Antoine Corriveau – Théâtre Petit-Champlain, 24 novembre 2017

Antoine Corriveau - Photo : Jacques Boivin
Antoine Corriveau – Photo : Jacques Boivin

Les premières neiges de l’hiver. Ces moments magiques où le temps semble s’arrêter pour laisser place à un sentiment de nostalgie et de bien être sincère. Cet instant où tu retombes en enfance et tu souhaites marcher sous les gros flocons toute la nuit avant de rentrer à la maison te faire un gros chocolat chaud.

C’est dans cet état que le public se trouvait alors que nous marchions, en pleine contemplation, dans les rues du Petit-Champlain sous cette tombée de neige. L’expérience d’un spectacle au Théâtre du Petit-Champlain se vit avant même de pénétrer les lieux; se promener dans les vieilles rues d’un des plus vieux quartiers en Amérique du Nord prépare les mélomanes à la soirée qu’ils vont vivre. Et quelle soirée nous avons passé!

Le spectacle d’Antoine Corriveau est conçu pour des salles intimes, où les gens sont assis et où personne ne dérange pour permettre à l’auditeur de profiter pleinement de la poésie soutenue de l’artiste. Le Théâtre du Petit-Champlain répond à toutes ces attentes et encore plus. Tous les mots se rendaient à nos oreilles avec une clarté impressionnante et la balance du son ne nous a pas rendus sourd, même si certains passages auraient pu être envahissants.

Antoine Corriveau – Photo : Jacques Boivin

Seul sur scène, Corriveau débute cette soirée muni d’une guitare classique avec «Rendez-vous», premier titre sur son plus récent opus (Cette chose qui cognait au creux de sa poitrine sans vouloir s’arrêter). Tout de suite, l’introspection débute et le public se plonge dans son univers poétique à la fois magnifique et sombre. La voix grave de Corriveau déclame les textes sans mélodies extravagantes pour faire ressortir les mots sans compromis. Si le public n’était pas déjà convaincu après les premières chansons de la soirée, «Deux animaux» a certainement ému l’assistance. Les musiciens ont su nous déchirer les entrailles et nous faire pleurer, si ce n’est qu’avec «Parfaite», ce slam qu’Antoine livre avec fougue sur des boucles sonores montées par la violoncelliste Marianne Houle et soutenus par le reste du groupe. La dernière pièce de la première partie nous laissa sur notre faim avec le magnifique titre «Et tu penses que je veux», apparaissant sur Les ombres Longues.

Les yeux pleins d’eau, les jambes molles, le public se mérite une petite pause pour se remettre de ses émotions. « J’ai visité des coins sombres de mon cerveau », « Je me suis remis en question ce soir », sont des phrases qui peuvent être entendues lors d’un entracte d’un spectacle d’Antoine Corriveau.

Antoine Corriveau – Photo : Jacques Boivin

Après une petite jasette sur le sens de la vie, avec notre voisin, Corriveau rapplique seul sur scène avec «Deux Visages», une chanson qui figure sur l’album qu’il a écrit pour Julie Blanche. Dès les premières notes du piano, on sait tout de suite que «Les hydravions de trop» va faire mal, mais pourtant on en redemande. Je crois que lorsqu’Antoine se met au piano, il se passe quelque chose de fort, le public hypnotisé se laisse démolir par la musique qui vient toucher juste à la bonne place. L’exécution incroyable de «Noyer le Poisson» et «Les trous à rats» provoque un rappel qui en provoqua un autre. Lors des spectacles intimes comme celui-ci, le deuxième rappel est souvent marquant, car il n’est pas prévu et il relève de la spontanéité et de l’humeur de l’artiste. Nous en voulions plus et Antoine Corriveau semblait bien s’y plaire en ce temple de la chanson. C’est seul à la guitare qu’il interpréta sous recommandation du public «Le temps des coupes à blanc» (NDLR : recommandation crée avec un enthousiasme assez manifeste par notre collaborateur Julien Baby-Cormier, qui était également présent), ce bijou de chanson qu’il avait justement réarrangé pour son spectacle solo de Coup de coeur francophone.

On ne ressort pas indemne d’une soirée avec le récipiendaire du Lucien du meilleur album indie rock au GAMIQ de cette semaine. Une partie de nous même a changé lors de cette soirée en raison de l’ambiance intimiste, la poésie déchirante, les passages musicaux très lourds et puissants.

Le 7 décembre prochain, Antoine jouera à l’Usine C à Montréal avec 15 cordes, 2 batteurs, un percussionniste, un bassiste et un pianiste. C’est certainement un concert qui vaudra le déplacement dans la grande ville!

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