À tout coup, on s’attend à être déstabilisés par les artistes programmés aux Nuits Psychédéliques. Le spectacle du 26 mars dernier au Pantoum n’a pas fait exception à la règle, tout en restant accessible aux moins habitués du genre. Compte-rendu d’une soirée qui nous a doucement fait sortir de l’aliénation ordinaire pour sombrer dans la folie collective.

Xarah Dion

Par Nicolas Padovani

L’ouverture des Nuits Psychédéliques s’est lancée sur l’électro/synthpop de Xarah Dion. Une trentaine de minutes remplies de synthés analogues, de rythmes hallucinatoires, le tout dans le même esprit que Marie Davidson par exemple, mais avec moins de violence. Le Pantoum plein à craquer était formidablement emballé malgré la chaleur et les quelques problèmes techniques.

 

Gaspard Eden

Gaspard Eden. Photo : Nicolas Padovani

Revêtant sa plus belle robe de sombre pour psychédéliser son public, Gaspard Eden a commencé en force avec NEBULA, pour ensuite nous surprendre avec un texte mi-déclamé, mi-raconté. Ça parlait d’être, de néant et d’eczéma, concomitance surprenante en soi, mais aussi parce que lancée comme un bonjour. Agréablement déconcertant, un peu comme le reste du set.

Tout en s’inscrivant plus avant dans un univers rock qui flirte autant avec la pop qu’avec les amphétamines, la prestation d’Eden aux nuits psychédéliques montrait de nouvelles facettes d’un projet qui aurait pu menacer de se refermer sur lui-même (comme un serpent qui se mordrait la queue). Une première mue intéressante, et qui laisse entrevoir des vagabondages stylistiques autant du côté du mainstream que du côté de la marginalité. N’oublions pas de souligner, encore, la qualité du jeu des soixante doigts mis à profit par les musiciens du groupe.

 

Les Martyrs de Marde

Lâchons les beaux mots deux secondes pour nous replonger dans le pandémonium mordant des Martyrs de Marde (désolée, c’est plus fort que moi). Mais qui a dit que la poésie ne devait parler que du parfum et des fleurs ? Justement, le groupe de Québec s’était associé avec l’«auteur» Simon-Pierre Beaudet jeudi dernier afin de rendre hommage à Denis Vanier, écrivain marginal se réclamant de la fange, des psychotropes et de la baise décomplexée.

Les Martyrs de Marde. Photo : Nicolas Padovani

Et rien de plus approprié pour souligner cet héritage que la performance des Martyrs de Marde. Sur fond de dissonance, de distorsion et de basses fréquences, ses quatre personnages reflétaient les difformités de la société tout comme leur musique appelait ce qu’il y a de plus sombre en chacun de nous. Or, si le groupe connaît le chemin vers les profondeurs de l’infâme humain, il sait pourtant nous y entraîner en nous tenant quasiment par la main. Tu slammes si tu veux, si tu veux pas tu slammes pas. T’as faim ? Les Martyrs de Marde s’assurent de ton bien-être en t’offrant de bons fruits frais. Leur musique, elle aussi, a ce caractère accrocheur et parfois même dansant malgré son âpreté.

Cela, mêlé au charme torturé des prédications du chanteur, sait faire son effet. Véritables messes noires, les performances des Martyrs atteignent des niveaux qu’on ne peut pas vraiment vous décrire: il faut être là pour comprendre. C’est étonnamment facile d’y sombrer et, quand on en sort, on est légers légers… tout en gardant, quand même, un drôle d’arrière-goût. Probablement le même feeling que les gens qui, dans le Parfum, réalisent qu’ils vivent le plus beau moment de leur existence alors qu’ils dévorent un autre être humain.