La caravane gitane musico-théâtrale de Ben Caplan empruntait la rue Dorchester l’instant d’un soir. Affectionnant drôlement la ville de Québec, la bande du Néo-Écossais d’origine ontarienne était de retour après deux ans d’absence. Tournée préambulaire à l’opus et oeuvre concertée « Old Stock » qui est prévu pour le 15 juin prochain.

Steve and Ginie Jackson – Photo : Jacques Boivin

Assurant ses arrières, le duo folk/trad montréalais Steve & Ginie Jackson dégourdissent nos oreilles fébriles. Pendant que Ginie gratte minutieusement sa mandoline, Steve l’accompagne, en toute netteté, à la guitare. Une introduction purement instrumentale imbibée de country suivie de quelques compositions originales teintées d’influences irish-punk. La complicité entre les deux est indéniable et, sans être percutantes, leurs voix brisées, mais justes s’agencent naturellement à leurs chansons comme Leaving for today qui est particulièrement accrocheuse.

Leurs inspirations celtiques sont bien marquantes et le chandail de Flogging Molly judicieusement porté par Ginie ne relève pas du hasard. D’ailleurs, ils nous offrent une reprise acoustique d’If I Ever Leave This World Alive du célèbre band punk américain.

Réapprovisionnant nos bedons d’houblonnées, on profite de la pause « bien méritée » pendant que la foule s’impatiente d’entendre ce mystérieux barbu au regard perçant. À 22 heures, la délégation tzigane menée par Caplan nous invite à son campement temporaire et ce, dans la langue de Molière. Cette référence-thématique à la dramaturgie est soigneusement choisie, compte tenu du contexte d’accueil hors du commun qui plait aux spectateurs présents, moi le premier. La débandade klezmer débute à peine que nous sommes subjugués par la prestance du maestro haligonien et ses cinq acolytes. Mis à part notre intrigant charmeur des Maritimes campé derrière son micro et son banjo, Taryn Kawaja lui donne la réplique brillamment en tant que choriste et sporadiquement à l’aide de sa flûte traversière et de son melodica. Jamie Kronick (batterie), Christopher Weatherstone (clarinette et saxophone) et Graham Scott (clavier et accordéon) appuyés par un contrebassiste invité complètent la formation pour l’occasion.

Ben Caplan – Photo : Jacques Boivin

Les festivités manouches en début de prestation servent de prémisse à Birds With Broken Wings, pièce éponyme du dernier album. Sur cette dernière, la voix puissante et feutrée de Caplan est mise à l’épreuve alors que la foule répond avec engouement en criant le refrain mélodieux.

Digne d’un personnage de vaudeville, les interventions et gestuelles toujours très loufoques de Caplan ne font qu’ajouter au charisme de ce singulier gaillard.

Yesterday, Montréal was nothing compared to this house, you’re fucking awesome Québec

Suite à cette courte interlude, L’ambiance festive est tamisée par 40 Days & 40 Nights, ballade mi-douce où Caplan impressionne par sa justesse vocale. En ce sens, les sonorités gipsy sont définitivement moins ressenties, laissant place aux contes folkloriques chantés proposés par le collectif. Il renchérit alors avec Widow Bride, nouveau morceau de sa future galette qui est déjà chantée à tue-tête par la foule de L’Anti. Celle-ci décline l’histoire de deux Juives d’Europe de l’Est expatriées en Nouvelle-Écosse. Je vous laisse lire mais surtout entendre par vous-même.

Entre solo de clarinette piano à quatre mains, cette prestation remarquable mérite d’être vécue par tout amateur du genre. Le groupe était visiblement reconnaissant devant la réponse du public tout aussi conquis. Il sera assurément de retour dans les prochaines années, je vous le garantis ou argent remis!

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