Ponctuation
Mon Herbier du Monde Entier
(Blow the fuse)

Il m’arrive d’apprécier un groupe en ayant l’impression qu’il n’est pas encore parvenu à sortir son album essentiel. Parfois, le potentiel ne se concrétisera jamais, alors que d’autres poursuivent leur ascension d’album en album jusqu’à épater la galerie. Ponctuation sera maintenant un exemple de choix lorsque j’aurai à illustrer cette idée. Fort de deux disques qui ont capté l’attention du public et qui possédaient de belles qualités artistiques, le groupe originaire de Québec (autrefois un duo fraternel, maintenant complété par d’autres musiciens) sort ces jours-ci un troisième album plus étoffé, plus abouti, à l’esthétique réfléchie. Cette proposition aux allures printanières, autant dans son titre (Mon herbier du monde entier) que dans sa musique, comporte très peu de faiblesses.

La barre est placée très haute dès la pièce d’ouverture. Trois Semaines est d’une efficacité redoutable, le genre d’arme qu’on emploie pour accrocher son auditeur et s’assurer qu’il développera une dépendance. Exil présente quant à elle, dans un univers très sixties, un texte évoquant les aléas d’une rupture amoureuse, thème qui est d’ailleurs assez central. D’autres morceaux, comme la savoureuse Mi-Arcan Mi-Bovary, baignent dans un psychédélisme que ne renierait pas les groupes de la nouvelle vague californienne de rock garage. Il y a aussi une richesse accrue dans les textures et les mélodies. Ponctuation parvient à surprendre au fil des pièces, proposant d’habiles changements de rythme (on pense entre autres à Nada brahma), des lignes de clavier intéressantes ou des voix qui s’entrecroisent à merveille, comme dans la pièce Unheimlich.

Apnée est une autre magnifique chanson autour de la mélancolie associée aux douleurs amoureuses. Tout ça se termine d’abord par un morceau instrumental pas piqué des vers pour s’achever avec Mode d’emploi, où le narrateur semble vouloir reprendre le contrôle de ses amours sans savoir comment y parvenir. C’est une efficace conclusion pour un album court qu’on souhaite immédiatement recommencer.

Si Ponctuation a poli quelque peu son côté garage pour se présenter sous un jour plus varié, ils poursuivent le peaufinage de leur son tout en conservant des éléments comme les voix noyées dans la réverbération et les guitares claires et tranchantes. Le parolier et compositeur Guillaume Chiasson réussit avec Mon herbier du monde entier à synthétiser plusieurs influences sans jamais sombrer dans un ennuyeux mimétisme. En fait, au final, ça sonne surtout comme un disque de Ponctuation, mais avec une sensibilité pop quelque part entre Malajube et les Breastfeeders. Les pièces comportent beaucoup de petits ajouts subtils qui rendent le tout pas mal plus recherché que d’autres propositions du genre. Déjà fin-février, nous avons un très sérieux candidat à l’album francophone rock de l’année.

Double lancement de Ponctuation et Victime le 2 mars au Pantoum