Samedi dernier, nous sommes descendus dans la majestueuse région de Charlevoix pour assister à la huitième grande finale du Cabaret Festif! de la relève. Si vous avez suivi nos comptes rendus des trois premières soirées, vous vous doutez bien que les attentes étaient très, très, très élevées pour nos quatre finalistes (Natation, Étienne Fletcher, É-T-É et Les Monsieurs), surtout qu’ils seraient précédés par les grandes gagnantes de l’édition précédente (Miss Sassoeur & Les Sassys).

Retour sur une soirée qui nous en a fait voir de toutes les couleurs.

Miss Sassoeur & Les Sassys – Photo : Jacques Boivin

La soirée a commencé comme il se doit pour une finale, avec les gagnantes du prix du jury (et du fabuleux prix ecoutedonc.ca) de l’année dernière, nos soul sistas préférées et leur gospel de ruelle avec le plus grand nombre de « s » dans leur nom, Miss Sassoeur & Les Sassys. Le quatuor (devenu quintette avec l’ajout du bidouilleur Sylvain Cassette) nous a offert une (trop) courte prestation de deux chansons, dont la lumineuse Joie, qui a su mettre le public de bonne humeur. Comme c’est son habitude, la formation a facilement charmé le public avec la voix de Miss Sassoeur et la théâtralité de ses Sassys, qui lui répondent tel un choeur grec sorti tout droit du Bronx. On aurait pu craindre que la quincaillerie de Sylvain Cassette soit superflue, voire qu’elle nuise aux superbes harmonies vocales de ses collègues (c’est une de leurs grandes forces, après tout), mais il n’en est rien. Comme c’est le cas pour le reste, tout se passe en finesse et en subtilité. On vous invite à surveiller la formation au cours des prochains jours : y’a du nouveau qui s’en vient (le 9 avril!), et vous allez adorer!

Natation – Photo : Jacques Boivin

Le premier finaliste de la soirée était Natation, qui nous a fait plonger dans son univers New Wave qui déménage. On avait beaucoup apprécié le groupe lors de son premier passage au Cabaret (on en avait profité pour sortir presque toutes nos métaphores aquatiques), alors nos attentes étaient plutôt élevées. Elles ont été plus que surpassées. La prestation énergique et tout simplement sans faille de la formation mettait la barre très, très haute pour les trois autres finalistes. Le groupe bilingue n’avait aucun mal à passer du français à l’anglais, et vice-versa (on n’est pas aux Francouvertes, après tout), et il s’est promené dans son répertoire. Notons une fois de plus cette interprétation tout à fait énergique de Last Summer, qui est ô combien plus folle en personne que sur disque! Si Luke Major occupe beaucoup d’espace au centre de la scène, difficile de ne pas remarquer ses trois compères (Olivier Legault, Nicolas Godmaire et Alexandre LeBlanc), qui ont eux aussi une présence scénique envoûtante. Natation repart de Baie-Saint-Paul avec plusieurs prix, dont le nôtre et celui du Pantoum (comme quoi on aime les raz-de-marée à Québec!). Vous allez donc en entendre beaucoup parler au cours de la prochaine année!

Étienne Fletcher – Photo : Jacques Boivin

On doit vous l’avouer, quand on a vu apparaître le nom d’Étienne Fletcher dans la liste des candidats, on avait trouvé notre favori pour remporter un des grands prix de cette édition. C’est que voyez-vous, on a beaucoup entendu parler du jeune Franglosaskois (un néologisme de mon crû) depuis son passage remarqué à Granby en 2016. On sait donc que son rock qui rappelle les Prairies plaît à plusieurs, et c’est ce qui s’est produit une fois de plus. Rien de compliqué, rien d’inaccessible, juste une bonne pop-rock exécutée solidement et des interventions justes et remplies de sincérité (oui, oui, c’est encore une qualité en 2018 même si on aime aussi les personnages plus grands que nature). Comme ses prédécesseurs, Fletcher est aussi à l’aise dans la langue de Charlebois que dans celle de Downie et, comme on l’a dit plus tôt, l’exécution frisait la perfection. Fletcher est accompagné de musiciens solides (qui lui laissent cependant toute la place). Vous ne serez donc pas surpris d’apprendre qu’Étienne a remporté le grand prix du jury (une bourse de 7000 $, une prestation au Festif et plusieurs autres prix). Et il ne fait que commencer!

É-T-É – Photo : Jacques Boivin

Dans un registre complètement différent, É-T-É nous présente son trad vieille école juste assez dépoussiéré pour intéresser les mélomanes du 21e siècle. Je dois vous avouer que ce n’est pas mon genre préféré, mais je sais qu’il plaît à de nombreuses personnes, comme en témoigne la présence du trio, qui a remporté le vote du public sur Internet pour se retrouver en finale. Et je sais reconnaître le talent quand j’en vois! Élisabeth Moquin, Élisabeth Giroux et Thierry Clouette n’ont eu aucun mal à faire lever le public (plutôt poli et attentif jusque là – la grande salle Multi du Germain impose le respect) avec leurs airs tantôt sages, mais surtout entraînants, et c’est avec une ovation debout (oui, oui) qu’É-T-É a terminé sa prestation. Le public a réellement aimé, puisque le trio s’est sauvé avec le grand prix du public (une bourse de 2000 $, une prestation au Festif) et quelques autres prix!

Les Monsieurs – Photo : Jacques Boivin

La soirée s’est terminée avec Les Monsieurs et leur rock à saveur très queb. Parfois engagées, tantôt très personnelles, mais toujours très pesantes musicalement, les chansons des Monsieurs ont permis à cette soirée déjà relevée de se terminer en force. Les Beaudin, Cadieux, Girard et Leblond ont eux aussi offert une prestation presque sans faille qui nous a fait taper joyeusement du pied tout en hochant rageusement de la tête. Malgré cette grande solidité, on doit quand même reconnaître que la formation était une toute petite coche en-dessous des trois autres participants. Mais juste une toute petite. Les gars ont néanmoins montré qu’ils étaient tout à fait à leur place dans cette finale et on va se le dire honnêtement, ce groupe risque d’aller très loin et d’attirer des foules de plus en plus grandes. Ils ont un petit quelque chose de rassembleur qui manquait peut-être aux autres formations en lice.

On vous avoue avoir eu un peu de mal à choisir notre gagnant, tellement cette dernière soirée était relevée, probablement la finale la plus forte de l’histoire du Cabaret, certainement la plus forte depuis que nous y sommes. Le Cabaret Festif! de la relève a réussi à prendre une place très importante dans ces concours, même s’il donne plus souvent qu’autrement l’impression d’être davantage une vitrine où les artistes peuvent jouer sans trop se stresser. Ça a ses avantages, on a beaucoup moins l’impression que les artistes qui se produisent devant nous sont détendus, prêts à casser la baraque, plutôt que d’avoir peur de commettre des erreurs! D’ailleurs, il faut le faire, plusieurs ont pris le risque de nous présenter de nouvelles chansons en finale, des chansons qu’ils jouaient pour la première ou la deuxième fois. Ça prend du guts. Beaucoup de guts. Et pourtant, personne ne s’est planté, notamment en raison de l’atmosphère détendue qui règne à Baie-Saint-Paul. C’est à l’honneur des artistes et des organisateurs (chapeau bien bas à la coordonnatrice Anne-Marie Dufour qui, chaque année, accomplit avec son équipe de crinqués de petits miracles!).

On a déjà hâte à l’hiver prochain, question de découvrir d’autres artistes qui vous feront vibrer pendant de nombreuses années!