Les Hôtesses d’Hilaire
Viens avec moi
(L-A-be)

Êtes-vous ben assis ? Avez-vous les oreilles de nettoyées ? Parce que ça starte là.

C’est ainsi que s’ouvre Viens avec moi, l’opéra rock orchestré par nos bien aimées Hôtesses d’Hilaire. Ils nous en avaient parlé l’été dernier au cours de notre entrevue à Tadoussac, mais on était loin de pouvoir constater l’ampleur du projet. Au final, dans un opus de 19 tounes totalisant grosso modo 1h30 d’écoute, le groupe parvient à dresser un portrait à la fois critique et ludique de l’industrie musicale.

 

 

Ça raconte quoi ?

Au fil des chansons, on suit l’histoire de deux personnages principaux : Kevin, le candidat de La Voix, et Serge Brideau, le chanteur des Hôtesses. Leurs histoires s’entremêlent et on passe par toutes les facettes de la carrière d’artiste professionnel.

Des premiers spectacles underground, on passe aux «grands moments» télévisuels avec Pousser ma note (un ver d’oreille, vous verrez). On plonge ensuite dans le succès jusqu’à s’en écœurer. La première partie de l’album raconte ainsi cette ascension qui atteint son paroxysme avec la découverte du monde de la drogue sur L’éveil de Kevin.

 Ensuite, bang, on frappe une toune de 10 minutes comme les Hôtesses savent si bien en composer : Microdosing. C’est la pièce plus longue de l’album et elle marque un point tournant. Assurément, à partir de là, ça va de mal en pis pour Kevin qui est victime de son succès. Les autres titres relatent ensuite les chroniques de la débandade de Kevin tout en dressant, en parallèle, un portrait des revers de la vie des Hôtesses d’Hilaire.

Tout au long de ce qui semble être cette «deuxième face» de l’album, Serge se tient d’ailleurs sur la limite entre l’humour et la lucidité quand il se met en scène: « porter des robes, pis m’vider de la bière su’ la tête… J’veux juste dire que j’ai comme pas l’impression que j’exploite mon potentiel au maximum… Je sais, c’est moi qui a choisi ça, mais ça reste une drôle de manière de gagner sa vie», raconte-t-il sur Le calvaire de Serge.

En somme, même les Hôtesses n’échappent pas à la critique et à la dérision dans laquelle ils font plonger tout le reste. Et puis, il y a cette finale savoureuse que je vous laisse découvrir par vous-mêmes.

 

Pis la musique à part de d’ça ?

Si vous connaissez un peu les Hôtesses d’Hilaire, vous savez qu’ils ne sacrifient pas la musique à la satire, bien au contraire ! Or, malgré le fait que cet album aille un peu dans tous les sens musicalement parlant – on passe du rock psychédélico-progressif des Hôtesses au disco en passant par le country – on peut du moins affirmer que Viens avec moi reste plus accessible que Hilaire à boire ou encore Touche-moi pas là.

Les paroles, scandées, parlées ou chantées, sont mises de l’avant tout autant que l’énorme talent de frontman de Brideau. Les autres musiciens ne manquent pas, cependant, de prouver une fois de plus qu’ils savent faire monter la tension et partir dans des délires musicaux, comme c’est le cas notamment sur Post ta shit.

Comble de l’ironie, comme les Hôtesses d’Hilaire racontent les Hôtesses d’Hilaire, ils ne manquent pas de décrire leur musique avec assez de justesse, finalement. Ce n’est pas étonnant de les entendre mentionner Pink Floyd, The Doors et Gentle Giant, dont ont peut nettement entendre les influences. Et comme ils le soulignent indirectement sur Hot Seat, leur musique est toujours aussi opposée aux normes de la pop «qui pogne» :

Les albums, c’est fini
Les solos, c’est fini
Les longues intros, c’est fini

 La société est trop rendue ADD
T’as juste 15 secondes pour vendre ta chanson

 Pis des lignes comme cecitte [on entend une ligne de guitare]
C’est fini

 

Dans le fond

Viens avec moi, c’est un gros trip d’une heure trente. C’est une musique captivante qui sert de trame de fond à une histoire truffée d’ironie et qui se démêle petit à petit, au fil des écoutes. C’est un chef-d’œuvre qui refuse d’en être un en se faisant la parodie du succès.

Considérant cela, je me voyais mal leur attribuer une note ! Cependant, je peux vous garantir que l’écoute attentive en vaut la peine et que je serai aux premières loges quand les Hôtesses livreront Viens avec moi en spectacle… Ça promet d’être mon meilleur de 2018, rien de moins.

Les Hôtesses d’Hilaire seront en spectacle au Festival Santa Teresa le 18 mai prochain. Ils seront également au Festival d’été de Québec le 13 juillet.