Une foule de personnages mi-hébétés, mi-souriants foulaient le plancher carreauté du Dagobert le 15 mars dernier à l’occasion du lancement de Darlène: «La dernière fois que je suis venu ici… oh je ne veux même pas m’en rappeler !» Discours général. Plusieurs n’y avaient jamais mis les pieds. Faune culturelle rassemblée par l’art, ou qui se soulève pour prendre d’assaut la Grande-Allée. C’est là toute la force de Darlène : un mot. Une vague déferlante.

Pour nos rares lecteurs qui se demandent encore ce qu’est Darlène, perçons le mystère. Projet multidisciplinaire à quatre mains, Darlène prend vie sous la forme d’un livré signé par Noémie D. Leclerc ainsi qu’en musique dans l’album concept d’Hubert Lenoir. Vous les avez déjà vus à Québec, elle avec ses grands cheveux blonds et lui sur les planches en compagnie de son frère sous le couvert des Seasons. Sous l’impulsion d’un effet boule de neige, Darlène s’est propagé rapidement à travers le microcosme culturel si bien qu’il s’est fait connaître avant même d’être lancé. Bref, si on t’apprend quelque chose, t’es en retard : le hype est déjà là.

Maintenant, parlons de musique.

Hubert Lenoir – Photo : Jacques Boivin

Le premier étage du Dagobert est plein à craquer lorsqu’Hubert Lenoir fait monter sa panoplie de musiciens sur scène. En tout, ils seront huit à donner aux pièces toutes ces couleurs qui les rendent si originales : bongos, cloches, piano, synthétiseur, tambourin, basse, guitares, choristes, saxophone. Orchestration rafraîchissante autant dans le monde de la pop – qu’Hubert Lenoir est loin de renier – que dans celui de la musique émergente.

Lenoir se lance alors dans une introduction où s’entremêlent Noémie et les volutes de piano de fille de personne I dans une transition travaillée. Explosion ensuite avec fille de personne II, le simple qui affiche d’emblée les couleurs instrumentales de Darlène. Pas étonnant qu’ils la jouent dès le début, puisque tout le projet respire cette envie de s’affirmer en dépit de tout.

 

Dans ce même esprit, Hubert Lenoir nous livrera plus tard la nouvelle chanson intitulée Quatres-quarts, un doigt d’honneur à tous ceux qui s’insurgent contre cette émancipation individuelle. Différente de toutes les autres pièces – comme toutes les autres pièces – son blues brûlant et saturé accompagne la voix qui se fait belliqueuse.

Hubert Lenoir – Photo : Jacques Boivin

Dans son personnage, Lenoir affirme un look androgyne et captive par sa présence sur scène. Après fille de personne II, il se lance avec fougue dans J-C, où il rappelle les Prince et Michael Jackson de ce monde. S’il sait déborder d’énergie, il la transpose aussi dans l’expressivité de Wild and Free, pièce plus langoureuse, enrubannée de piano et de reflets jazz.

Il chante Darlène en français, en anglais, aigu, grave, fort, doucement, avec fougue ou sentiment, mais Hubert Lenoir sait aussi se taire, simplement.Plusieurs pièces de l’album laissent parler les autres instruments, comme Darlène, darling, où ont pu briller ses solides musiciens tandis que se déhanchait et se déshabillait le chanteur. L’ensoleillée instrumentale Cent-treizième rue nous fera aussi danser en fin de parcours, mais entre temps, on est passés par tant d’autres atmosphères !

On s’est lancés dans la danse avec l’irrésistible Ton hôtel, on s’est rappelé le folk-pop de The Seasons avec Apples, chantée par Hubert et son frère Julien Chiasson. Juste avant de nous quitter une première fois sur Si on s’y mettait, l’artiste extatique a lancé ses remerciements comme des fleurs, semblant transformer l’indifférent Dagobert en petit salon intime de la relève. Le spectacle s’est terminé en rappel avec fille de personne III, la plus intense et la plus rock de ces trois filles qui font la trame sonore de Darlène.

 

Acclamations, le spectacle se termine, mais la musique reste. C’est une musique enivrante, qui monte à la tête des spectateurs. Darlène et son univers résonnent eux aussi au plus profond de toutes ces autres filles de personnes. Né de l’émancipation de deux êtres, ce projet met des mots sur les jeunes solitudes d’une génération et explore de nouvelles avenues musicales. Devant le froid de l’électro et la mélancolie du folk, il dépose la chaleur et le soleil du saxophone, des influences latines mâtinées de jazz et de pop. Comme Hubert Lenoir le 15 mars dernier à son lancement, il dit :

Vive la liberté
Vive l’amour
Vive la différence
Vive la musique
Fuck le système

Les musiciens de Darlène, en spectacle:

PE Beaudoin: Batterie, percussions
Cédric Martel: Basse
Vincent Gagnon: Piano, piano électrique, synth
André Larue: Saxophone, clarinette
Lou-Adriane Cassidy: Chœurs et percussions
Alexandre Martel: Guitare, synthétiseurs
Ben Shampouing: Guitare
Hubert Lenoir: Voix

 

 

 

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