Compositeur allemand et pianiste prodigieux, Nils Frahm n’a que faire des frontières entre modernité et tradition musicale. Ses œuvres font montre d’un solide bagage théorique tout en apprivoisant aisément les oreilles. Elles parlent le langage des rêves et du mystère.

Après un hiatus de plus de deux ans, le musicien a entrepris en 2018 une vaste tournée internationale afin de présenter en concert son tout dernier projet : All Melody. Tandis que le matériau brut de Spaces (2013) avait été capté en direct pour ensuite être mixé, celui du dernier album de Nils Frahm a été entièrement enregistré dans son studio au célèbre complexe berlinois Funkhaus. On peut y entendre mille et une explorations musicales réconciliant le classique et l’électro.

C’est d’ailleurs la rencontre physique de ces deux univers qui frappera tout d’abord les spectateurs du Palais Montcalm le 20 mars dernier, tandis qu’ils attendent avec fébrilité que Nils Frahm foule les planches pour la première fois à Québec. Il y avait sur scène une panoplie d’instruments, qu’on aurait dit entassés pêle-mêle: grand piano, synthétiseurs, piano droit, Mellotron, drum machine et autres cossins à pitons. Le compositeur nous révélera même plus tard que derrière les rideaux se cachait son orgue de bois «portatif» hybridé avec la technologie des synthétiseurs et duquel sortaient ces étranges sons flûtés et aériens.

Muni d’un tel arsenal, le musicien, qui passera constamment d’un monticule d’instruments à l’autre, saura nous démontrer que tout avait été savamment mis en place pour lui permettre de construire, couche par couche, les univers sonores dans lesquels il pouvait laisser libre cours à une virtuosité contenue et expressive. C’est ainsi que, pendant plus de deux heures, les spectateurs ont pu goûter au charme enchanté d’une musique qui semblait appartenir à un autre monde. 

Sur des pièces comme Sunson ou All Melody, l’exploration a pris des teintes plus électro, tandis que sur Human range elle exploitait davantage les textures symphoniques. Nils Frahm a tiré quelques chefs-d’œuvre minimalistes de son opus de 2013 tels que Says ou encore Hammers. Parfois, le temps d’une pièce plus dénudée, le jeu émouvant et lyrique du pianiste prenait toute la place. Pendant My Friend the Forest, par exemple, il savait effleurer les touches si doucement que les notes semblaient parfois être suggérées plutôt que jouées. Sur d’autres pièces comme Toilet brushes – More (où, évidemment, il commence en jouant dans les cordes de son piano à l’aide cet instrument singulier qu’est la brosse de toilette), il a fait preuve d’une inventivité, puis d’une intensité remarquables.

 

Dans tous les cas, sa musique a su captiver l’auditoire, qu’il ait d’abord été attiré par l’aspect classique ou par l’aspect électro du spectacle. Une expérience renversante, qui donnait envie d’aller plus souvent vagabonder dans le no man’s land séparant musiques savante et populaire.

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