la beauté qui se dégage de cette nouvelle oeuvre de Jean-Michel Blais. Un incontournable.

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